‹ Les marionnettesChapitre 3 sur 31 · MÉNAGÉ MODERNE II · texte numérisé non relu

MÉNAGÉ MODERNE II

madame. — Où est le mal?

monsieur. — On ne mène pas une enfant de neuf ans à la Sorbonne ! Elle est éreintée, cette pauvre petite, elle ne mange pas et elle tombe de sommeil I Ah çà! est-ce que tu t'imagines qu'elle a compris ?

madame. — Ça l'habitue.

germaine. — Mais si, papa, j'ai compris un peu.

madame, à son mari. — Tu vois? Déjàl

monsieur, à sa fille. — Qu'est-ce que tu as compris?

germaine. — J'ai pas compris quand le monsieur a récité ses fables, mais j'ai compris quand il a bu son eau sucrée.

monsieur, transporté. — Embrasse papa, tu es un puits de bons sens!

madame, à son mari. — Donne- moi tort devant elle. Ne te gêne pas.

monsieur. — Je ne te donne pas tort. C'est fait, n'en parlons plus. Mais la prochaine fois...

madame. — Ça sera Bourdaloue, la prochaine fois.

monsieur. — Eh bien, même pour Bour-

daloue, n'emmène pas la petite, voilà tout ce que je te demande.

madame. — Je la laisserai à la maison, c'est entendu. Elle fera comme toutes les petites filles banales, elle jouera à la poupée, sottement, puisque tu ne veux pas que je nourrisse le cerveau de ta fille.

monsieur. — Je préfère qu'elle mange ses côtelettes.

madame. — Ce n'est pas avec des côtelettes que tu en feras une femme supérieure?

monsieur. — Dieu l'en préserve, et en préserve aussi son mari, plus tard!

madame. — Est-ce pour moi que tu dis cela?

monsieur. — Non.

madame. — Pour qui alors?

monsieur. — Pour personne. Continue.

Après le cours...

madame, pincée. — Après le cours, pendant que nous étions là à la porte, alors pour amuser un peu Germaine, quoique tu prétendes que je ne fasse rien pour ça...

monsieur. — Qu'avez- vous fait?

madame. — Je l'ai menée visiter le tombeau de Richelieu.

HÉNÀGE IIÔDSRN I 13

monsieur. — Oh! là là!

madame. — Ça l'a beaucoup intéressée.

monsieur. — Mais elle ne sait pas ce que eVsl que Richelieu! Voyons!

germaine. — Si papa. C'est une rue qui donne sur le boulevard.

monsieur, dans la joie. — Embrasse encore papa !

madame, agacée. — Oui. Eh bien! en voilà assez, et puisqu'elle est si fatiguée, cette petite fille, il est temps delà coucher ! Elle et Lucien.

lucien. — Oh! maman!

madame. — Il est très tard. Il n'y a rien de plus mauvais pour les enfants que de veiller.

lucien. — Et le dessert?

monsieur, leur présentant les assiettes de petits gâteaux. — En voilà, tenez. Prenez chacun ce que vous voulez et emportez-le dans votre chambre. Vous le mangerez en vous déshabillant. Là, allez?

lucien. — Bonsoir, papa; mon petit papa chérit...

; maine. — Vous viendrez tout à l'heure nous border comme tous les soirs?

monsieur. — Oui.

germaine. — Et puis nous chatouiller dans notre lit?

monsieur. — Oui.

lugien. — Et puis nous raconter une belle histoire qui fait peur pour nous endormir?

monsieur. — Oui.

madame, impatientée. — Allons. Tout ça, c'est du carottage, c'est pour gagner du temps! (Ils s'en vont.)

germaine, à son frère en s en allant. — Et toi, Coco, est-ce que tu t'es bien amusé tantôt avec papa?

lucien. — Je crois bien ! Plus que toi !

madame. — Maintenant que nous sommes seuls, me permets-tu, à tête reposée, de te finir l'emploi de ma journée?

monsieur. — Achève.

madame. — J'ai pris une voiture. J'ai passé chez Charavay pour mettre la main sur un autographe très curieux pour ma collection des apntres de l'émancipation féminine. C'est une de mos amies, la comtesse de Sainte-Sophie, qui me l'avait signalé.

monsieur. — C'est la première fois que tu me parles de cette dame.

madame. — Je la connais intimement. C'est

une amie du cours. Nous nous prêtons nos cahiers de notes pour nous compléter.

monsieur. — Parfait. Et de qui cet autographe ?

madame. — De Louise Michel. Tu comprends que ça en vaut la peine.

monsieur. — En effet, il n'y a pas moyen de vivre sans avoir au moins une ligne de Louise.

madame. — Je suis enchantée, il n'était pas encore vendu... Je l'ai.

monsieur. — Ça vaut cher?

madame. — Soixante francs. C'est pour rien. Je te le ferai voir tout à l'heure. Tu n'y tiens peut-être pas?

monsieur, sans entrain. — Si, si. Tout de même. Après?

madame. — Après j'ai couru au musée Gui m et.

monsieur. — Gomment dis-tu?

madame. — Le musée Guimet, tu sais bien?... près du Trocadéro... Ce musée de reliques orientales.

monsieur. — Jy suis. Où il y a des magots ?

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