VOYAGE AUTOUR DF, SA CHAMBRE
Ce palissandre est scandaleux; ces tapis r/jSt de la fausse moquette ; ce Boule ; ça du Boule! cela vient du faubourg Saint- Antoine! Ali ! mais je m’y connais...
Bravo! mon gaillard, tu t’enflammes, tu soupires, tu joues à l’Amadis, tandis que l’on te berne avec ce moustachu. Voilà pourtant où conduit la curiosité.
C’est le diable ; non , c’est ma bonne étoile... Songer que j’aurais pu être dupé et figurer en quatrième dans cet omnibus à portraits sentimentaux.
Assez! assez 1... je ne retrouve pas mon chapeau avec tout cela , et elle n’aurait qu’à rentrer! Ce retour que j’appelais tout à l'heure de mes vœux impatients... Mon chap... ah! le voilà... Sauvons-nous!
Pas avaut d’avoir tout remis en place ; qu’elle ignore que je n’ignore plus. Et maintenant partons.
— Monsieur !
— Plaît-il?... Tiens, c’est la camériste.
— Monsieur ne veut donc pas prendre la peine d’attendre un instant ; madame ne tardera pas à revenir.
— C’est possible ; merci, ma fille , mais moi je n’en reviens pas et je n’y reviendrai jamais !
UN BIENFAIT N’EST JAMAIS PERDU
On achevait de déjeuner.
'/amphitryon venait de sonner pour demander le café final ; le garçon — • en se hâtant lentement comme tous ses semblables, déblayait la table des débris du dessert, quand l'un des convives, qui tenait à la main un journal, poussant un cri d’admiration :
— Superbe !... magnifique !... Pour un beau trait, voilà un beau trait !...
— Qu’est-ce donc? questionnèrent tous d’une voix les autres assistants.
— Un acte du plus intrépide dévouement... Un homme qui s’était jeté à l’eau et qu’un passant a repéché au péril de ses jours, après une lutte acharnée. Les détails que donne la Pallie sont d’un émouvant... Je regrette
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qu’on ne cite pas le nom de ce brave passant, mais n’importe î Cette action sublime aura sa récompense... Un bienfait n’est jamais perdu.
— Plût au ciel qu’il le fût! murmura l’un des auditeurs , le seul qui ne parût pas faire chorus avec l’enthousiasme du préopinant.
— Comment ! Plût au ciel qu’il le fût , repartit vivement celui-ci, piqué de voir que sa tirade avait rencontré un opposant... Pourriez- vous m’expliquer T...
— La cause de cette interruption? volontiers, si je ne craignais d’abuser de votre attention, car c’est toute une histoire...
Parlez 1 firent à l’unisson les convives , enchantés de saisir l’occasion pour digérer en silence.
— Parlez, monsieur, ajouta le lecteur de la Patrie avec une pointe de rancune ironique. Je suis curieux , je l’avoue, de connaître celte histoire singulière qui doit renverser toutes les notions...
— Je ne prétends , Dieu m’en préserve, faire aucune révolution dans le monde des proverbes, reprit paisiblement le narrateur. Vous désirez connaître mon récit, — • le voici, aussi abrégé que possible :
C’était, messieurs, en 1855. Il y a six ans.
J’habitais alors une maisbn de la rue deVaugirard. Notez ce simple détail , ce fut là le point de départ de mes infortunes.
Un soir, ou plutôt une nuit — car vous savez ce que durent les drames en seize tableaux, — je sortais d’un théâtre des boulevards. La pluie fouettait avec rage, les
cochers passaient dédaigneux. Bref, après une demiheure d’attente sous un auvent qui me protégeait d'une façon dérisoire, je me décidai à regagner pédestrement mon domicile.
— Enfin ! interrompit le lecteur de la tatrie, heureux de placer une épigramme en manière de représailles.
— Enfin! oui , vous avez raison; j’aurais dù prendre cette résolution plus tôt, mais je ne pouvais pas prévoir. Deux heures sonnaient au moment où la porte de mon logis s’ouvrait pour moi , e| je gravissais à tâtons l’escalier, lorsqu’une violente odeur de charbon m’appréhenda à la gorge.
