‹ Les marionnettes du diable (volume 3)Chapitre 8 sur 15 · LIS MARIONNETTES · texte numérisé non relu

LIS MARIONNETTES

jetées s'il arrivait tout à point pour profiter de la haute mer.

Dans le premier cas, une chaloupe d'honneur avec six hommes d'équipage se tenait prête à nager à toute vitesse vers le caboteur pour prendre et ra mener Ânnunziata.

Dans la prévision de la seconde éventualité , une voiture stationnait sans cesse auprès du quai de débarquemenl afin de conduire la jeune fille à la

maison d'Ingouviiie sans une nainute de retard.

Ajoutons^que Philippe Le Vaillantpas-

sait sur la jetée ses journées entières, et que deux domestiques de confiance avaient l'ordre de se relayer la nuit pour le remplacer et servir de vigie.

Olivier trouvait toujours quelque prétexte plus ou moins plauj"ible pour se dispenser d'accompagner son père.

— Je ne la connaîtrai que trop tôt — se disait-il à lui-même — cette femme

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que la fatalité m'impose, niais que je n'aimerai jamais,..

Une semaine s'écoula.

L'agitation et l'impatience de Philippe avaient grandi de jour en jour, d'heure en heure. — Il commençait à redouter une nouvelle catastrophe et l'appréhension de ce malheur imaginaire , que rien cependant ne rendait probable ou seulement vraisemblabJe, acquérait dans son esprit les proportions d'une idée fixe.

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Enfin le neuvième jour, de très granJ matin, tandis que l'armateur qui venait de se lever s*habillail pour aller prendre sur la jetée son poste quotidien, Zéphir Coquin entra dans sa chambre tout haletant.

— Le caboteur du Croisic n'a pu êii ^ signalé par notre vigie qu'au moment de l'entrée... — dit-il — il avait à bord une passagère... — je suis parti pour prévenir monsieur, et j'ai couru de toute la vitesse de mes vieilles jambes, mais,

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si la passagère est vérilablement madeuioiselle AnnuDziata, comme les che vaux marchent meilleur train que moi, elle sera ici avant cinq minutes...

Les paroles de Zéphir Coquin reçurent une confirmation immédiate,

On entendit sur les pavés de la cour le roulement bruyant d'un carosse qui s'arrêta devant la porte du vestibule.

— C'est elle I ! c'est bien elle ! ! — s'écria l'armateur en quittant sa chara-

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bre et en s'élançant dans l'escalier avec une vivacité toute juvénile.

Il arriva juste à temps pour recevoir dans ses bras une jeune femme voilée, très belle, très pâle, et vêtue de noir, qui venait de franchir le seuiL

— Annunziata ! î — balbutia le vieillard d'une voix tremblante d'émotion — Annunziata!! mon enfant... ma fille- La jeune femme rendit à Philippe Le Vaillant son étreinte et ses baisers,

puis, lui dévoilant son admirable visage baigné de pleurs, et s'agenouillant presque devant lui, elle dit avec une simplicité touchante :

— Mon père, bénissez l'orpheline qui vient d'entrer dans votre maison et qui vous supplie de l'aimer en mémoire de celui qui n'est plus.-.

— Annunziata, ma tille, devant Dieu

et devant ton père qui m'entendent, jo tejureque tu n'es plus orpheline... — J'ai deux enfants maintenant.,. — ré-

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pondit larnialeur en relevant vivement la jeune femme et en la serrant contre sa poitrine.

Cette jeune femme était Carmen.

Comment la gitana, comment Texhaladine, comment la veuve du chevalier Tancrède de Najac, avait-elle connu ie plan de l'infâme comédie dont elle

venait déjouer la première scène avec une détestable habileté?.

Notre explication sera bien courte et bien facile , car la profonde perversité de Carmen et les ardeurs de son ambition sans bornes suffiraient presque pour donner la clé de l'énigme.

L'idée d'une audacieuse substitution de personne ne s'était pas présentée tout d'abord à l'esprit de l'Espagnole...

Pendant la traversée du navire qui Tavait recueillie sur les écueils du cap

Saint-Adrien et qui la conduisait à Saint Nazaire, Carmen avait réfléchi longuement à sa position triste et presque désespérée s'il en fut .

Qu'allait-elle devenir?,'

Son frère, — ( un bien frêle et bien misérable appui sans doute, mais un appui cependant) — n'existait plus...

— Annunziata, dont elle avait surpris la tendresse et la confiance, et qui, certes, lui serait venue en aide, était remontée au ciel, sa véritable patrie... —Il

ne fallait point songer à chercher la famille de son mari et à lui demander secours et protection.. — Le naufrage avait anéanti l'unique preuve de la légitimité de son union, l'un des doubles de l'acte rédigé et signé par le révérend pèreprieurdu couvent des Barnabites. ..

— Or, la douteuse situation de Carmen ne lui permettait point de faire provoquer une enquête a la Havane.

Jamais isolement n'avait été plus aifreux etdénûment plus complet !..

De quelque côté que se tournât la jeune femme, elle ne voyait aucune issue..» Je me trompe, une vague lueur d'espoir se montrait à demi dans les ténèbres profondes, mais cet espoir était bien incertain, et, môme en se réalisant, n'aurait à l'avenir que des perspectives humbles et précaires. . .

Carmen songeait à aller trouver au

Havre Philippe Le Vaillant et à lui dire:

— J'étais la compagne et l'amie de

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