LES MAUIOM^ETTES
sur lequel tu étais restée... —Quoique mon corselet de liégfe et ma cage me soutinssent assez bien eu -dessus des flots, j'étais épuisé de fatigue et de besoin, glacé jusque dans la moelle de mes os et déjà je me considérais comme un homme perdu, lorsque j'entrevis la terre à une faible distance... — Cette vue me rendit un peu de courage. — Je nageai de toutes mes forces et je me rapprochai rapidement d'une belle plage de sable blanc et fin .. - J'allais
Dl DIADLE 299
l'atteindre... — par malheur il fallait franchir des récifs sur lesquels un coup de mer me rejeta... — le choc fut rude — je perdis connaissance. — Quand je revins à moi , j'étais étendu sur cette belle plage dont je viens de te parler et où j'avais été apporté tout évanoui par les vagues... — Mais hélas ! la cage à poulets s'était brisée sur les rochers, et mon baril, par conséquent mon trésor tout entier , se trouvait au fond de To céanli
— Pauvre Morales!! — fît Carmen d'un air à demi railleur, à demi compatissant.
— Ahî tu as bien raison de dire pauvre Morales, — poursuivit le gitane,
— car il ne me restait pas un maravédis ot je me trouvais en Espagne où tu sais que je risquais fort d'être pris et pendu pour des peccadilles d'ancienne date...
— Que faire et que devenir ? — Une idée me traversa l'esprit. — J'avais beaucoup entendu parler sur le Manouin
Dl DIABLK. 301
de la générosité sans pareille de Philippe Le Vaillant. — Je résolus de venir au Havre et de m'adresser à lui... - il ne pouvait manquer d'être touché de mes malheurs et de me venir en aide lorsqu'il apprendrait que j'avais perdu ma sœur chérie et toute ma fortune dans ce même naufrage où la fiîle de don José Rovéro venait de périr... — Je me mis immédiatement en marche, sans argent, et presque sans vêtements... — Je travfTsai la France, dans
sa plus grande longueur, mendiant pour vivre... — J'arrivai ce matin au Havre, exténué de fatigue et de misère, — j'appris avec un profond étonnement et une joie bien vive, que je n'avais pas survécu seul à l'épouvantable désastre et qu'Annunziata épousait aujourd'hui même le fils de l'armateur .. —Convaincu que la belle Havanaise accueillerait favorabiemenldonGuzmanMoralèsyTulipano, le trère de madame de Najac, son amie intime, je demandai à être admis en sa
Dl DIABLE, 505
préseiice... — On voulut me fermer la porte, niais j'insistai et je fis bien, car Annunziata daigna me recevoir aussitôt qu'elle eut appris que j'arrivais de la Havane... et j'ai l'honneur et le bonheur de me trouver en sa présence...
— Tu en sais désormais aussi lony que moi...
— Je t ai écouté avec un vif intérêt — Oit Carmen — maintenant, écoulemoi...
— Je buis tout ^vieilles !..