Plus je montais, plus l’odeur devenait insupportable. Admettre qu’au milieu de la nuit l’un de mes voisins vaquait à des fonctions culinaires était invraisemblable. Evidemment, celle dépense d’acide carbonique voulait dire : tentative d’asphyxie.
J’escaladai prestement les deux derniers étages et, arrivant devant une porte de mansarde par les fissures de laquelle les émanations s'échappaient plus significatives que jamais:
I — C’est là, me dis-je, — et d’un vigoureux coup de pied je fis sauter la porte en éclats. '
Il était temps. Sur un lit de piètre apparence, un pauvre diable se débattait dans les premières convulsions de l’agonie. Ouvrer l’étroite fenêtre de ce réduit, porter le malheureux à l’air libre, lui prodiguer les soins nécessaires fut l’affaire d’un instant.
UN BIENFAIT N’EST JAMAIS PERDU
— Joli début de drame, ricana le vindicatif lecteur de la Patrie.
— La comédie aura son tour, répliqua le conteur toujours impassible.
Permettez-moi, messieurs, de passer sur les détails superflus. Le surlendemain, mon homme était sur pied et dès l’aurore, alors que je goûtais encore les douceurs du sommeil matinal, j’entendis une altercation dans l’antichambre :
— Monsieur n’est pas visible, répétait mon domestique en haussant la voix. Je vous dis que monsieur...
— Pas visible! mon sauveur!... Pas visible pour moi qu’il a arraché à la mort... Par exemple! ma reconnaissance n’a pas le temps d’attendre.
— Encore une fois...
— Otez-vous de là ? il faut que je le remercie, et tout de suite !... Quand je pense que sans lui !... Où est-il ?... criait mon obligé en arpentant l’appartement... Ah! monsieur, vous voilà! Vous dormiez? n’importe... Laissez-moi vous embrasser... On m’a tout appris... Je vous dois l’existence... Croyez que je n’oublierai jamais... Laissez-moi vous embrasser de nouveau !
I — En vérité, mon ami, lis-je, lorsque j’eus eu le temps de me réveiller et de me reconnaître, je ne mérite nullement ces actions de grâces. Tout autre à ma place aurait : agi de même.
j — Tout autre !... Cela n’empêche pas que si vous ne / m’aviez secouru... Entre nous, voyez- vous, c’est à la vie, à la mort 1... Je vais me remettre au travail, je vais cher-
cher une place, je vais... 11 suffît !... Adieu, mon sauveur! adieu! vous entendrez reparler de moi.
La semaine s’était écoulée sans que cette prédiction se fût réalisée, et déjà je ne songeais plus à cet incident, quand, au moment où j’allais me mettre à table — c’était le soir celte fois, — une voix connue revint frapper mon oreille.
C’était encore celle de mon voisin ressuscité.
-Pardonnez-moi, s’écria-t-il en entrant sans attendre qu’on l’annonçât. Je vous dérange, mais je sais à qui j’ai affaire... Un homme de dévouement comme vousl... Vous m’excuserez! Ah! monsieur! vous auriez mieux fait de me laisser mourir.
— Que voulez-vous dire?...
— J’ai eu beau chercher, je ne trouve rien et me voici en face du même dénûment... Si j’avais seulement cinq cents misérables francs pour première mise de fonds, on me propose une entreprise superbe... Alors j’ai pensé à vous, et je me suis dit : Il n’y a que mon sauveur, que ma providence qui puisse me rendre ce service. Il ne voudra pas m’avoir arraché à l’asphyxie pour me voir mourir de faim...
— Mais, mon ami...
— Si vous me refusez, je me jette par la croisée... Mais non!... vous ne m’auriez pas... les cinq cents francs... tout mon avenir... Je vous souscrirai des billets.... C’est bien, c’est admirable ce que vous failes- \À !... Ah ! je ne m’étais pas trompé sur votre compte...
Je prêtai les cinq cents francs.
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— Et vous ne revîtes jamais l’emprunteur, interrompit un des convives.
