XI
Trois lettres.
Cette fois encore il nous faut franchir un nouvel espace de plusieurs années.
—Dieu avait béni le mariage de Philippe Le Vaillant et celui de José Rovéro,
— deux enfants étaient venus au monde, l'un au Havre, l'autre à la Havane.
Le fils de Philippe s'appelait Olivier ;
— la fille de José portait le doux nom d'Annunziata.
Le Français et l'Espagnol conservaient au fond de leur cœur la profonde et sainte amitié de leur jeunesse , mais, absorbés par les tendresses exigeantes et par les joies du foyer, ils ne s'écrivaient plus qu*à de longs intervalles et perdaient tout espoir de se revoir jamais.
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Un jour, don José, causant avec le capitaine d*un navire français que des avaries contraignaient à relâcher à la Havane, apprit à l'improviste une terrible nouvelle.
Philippe Le Vailldh't', victinie de la confiance illimitée qu'il accordait à deux maisons de banque importantes, venait' de perdre des sommes immenses et se trouvait à la veille d'une ruine complète...
Le lendemain, l'un des navires de dort José mettait à la voile pour le Havre.
— il portait une lettre à l'adresse de Philippe Le Vaillant.
Voici celte lettre :
c Eh! quoil mon vieil ami, mon frère, le malheur est venu frapper à ta porte, et tu ne m'as pas dit : — Joséy fai besoin de toill
» Gomme il faut que je t'aime, Philippe, pour trouver en moi-même assez d'indulgence pour te pardonner!!
» Esteban Gallina, capitaine de l'un
de mes navires, et chargé par moi de te remettre ce pli, fera transporter chez toi , au moment de son arrivée au Havre , une somme de quatre milhons en monnaies d'or, onces et doublons —Je reconstitue, de mon autorité privée, notre association dissoute à l'époque de mon mariage.— La maison Philippe Le Vaillant et José Rovéro recommence, à compter d'aujourd'hui, une nouvelle existence.
» Je n'ai pas besoin d'ajouter que je ferai honneur à toutes les traites que tu jugeras à propos de tirer sur moi, et
lo8 LES mXrÏonnéttes
que je me reconnais personnellenient ïespoïisablé de lousles engagements que tu prendras en notre nom commun.
» Le temps me manque pour t'écrire plus longuement. — Je me hâte de fembrasser en te disant que je t'aime.
> José PiovÉRo. »
Avons-nous besoin d'expliquer quelles furent les conséquences naturelles de cette lettré et de cet envoi?...
La fortune de Philippe Levaillànt n'é-
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tait compromise que parce que les pertes énormes qu'il venait de subir paralisaient son crédit et rendaient impossible la réalisation immédiate d'un acûf dont le chiffre dépassait, et de beaucoup, celui du passif.
Les millions de la Havane comblèrent Tabîme ouvert sous les pas de l'armateur, dont la situation se trouva tout à coup d'autant plus solide qu'elle avait été plus chancelante.
Au bout de quelques mois ie déficit
était comblé, — les affaires de Philippe reprenaient une extension gigantesque et José Rovéro rentrait dans les sommes avancées par lui.
Telle était la position réciproque des deux amis.
Il nous semble que la dette de reconnaissance contractée par l'un et par l'autre pouvait et devait passer pour égale, et que l'Espagnol avait pour sa part largement payé cette dette ; •— cependant il se regardait toujours et plus
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que jamais comme l'obligé de Philippe Le Vaillant.
Voici que nous avons liquidé notre compte avec le passé, et maintenant nous prions nos lecteurs de rejoindre avec nous don José dans cette chambre où nous l'avons entendu murmurer au\ pieds du crucifix une prière ardente et déchirante.
Nous avons laissé le vieillard assis dans un fauteuil à dossier sculpté , — les coudes appuyés sur son bureau, — la tête cachée entre ses mains, tandis