AVANT LES TROIS COUPS
C’était, — il m’en souvient encore — du temps où florissait le Théâtre Comte. Vous vous rappelez? . .
Far les mœurs, le bon goût, modestement il brille,
Et sans danger la mère y conduira sa fille.
Quoique je ne fisse pas partie de la plus belle moitié du genre humain, chaque fois que j’avais mérité quel- . que récompense, on me conduisait de droit à l’une des représentations de cette scène Monthyon.
Là, vous dire avec quelle attention je humais les berquinades de ces pièces au biberon serait vraiment impossible. Qu’il vous suffise de savoir, comme échantil-
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Ion, qu'il m’arrivait souvent, dans les moments pathétiques, de m’introduire dans l’œil, tant j’étais absorbé, le sucre d’orge dont j’égayais scrupuleusement lecours de chaque séance. i
Toutefois une chose me préoccupait surtout : c’était de savoir si, quand les acteurs pratiquaient sur la scène un repas quelconque, ils mangeaient bien -pour de bon ; et comme sans doute, par respect pour ma naïveté, on n’avait toujours répondu affirmativement, j’ouvrais d’énormes yeux de convoitise aussitôt qu’apparaissait, sur son plat de ferblanc, le poulet traditionnel, base de tout festin au passage Choiseul.
Mais, hélas! j’ai su depuis que ce poulet qui m’avait causé de si gourmandes émotions, était un morceau de carton verni et dès-lors c’en a été fait pour jamais de mes croyances scéniques !
Une fois sur la pente du scepticisme, je ne m’arrêtai plus. Après mes illusions sur le poulet, je perdis mes illusions sur les arbres et le clair de lune que j’appris être confectionnés, les uns avec de la toile peinte, l’autre avec du papier huilé !
De la lune je passai au tonnerre, — à ce tonnerre qui m’avait fait tant frissonner — et dont on me montra le Jupiter sous la forme d’une plaque de tôle.
Si bien qu’au bout de quelque temps, ayant abjuré toute espèce de foi théâtrale, j’en arrivai à ne pas plus croire aux couleurs qu’à la vertu de la jeune première.
Mais cette fois encore mon esprit douteur ne se tint pas pour satisfait ; après mes apostasies sur les ac-
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leurs, je me pris à concevoir des incerlîl udes sur le compte môme des personnages qu'ils représentaient ; et en voyant les pères, mères, (ils et filles de théâtre, je me demandai, comme pour le poulet, si c’étaient des pères, mères, fils et filles pour de bon ou bien encore des pères, mères, fils et filles de carton verni.
C’est précisément, cher lecteur, la réponse à celte question que nous allons chercher ensemble, en examinant ce qu’on a fait en général de la famille sur les planches.
Sur quoi je frappe les trois coups, la toile se lève et nous commençons par