< — Au contraire, hélas 1 — six mois après, il m’avait
remboursé. Un mois plus tard il carillonnait de rechef à ma porte.
i —Ah! mon ami... mon excellent ami!... Partagez mon bonheur!... Grâce à vous, mon négoce prospère et je me marie. Vous la verrez !... Elle est charmante... Je n’ai pas de parents, j’ai compté sur vous. Vous serez mon père, mon témoin, mon garçon d'honneur... Vous me seconderez dans les petites démarches... Il n’y a pas de danger que j’aie pensé à un autre. Habillez-vous, j’ai une voilure en bas, nous allons chez le notaire, à la mairie, chez les marchands... Je veux que vous choisissiez la robe de ma femme vous-même... Mon bonheur n’est-il pas votre ouvrage?
Pendant une huitaine je fus impitoyablement remorqué par la reconnaissance. Le jour des noces, il fallut me laisser présenter avec récit à l’appui à chaque invité. Au dîner, je fus promené dans les bras de l’assistance, au dessert on exigea de moi un couplet !
Je commençais à me consoler de celte perte de temps et de cette moisson de ridicule. La lune de miel m’en débarrassera, pensai-je.
Vain espoir !... A quelques trois semaines de là, mon Cabrion reparaissait :
— C’est encore moi !... Figurez-vous qu’hier, j’étais à Versailles avec Anaïs... Elle vous présente ses compliments, la chère petite femme.. Un manant lui marche
sur le pied... Elle vous aime autant que moi... Je traite le manant d’imbécile... 11 me donné un soufflet. Nous échangeons nos adresses, et je me bals demain. .-.-Anaïs n’en vit plus... C’est elle qui m’a envoyé... Je serais venu tout seul!... car je vous connais!... Je me rappellerai cent ans que vous m’avez sauvé... Demain à cinq heures je viendrai vous prendre. Qu’on est heureux d’avoir un ami sur qui on peut compter !
Le mari d’ Anaïs campa un coup d’épée dans le bras de son adversaire, — et je fus condamné à quinze jours de prison en ma qualité de témoin.
L’auditoire ici se permit de couper la narration par un éclat de rire, auquel le lecteur de la Pairie lui-même ne put se défendre de participer.
— Vous riez, messieurs. Que serait-ce si je poursuivais le récit de cette persécution trop dévouée?
Un jour, mon sauvé venait me chercher pour un procès.
— Vous m’avez porté toujours bonheur !... Je ne veux un avocat que de votre main.
Une autre fois, à la suite d’une querelle dé ménage, il me suppliait d’aller implorer le pardon d’Anaïs qui s’était retirée chez sa mère.
— Vous savez 1... Je me connais.. Sans elle, je me suiciderais de nouveau, ajoutait-il pour me décider...
Une autre fois encore, je lui servais de répondant pour une affaire dont dépendait, disait-il, toute sa fortune.
Tantôt il venait me déranger pour être le parrain de
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son cadet, tantôt pour fêter la première dent de son ainé, tantôt pour ceci, tantôt pour cela. Je ne m’appartenais plus, j’étais son homme, sa propriété, son sauveur en un mot.
Enfin, ce malin même, vous m’excuserez de ne pas prendre le café avec vous, je m'aperçois qu’en causant j’ai laissé sonner onze heures et demie, et c’est à midi qu’on enterre ce modèle de reconnaissance, mort aux Batignolles d’une indigestion, — après avoir eu soin de léguer par testament sa veuve et ses enfants à la sollicitude de son sauveur.
Voilà, mon cher monsieur, fit le narrateur en saluant le lecteur de la Patrie, pourquoi j’ai poussé tout à l’heure l’exclamation qui vous a si fort scandalisé. Voilà pourquoi les bienfaits qu’on perd ne sont pas toujours à mon sens les plus mal placés.
( Dans un hôtel de la Chaussée-d’Antin, chez le valet de chambre de monsieur.!
Le valet de chambre (seul). — Un, deux, trois, quatre pantalons... cinq gilets... deux paletots... La dernière fois il y en avait douze. Décidément nous nom
ruinons à la Bourse. Il faudra voir à trouver une autre maison.
Le marchand d’habits (audeliors). — Habits! galons! Le valet de chambre. — Psitt! psitt! psitt!
Le marchand. — On y va... Un domestique , c’est rat.
