LE CHOIX D'UNE CARRIÈRE
A M. Ambroise Janvier de la Molle.
If. S AL M ON, quarante-huit ans.
madame salmon, quarante ans.
PAUL, leur fils, vingt ans.
Le soir, dans la chambre de madame Salmon. Ils viennent, à la minute, de sortir de table.
le pi; re, à son fils. — Oui, mon bonhomme. Aujourd'hui, tu as tes vingt ans.
i a hère. — Le 17 mai, à midi douze.
paul. — Comment! je suis venu au monde à l'heure des repas?
le père. — Oui mon garçon. C'est à midi
douze que ta mère a été servie ! Et nous étions bien heureux.
la mère. — Si tu avais vu la joie de ton père!
paul. — Je l'ai vue. Mais, dame !
le père. — Tes souvenirs sont vagues?
paul. — Un peu voilés, oui.
la mère. — Je me rappelle. Le soir de ta naissance, on t'avait couché à côté de moi, sur le traversin, pour que je t'aie plus près de ma tête et que je te voie mieux.
paul. — J'étais gentil?
la mère. — Affreux. Mais bien mignon tout de même ! Ton père, avant d'aller se mettre au lit...
le père. — Oh! que j'étais fatigué ce soir-là, mes enfants ! Moulu !
la mère. — Moi aussi. Ton père est venu nous embrasser tous les deux. Il était penché sur toi, il te tapait la joue avec son doigt, il voulait te faire rire, et toi tu ne bronchais pas. C'était trop tôt.
paul. — On ne rit jamais le premier jour, dans la vie.
la mère. — Et alors nous causions d'un tas de choses, nous faisions des projets en l'air,