LIS MARIONNETTES
inent brusque , — ii leva ses deux bras vers le ciel ; ~ ses yeux et sa bouche s'arrondirent démesurément...
— Ma sœur!!... — murmura-t-il.
— Tais-toi!! — dit la jeune femme en s*approchant vivement de lui et en lui tendant la main, — tais-toi» mon pauvre Morales...
— Carmen II — reprit l'Espagnol, — puis-je en croire mes yeux!! — est-il bien possible que ce soit toi!!., toi, Carmen !!...
— Au nom du ciel, ne prononce plus ce nom !!..
— Pourquoi ?
— Parce que Carmen n'existe plus.
— Comment, Carmen n'existe plus ?
— Non.
— Ft tu me dis cela au moment où je te vois, où je te parle, où je tiens ta main dans ma main?...
— Voyons , Morales , tu m'as cru
morte, n'est-ce pas ?...
vu 19
29<J IKS WAKION^ETIES
~ Oui, je Tai cru... et Dieu m'est témoin que je t'ai bien pleurée !..
— Excellent frère !... — fit ironiquement la jeune femme, — je n'attendais
pas moins de toi î...
Puis, elle reprit :
— Eh ! bien , ne regrette pas tes larmes. — Carmon est morte en effet l. — Morales, tu n'as plus de sœur...
— Qui donc es-tu, si» tu n'es pas ma sœur?...
— Regarde ce costume...
Et Carmen désignait la robe bknche étalée sur un fauteuil.
— C'est un costume de mariée...
— Oui.
— Que veut dire cela ?
— Cela veut dire que je suis Aûduuziata Hovéro, et que j'épouse dans ui.c heure Olivier Le Yaillunt, l'unique héritier de quinze millions...
Morales eut un éblouissemenl.
— Toi, Carmen II! — balbutia-t-il, — \qi, ma sœur !i!
2îi2 LES MARIONNETTE»
— Je te répète que ta sœur est morte ! je ic répète que Carmen n'existe plus !. Mais j'ajoute qu'Annunziata la remplacera.. ..
— Je comprends... — dit Morales en se frottant les mains — et je supplie ia fille de don José Rovéro d'agréer mes félicitations sincères...
— C'est bien joué, n'est-ce pas, Morales?...
— Oui, certes ! — gagner une partie dont l'enjeu est de quinze iniliions,
DU DIAÛLE. -295
c'est sublime 1...— mais, explique-moi..
— Qu*ai-je à fexpliquer?.., — la situation est des plus simples : — Annunziata devait épouser Olivier Le Vaillant. — Annunziata, survivant seule au naufrage du Manouin, Annunziata sauvée par miracle, devient la femme de son fiancé, voilà tout...
— Tuas raison, c'est élémentaire...
— Et toi, Morales ?
— Moi aussi, je suis sauvé, comme
294 LES MARIO Dînettes
tu vois.,. — tu me croyais perdu, je pense ?
— Hélas!
— Et tu m'as pleuré ?
— Un peu.
— Allons, c'est de la franchise... — mais je te pardonne de grand cœur... — tu avais à t'occuper de tant d'autres choses qu'il ne te restait guère de temps pour penser à ce pauvre diable de Morales... — maintenant, que vas-tu faire de moi ?
— Je ne sais encore, mais d'ici à peu de jours je trouverai quelque moyen de l'introduire et de te faire accepter dans la maison...
— Tâche de me donner Tintendance de tous les millions dont on dispose ici; — voilà un poste qui me conviendrait fort...
— Je n'en doute pas, mais je te porte un trop vif intérêt pour t* exposer à être pendu.. — Je te réserve quelque sinécure ifr^sement rétribuée.,. — sois
tranquille, tu ne manqueras de rien .,
— J'y compte, et cela viendra d'autant plus à propos qu'en ce moment je manque de tout...
— Qu'as-tu donc fait de ton argent?..
— Tu mets le doigt sur une plaie saignante... — Voici mon odyssée... —
elle est courte et lamentable. — Lorsque je me suis jeté à la mer, dans la nuit du naufrage, j'étais attelé à une cage à poulets. — Cette cage à poulets renfermait
un petit baril, et ce petit baril contenait mon trésor... — Nous devions, lui et moi, selon toute apparence, ôtre sauvés ou périr ensemble...
— L'idée était bonne et digne de toi.
— Après?.-.
— Pendant toute la journée qui suivit la perdition du Marsouin, nous flottâmes , la cage à poulets, le baril et moi, balottés par les vagues et entraînés par les courants qui nous portèrent à une énorme distance du malheureux navire