‹ Les marionnettes de ParisChapitre 7 sur 99 · L'HÉRITAGE DE MON AMI BONNARD · texte numérisé non relu

L'HÉRITAGE DE MON AMI BONNARD

forme, mais des collatéraux intentèrent un procès en captation.

Pour tenir tête à leurs prétentions, il fallut emprunter; la justice a des lenteurs à nulle aùtre pareilles. Premier jugement, appel, cassation... que sais-je 1

Cinq années et trois cent mille francs furent absorbés par ces exercices peu variés.

— Au moins , réussis - tu à faire triompher ton droit?

— J’obtins gain de cause. Le jour même une nuée d’amis s’abattit sur moi.

— Cher Bonnard, j’étais avec toi au collège... Mon bon monsieur Bonnard, votre parrain m’avait promis son concours pour une entreprise...

Le tout pour aboutir à des emprunts plus ou moins élevés. Je ne pouvais refuser, sous peine de passer pour le dernier des cancres... un homme qui venait d'hériter d’un million !

Je prêtai, je prêtai, jusqu’au jour où, résolu d’établir mon bilan, je m’aperçus...

Je n’eus le temps de m’apercevoir de rien, car avant que mes comptes fassent achevés je reçus une lettre du notaire , m’informant, qu’en opérant la vente d’une maison de campagne dont j’avais résolu de me défaire, on avait trouvé au fond d’une armoire un portefeuille contenant un codicille, par lequel mon parrain léguait tous ses biens aux hospices.

Total : ma jeunesse perdue, ma vocation manquée, mon mariage rompu, seize ans de souffrances de tout

genre, et par-dessus le marché quatre cent mille francs de dettes, car je dois...

Mon ami Bonnard en était là de son récit, quand deux individus, qui nous observaient depuis peu d’instants, s’approchèrent, et, lui mettant la main sur le collet :

— Monsieur, nous avons ordre de vous conduire à la prison pour dettes.

Bonnard chancela, pâlit, et, me serrant la main :

— Voilà , mon ami , le dernier fruit de mon héritage !...

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