— Par ici ! par ici !... J’ai bien fait tout de môme de confisquer le paletot gris par-dessus le marché... 11 le
cherchera peut-être, mais bah ! puisque je ne veux pas Fester. Par ici !...
— Salut à la compagnie ! Ça va bien, m’sieu Jean?
— Pas mal, et vous ? Regardez-moi ce lot-là.
— Ab ! ah 1 les défroques de monsieur... Diable ! il use joliment ses pantalons à présent.
— Ne m’en parlez pas. Ça n’a pas d’ordre, ça joue à la Bourse, et c’est nous qui en pâlissons.
— Les gilets sont tout tachés.
— Parbleu ! Ça ne sait seulement pas manger proprement son bien. Quand c’est à la Maison-d’Or, ça ne pense guère au pauvre monde !
— Pourquoi que vous ne lui en faites pas l’observa- s tion?
— Faudrait pas m’en défier. J’y tiens tant à ma place.
— Des paletots éraillés au coude.
— Pas le gris, qui est tout neuf.
— Ah! le gris est tout neuf.
— Bon comme neuf, je veux dire.
Le marchand (clignant de l’œil). — Compris... Et combien que vous en voulez du tout ?
— Soixante francs.
— Pour de rire, n’est-ce pas ? Ça vaut trente francs.
— Trente francs 1 J’aimerais mieux y mettre le feu.
— Faut pas vous gêner, si le bourgeois est assuré.
— Voyons, voulez - yous être raisonnable?
— C’est vous qui ne l’êtes pas.
— Tenez, au juste cinquante. J’en ai besoin pour com-
plôler une action des Zincs de la Vieille-Montagne.
— Vous ôtes actionnaire et tous marchandez? Ah! m’sieu Jean I
— Et vous qui êtes riche comme un Crésus. Est-ce dit cinquante?
— Allons, c’est bien parce que c’est vous.
— Moi aussi, car un autre...
— Ne dites pas de ces choses-là... Et c’est tout ce que vous payez?
«=- Un verre de cassis, si vous voulez.
— Ce n’est pas de refus... Comme ça donc votre pin gre de maître...
(Ils descendent. Les voix se perdent dans l’escalier.)
(Chez dd bourgeois le sieur Boulard, rentier quinquagénaire.)
M. Boulard. — Vous le voulez, Aménaïde, eh bien, soit ! quoiqu’il m’en coûte de me séparer de mon uniforme de garde national.
Madame Boulard. — Puisque vous n’en faites plus partie, qu’est-ce que vous me chantez ! Cela me servira à acheter une robe'.
— Madame, je vous ferai observer...
— Vous allez peut-être me reprocher d’être coquette! Entrez, marchand d’habits, entrez.
Le marchand. — Monsieur et madame... c’est pour cet uniforme-là?
M. Boulard. — Si vous le permettez, monsieur, je
vous engage à remarquer que le soin avec lequel je l’ai entretenu lui a conservé tout son lustre...
Madame Boulard. — C’est bon! c’est bon! laissezmoi parler. Quel prix en donnez-vous?
Le marchand. — Dites-moi le vôtre.
— Je ne sais pas moi.
— Cependant, quand on veut vendrè...
— Vous avez vu qu’il y a des galons d’argent aux manches?
M. Boulard. — Insignes d’un grade que j’ai exercé avec l’estime et l’approbation générales.
Madame Boulard. — Silence, monsieur Boulard. J’en demande cent francs avec le schako.
Le marchand. — Je conçois, et puis vous me ferez mettre àCharenton après...
M. Boulard. — Je ne saisis pas, monsieur, quel rapport il y a entre Charenton et les propositions équitables de mon épouse.
Madame Boulard. — Boulard, ne vous commettez pas.
Le marchand. — Quoi! commettre... Je n’y tiens pas à votre uniforme. Ça et les guitares, c’est bon à mettre sous globe.
M. Boulard. — La guitare, monsieur, symbolise les arts, comme l’uniforme symbolise la valeur.
Madame Boulard. — Assez! vous oubliez votre dignité.
Le ma rchand. — Suffît, la bourgeoise, ne vous emportez pas. Y compris les insignes de monsieur, vgus en
avez là pour vingt- cinq francs, bon poids. Inutile de me reconduire, je vous remercie, je tiendrai la rampe. (Il sort).
