LES MA RIO>. DETTES
la fille de don José Rovéro... — A la dernière minute de sa vie elle m'a remis pour vous ce coffret qui renferme la lettre de son père et la vôtre... — Je suis sans asile et sans protecteur, ne m'abandonnez pas ! . . .
Sans doute, après une telle prière, l'armateur dix fois millionnaire ferait quelque chose pourl'amio, pour la confidente d'Annunzîata...
Mais, quoiqu'il lit, — si lar^e que fût son aumône, ~ si généreuse que se mon-
Irât sa protection, — ce serait à coup sûr bien misérable auprès de ce que Carmen avait rêvé et se croyait en droit d'espérer...
L'Espagnole se répéta tout cela, et elle murmura :
— Allons, mon orgueil se révolte !. — Je n'irai pas tendre la main et mendieç! — ma vie est brisée, mon avenir est perdu K't j'aurais bien fait de mourir au lieu d'Annunziata!! -Du moins ainsi je ne craindrais pins le désespoir et la
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misère ! ! — Mais le destin ne l'a pas voulu!.. — La pauvre Carnaen, qui ne sait comment vivre, est vivante, et la fiancée du millionnaire est couchée dans sa tombe humide!.. — Je suis généreuse!! — ajouta la gitan a avec une
profonde amertume, je voudrais
pouvoir lui donner ma place et prendre la sienne!.!.
Au moment où l'Espagnole venait de prononcer ces derniers mots, une expression étrange envahit son visage, —
ses yeux s'aj/randirent, — sa lèvre contractée eut un sourire presqu'effrayant..
C'est qu'un démon venait de répéter tout bas à son oreille, en les illuminant d'une infernale clarté, ces paroles dites au hasard : lui donner ma place et prendre LA sienne!..
La tète de Carmen se pencha sur sa poitrine; — de ses prunelles sombres jaillirent des éclairs; — ses deux mains écartèrent les flots de sa chevelure pour donner de l'air à son front et à S'^'v
tempes. —Évidemment un travail inouï se faisait dans le cerveau de la jeune
femme ...
Ce travail fut court.
Une pourpre ardente vint remplacer sans transition la pâleur habituelle dei joues de la gitana : — son front sembla s'entourer de l'auréole du triomphe, tandis qu'elle relevait la tête et qu'elle se disait :
— Pourquoi pas ?. — C'est audacieux sans doute... c'est dangereux peut-
f)l OIABLE.
être...— mais qu'importe?. —L'équipage a péri tout entier.. — Je sais jusque dans leurs moindres détails l'histoire d'Annunziata et de son père.. — Personne ne me connaît en France et personne n'y connaît la fille de don José., — Qui donc me trahi lait? qui don • pourrait me démentir? — J'avais tort d'accuser la destinée ! ! - Longtemps elle m'a traitée en marâtre, mais elle met à ma portée aujourd'hui une écla-
tante revanchel! — Allons, le sort en
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est jeté!. — Carmen est morte!, vive Ariiiuijziata!!.
Nous n'avons pas un mot àajouterà ce court monologue.— Nos lecteurs sont désormais au fait de la situation aussi bien que nous-mêmes.
Nous croyons également inutile de les faire assister à l'entretien de Philippe Le Vaillant et de l'Espagnole. —Ils devinent que cet entretien roula tout entier sur les derniers moments de la noble
vie de don José Rovéro et sur le naufrage du Marsouin.
Carmen, aidée par ses souvenirs et servie par son invagination, fît un long et déchirant récit de la mort du vieillard, récil vingt fois interrompu par ses larmes et par ses sanglots...
Quant à la seconde catastrophe, en sa qualité de témoin occulaire, il ne lui fut pas difficile d'en rapporter exactement les circonstances les plus mini^ mes.
'jt^H LES MARIONMËTTËS
Cependant l'armateur était sur les ipines... — Le temps s'écoulait et Olivier ne paraissait point!...
Qu'allait penser Annunziata de l'étrange indifférence de son fiancé?...
— Elle était là depuis une heure, elle, la fille de don José, sauvée par un miracle, et le fils de Philippe Le Vaillant ne témoignait pas même la plus banale curiosité, le plus vulgaire intérêt, à celle qui bientôt sans doute allait porter son nom ?...
DU DUBI.E.
