H LES MARIONNETTES
laiit, pâle d'émotion, tendit ses bras a son fils, qui s'y précipita.
— Mon enfant... mon cher enfant...
— - balbutia-t-il, — te voilà donc enfin !... Ohî que je suis heureux de te voir et de t'embrasser... — Depuis ton départ je ne sentais plus mon cœur... — tu l'avais emporté...
— Mon père, — répondit Olivier, — je connais quelqu'un que notre réunion rend encore plus heureux que vous...
c*est moi....
Après les premiers épanchements, Olivier quitta le vieillard pour aller changer de costume, le sien étant dans le plus déplorable état et couvert tout à la fois de poussière et de boue.
— Dans une heure j'aurai parlé... — murmurait le jeune homme eu acheyauL
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rapidement sa toilette; — dans une heure mon père m'aura répondu : — Sois heureuxU
Et ii alla rejoindre Philippe Le Vaillant.
VU il
194 LES MARIOX?(ETTES
— Mon enfant, — lui dit ce dernier,— avant de te questionner sur les df^tails de ton voyage, avant d'écouter tes récits qui me feront passer de si douces heures, il faut que je t'apprenne une grande nouvelle...
— Heureuse, je l'espère?...
— Heureuse et triste à la fois... — Je vais te [montrer d'abord de bien douloureuses blessures, mais je crois les avoir guéries...
— Je vous écoute avec un intérêt dont vous ne doutez pas...
— Tu m'as entendu parler bien souvent de don José Rovéro?
— Votre meilleur ami ! — celui qui, dans une crise terrible, vous a si généreusement et si spontanément sauvé!. .
— Ne vous souvenez-vous pas que, dans les prières de mon enfance, je demandais chaque soir au bon Dieu de veiller sur don José Rovéro en même temps que sur vous , et de le proféger comme
ii VOUS protégerait vous-même ?
— Eh bien ! cher Olivier, ces prières touchantes de ta voix enfantine, Dieu ne les a pas écoutées!...
— Don José est malheureux 1! — s'écria Olivier.
— Oui.
— Mais nous lui viendrons en aide par tous les moyens, n'est-ce pas, mon père? — Nous ferons pour lui ce qu'il a fait jadis pour vous!! — nous le sauverons!...
DU DÎABIE, 197
Philippe Le Vaillant saisit la main de son fils et la serra.
Puis il reprit:
— Don José m'a écrit... — voici sa lettre...
Et il lut tout haut les pages touchantes qui jouent dans notre récit un rôle im« portant.
En entendant ces pages, Olivier, à plus d'une reprise, dut essuyer ses yeux mouillés de larmes.
— Mon père, — demanda-t-il vive-
198 LES NARIOMIVETTES
ment lorsque Philippe eut achevé, — qu'avez-YOus répondu?
— Ceci...
Et, de môme qu'il avait lu la lettre de don José, l'armateur lut sa courte réponse.
Cette réponse, on s*en souvient, se terminait par ces mots :
« .....|foM ami, nun frère, je te demande pour mon fils Olivier la main de ta fille Annunziata... »
Le malheureux Olivier reçut ces der-
DU DIABLE. ÏDO
nières paroles en plein cœur, comme an co«p de foudre .
Il pâlit, — il chancela, — et, pour ne pas tomber, il fut obligé de Vappuyer au dossier du fauteuil près duquel il était debout.
Philippe attribua cette émotion violente et visible k la surprise bien naturelle que devait éprouver son fils en apprenant à l'improviste qu'il était fiancé, et fiancé irrévocablement, — car un homme d'honneur ne pouvait éluder
sans honte, et presque sans crime , un engagement pris d'une façon à ce point solennelle, vis-à-vis d'un père mourant et d'une enfant orpheline.
Cependant, comme la pâleur d'Olivier ne diminuait pas, Philippe lui demanda avec trouble :
— Ai'je bien agi, mon fils, en disposant ainsi de toi? — Ai-je fait mon devoir?
—Vous avez fait votre devoir... — répondit le jeune homme sans hésiter, —
Db' DIABLE. 201
et VOUS avez bien agi
Nos lecteurs connaissent maintenant les motifs de l'habituelle mélancolie d'Olivier, ei comprennent pourquoi ses réponses étaient évasives lorsque son père l'interrogeait au sujet de sa trisr tesse.