M. Boucard. — Cet homme manque de formes, il prouve que la nature quand elle n’est pas policée par l’éducation..
Madame Boulard. — Vingt-cinq francs ! quelle horreur... A trois francs le mètre, ma robe... C’est qu’il ne remonte pas. J’en aurai huit mètres en grande largeur.. (Rappelant le marchand.) Hé ! marchand 1
M. Boulard. — Quoi! madame, livrera vil prix...
Le MARCHANDÏ(rentrant). — A la bonne heure, nous finirons par nous entendre.
Madame Boulard. — Prenez et épargnez-moi vos réflexions.
Le marchand (fredonnant). •— Ah ! daignez m'épargner le reste. Vous n’avez pas de vieilles chaussures !
Madame Boulard. — Monsieur, quand mon mari en a il les fait raccommoder.
Le marchand. — J’aurais dû le deviner. Serviteur, messieurs et dames.
M. Boulard (à voix basse). — Dire que voilà ce qu’il ; reste des dignités humaines!
(Chez un artiste peintre. — Atelier démeublé avec goût et fantaisie.)
Francastor. — Mademoiselle Grain-de-sel, vous me
poussez dans, l’abîme, mais n’importe; vous avez envie de voir Versailles, la ville dit grand Roi. Paraissez, vareuses et cabans ! Habit noir, marche au supplice !
Mademoiselle Grain-de-sel. — Tu es un amour.
Francastor. — Estimable commerçant, prenez la peine de pénétrer, et veuillez me confier un louis en échange de ces vains ornements.
Le marchand d’habits. — Les vareuses rouges, ce n’est guère do défaite.
Francastor. — Votre phrase en estuneautre, Louis XI du brocantage. On ne porte plus autre chose... au montdc-piélé.
Le marchand. — Et l’habit noir...
Francastor. — Barbare ! ne profane pas cet Elbeuf. C’est le fruit des économies... démon tailleur. Respecte ses mémoires...
Le marchand. — Tout pour dix francs.
Mademoiselle Grain-de-sel. — Francastor, ne cède pas à cet homme.
Francastor. — Rassurez-vous, ma reine, l’intimidation ne peut rien sur les cœurs héroïques. O banquier nomade ! j’ai tiré à vue vingt francs sur ton escarcelle, ne donne pas à madame une fausse opinion de ta générosité.
Le marchand. ■*- Si encore elle était bleue.
Francastor. — Qui ça ? ma vareuse? elle en rougirait! Bleue ! Non ! tu ne l’as pas dit ! Retire ce mot outrageant ou je demande cinquante centimes d’indemnité.
Le marchand. — Impossible d’ajouter un liard.
Francasior. — Il a dil : impossible! Tu n’es donc pas Français? tu oublies donc que nous t’avons annexé récemment., ingrat! mais tu ne vois pas ce que tu nous fais souffrir?... Il est midi; le soleil brille, la vapeur chauffe, Graiu-de-sel brûle, la nature nous attend... Tu fais attendre la nature...
Le marchand. — Voyons, une fois, deux fois...
Francastor. — Arrête, no join3 pas l’ironie à la cruauté... Quinze francs? Jamais ! jamais 1 (Tendant la main). Toute de suite.»
Mademoiselle Grain de-sel. — Quinze francs seulement!... • ,
Francator. — 11 le fallait. Nous dînerons un peu moins çt nous le maudirons un peu plus
(Uaa mansarde. — On homme seul.)
L’Homme. — Encore une journée perdue. J’ai fait au moins trois lieues dans Paris et impossible de trouver un emploi....
Le marchand d’habits. — Vous avez appelé ?
— Oui, prenez* celte redingote. (A part). Comment me présenterai-je demain chez les patrons.
— C’est cinquante sous.
— Donnez.
— J’aurais dû lui en offrir trente... elle vaut dix francs, imbécile que je suis I
■ W rM
'La boutique du marchand d’habilaj
Le marchand (seul, faisant la revue de ses achats du jour). — Ah! ah! Bonne journée.. La domesticité, l’avarice, le plaisir... C’est encore la misère qui rapporte le plus!