Carmen remarqua cette inexplicable froideur, et, sans la laisser voir à Philippe, elle s'en étonna — disons plus , elle s'en alarma...
Nous savons déjà que l'ambition de l'ex-baladine était sans bornes, et nous en avons eu plus d'une fois la preuve...
Elle voulait que les résultats de la partie qu'elle venait d'entreprendre fuîïsent décisifs; — il lui fallait une position franche et complète, — non point la position d'une orpheline charitable-
ment recueillie et comblée de bienfaits, mais celle de la femme du rils unique de la maison, de l'héritier de la fortune colossale de l'armateur.
C'était pour arriver à ce but magnifique qu'elle avait échafaudé son plan et trouvé l'audace nécessaire pour en poursuivre la réalisation.
m Maintenant elle touchait au but. —
Un obstacle unique pouvait se dresser entre elle et le succès, mais terrible, in-
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surmontable peut-être , — ia volonté
contraire d'Olivier..* — J'ai tort de m'alarmer — pensa
Carmen au bout d'un instant — il ne
me connaît pas... — quand il m'aura vue, un seul de mes regards le rendra fou d'amour .. — Et, si par hasard il aime ailleurs, je lutterai contre ma rivale et je triompherai !... — Il faut qu'il «oit à moi !.. il le faut!... et je me jure de réussir !!...
Enfin Olivier, prévenu à trois reprises
par Zéphir Coquin que son père le faisait demander , se décida à paraî»
tre.
Malgré tous ses efforts pour conserver à sa figure son expression habituelle, le jeune homme, au moment de son entrée dane le salon, avait l'air morne fit abattu d'un condamné qui marche au supplice.
— C'est Olivier... c'est mon fils... dit vivement Philippe.
Et d'une voix assez basse pour n'être entendu que de Carmen, il ajouta :
— C'est votre fiancé, ma fille...
L'Espagnole fit quelques pas au-devant d'Olivier, et lui prenant les mains avec un geste charmant de naïve confiance, elle murmura d'un ton presque suppliant !
— Oh! vous aussi, monsieur... vous aussi, mon frère, dites -moi que je 8uis la bienvenue sous votre toit... -*- ditesmoi que vous m'aimerez un peu... —
j'ai tant souffert. , . j'ai tant besoin qu'on
m*aime...
— Mais embrasse -la doncîl — s'écria l'armateur — embrasse -la donc!!
elle le permet!!...
Olivier ne pouvait reculer ; — il approcha ses lèvres des joues de Carmen, qui rougit sous cette froide caresse comme une vierge timide sous un baiser d'amour.
— Que puis-je vous répondre , mademoiselle que vous ne sachiez déjà?..
— balbutia le jeune homme avec une contrainte manifeste — la maison de Philippe Le Vaillant et de son fils n*appariient elle pas à la fille de José Rovéro?... — Tout ce que mon père vous a dit, je le pense... — il fa ditpournous deux. . — vous n'êtes plus orpheline et notre famille est la vôtre.
— Merci, mon frère... — répondit Carmen.
Et, comme si elle eût cédé -à un besoin irrésistible de tendre expansion.
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elle prit de nouveau Turib des mains d'Olivier et elle l'appuya contre ses lèvres.
Au contact inattendu de ces lèvres brûlantes le jeune homme tressaillit mvolontairement , et pour la première fois il leva les yeux sur la gitana.
Carmen était éblouissante.
Cette passagère rougeur que nous avons signalée colorait faiblement ses
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joues et leur donnait un miraculeux éclat; — ses yeux aux prunelles de velours avaient de longs regards humides ; — le désordre même de sa chevelure dont les nattes défaites s'échap" paient de la résille de dentelle noire et roulaient sur son cou, augmentait le charme impérieux de la fausse Annunziata, en lui prêtant je ne sais quel voluptueux attrait...
Autour d'elle rayonnait une fascina-
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tion pleine de désirs et de vertiges, — sa vue enivrait comme un philtre.. .
En regardant Carmen, les souvenirs d'Olivier s'envolèrent près de Dinorah — près de i'angélique entant blanche et blonde qu'enveloppait l'invulnérable égide d'un atmosphère de chasteté.
—- Dinorah ! — pensa-!.-il — je t'aimerai toujours !!...
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Puis son regard revint à Carmen — et il se dit ;
— Elle est trop belle... — elle m'épouvante !l ..