‹ Les maris de leurs filles: comédie en trois actesChapitre 22 sur 64 · V ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

V ACTE PREMIER

HENRIé

Elle n'a pas cinq cent mille francs ?

GASTON

Elle les aura peut-être un jour, oui... en attendant, elle n'a que cent cinquante mille francs comptants... J'ai pris mes informations.

HENRU

Ah ! sacredié I alors on a voulu nous rouler !

GASTON

Tu Tas dit, mon garçon.

HENRI

Ah bien 1 non, là, tu sais, ça c'est le bouquet !

GASTO'N.

N'est-ce pas ?

HENRI

Oh ! c'est trop fort !

GASTON, levé.

Oui, c'est trop fort ! oui, c'est le bouquet... Eh bien!...

HENRI

Quoi, père ?

GASTON

Suppose un instant qu'on cueille dans la société une douzaine de chenapans de ton espèce et qu'on les ficelle tous ensemble... A ton avis, crois-tu qu'on aurait réuni un bouquet de jeunes canailles ?

HENRI

Qu'est-ce que tu dis ?

GASTON

Je dis : Crois-tu qu'on aurait réuni un bouquet de jeunes

canailles? (un temps.) Ah! ça te défrise ça, mon ami ; tu es tombé dans le panneau, et aussitôt que la fortune diminuait, ton amour pour la belle diminuait aussi.

HENRI

C'est faux, je l'aime.

GASTON

Va raconter ça à tes petits camarades, si tu veux, mais pas à moi. Est-ce que tu es capable d'aimer quelqu'un, d'abord ? Ce que tu aimes, c'est l'argent, et, pour en avoir, tu ferais n'importe quelle bassesse ! Ce que tu aimes, c'est le jeu, c'est de pouvoir étonner la galerie, à ton cercle, en jetant des billets de mille francs Sur la table.

HENRI

Premièrement : je ne joue plus; deuxièmement...

GASTON

Deuxièmement, si tu épouses cette enfant, tu la rendras malheureuse comme les pierres.

HENRI

Je changerai avec le mariage.

GASTON

Toi, changer? Des phrases, tout cela! Avec ta mère, ça peut prendre, mais avec moi il n'y a rien à faire.

HENRI, pa'sant.

Allons, père, ne te fâche pas, je te jure...

GASTON, remontant.

Ah ! je t'en prie, garde tes serments pour toi.

Tu seras content de moi, je travaillerai ferme.

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