LE JOUR DE L'AN RENVERSÉ
chose... Ma foi, c’est dix francs d’économisés, je n’en suis pas fâché... C’est qu’elle est très jolie celte potiche... Du moins j'aurai moi aussi été étrenné... Aïe! ce mot me rappelle que mon concierge... On Ycsonne... C’est lui... Entrez !
— Bonne santé et prospérité pour toute l’année ; c’est du fond du cœur, monsieur peut me croire. Je prendrai avec son agrément la liberté d’y joindre un portecigares en bois de rose. Ce n’est qu’un bien faible dédommagement pour les tracas que j’ai causés à monsieur en le laissant attendre un quart d’heure à la porte les soirs où il pleuvait, et cela quand je l’avais bien entendu sonner, en lui répondant avec incivilité, en gardant ses lettres pendant des journées entières pour ne pas prendre la peine de monter, en lisant chaque malin son journal; en prélevant sur son vin des dîmes extraordinaires et sur son bois des impôts forcés. Toutefois, monsieur daignera user d’indulgence pour la valeur # minime de mon cadeau ; ce porte-cigares sort de chez Tahan et il y a tant de locataires dans la maison qu’on est obligé d’y regarder un peu... Je réitère à monsieur mes civilités.
— Parbleu 1 se dit Sylvandre Tourniquet, quand le concierge est sorti, voilà qui devient singulier... Pas mal dn tout ce porte-cigares... Ali! le gaillard boit mon vin ct...Bast! encore dix francs d’économisôs... nous nous plaindrons plus tard... Entrez ! Tiens, mon filleul ; tu vas bien, cher petit... j’allais passer chez toi.
—Papa m’a envoyé pour que vousne vous dérangiez pas.
— C’est aimable de sa part. Voyons un peu, tu as appris sans doute à mon intention quelque joli compliment ?
— Les autres années papa m’avait seriné un tas de bêtises dont je ne pensais pas un mot. Cette année-ci je n’ai pas voulu. Damel pourquoi mentir ? puisque papa, il dit toujours comme ça que c’est pour votre héritage qu’il faut vous soigner ; c’est pas la peine de vous débiter toutes sortes de choses en vers.
— Hein ? qu’est-ce que tu me chantes là?
— La vérité, mon parrain. Du reste vous pouvez garder vos joujoux, je n’en veux pas; c’est au contraire moi qui vous en apporte. Un beau polichinelle. Papa a dit comme ça que c’était votre portrait avec votre nez de casse-noisettes, et moi j’ai pensé que ça vous serait agréable d’avoir^volre portrait. Adieu, mon parrain, je m’en vais chez notre grand-oncle : encore un que papa dit qu’il fait bien attendre sa mort...
— Eh bien ! j’en apprends de belles ! Croyez donc aux protestations!... Petit gredin !... Moi qui comptais lui acheter une lanterne magique... Ci trente francs de placés à la caisse d’épargne. Mais je fais des affaires superbes aujourd’hui !... Qui est encore là? Un commissionnaire... une lettre et un paquet. Donnez.
« Monsieur,
» Je suppose que comme tous les ans vous vous proposiez de m’apporter une boite de bonbons ; désirant vous devancer, je vous envoie ci-joint un sac de marrons glacés.