ACTE PREMIER
GASTON
Toi, travailler? Ah î non, laisse-moi rire ! Le travail pour toi, c'est le morceau de papier devant lequel les chevaux craintifs n*osent passer ; tu en as peur, tu t'écartes de lui en tremblant !... (un lemp?.) Ah ! parbleu ! si tu étais un garçon laborieux, raisonnable, enfin si tu étais d'une autre trempe, je te dirais : Épouse-la, si c'est ton bon plaisir... tu fais peut-être une bêtise, mais bah! vous vous aimez, allez-y, tant pis ! Toi, tu n'as rien de propre là-dedans, tu m'entends, rien, pas ça !
HENRI
Voyons, père.
GASTON
Il n'y a point de « Voyons, père »... J'ai bûché toute ma vie, moi, et lorsque j'ai épousé ta mère... oh î puis, après tout, je suis bien bon de discuter !... marie-toi, ne te marie pas, je m'en moque... ; ta mère te donne raison, tu trouves que tu agis bien, ça suffit !... on se fait à tout en ce monde, je m'y ferai.
HENRI
Pourtant...
GASTON
Pourtant, allons, je jure... c'est tout ce que tu sais dire! Sois sans crainte, si j'étais dans l'erreur, si je faisais fausse route en t'accusant injustement, il y a beau temps que tu te serais révolté contre moi ! Mais non, tu es là, penaud, tu te frottes les mains... et plutôt que de répondre : « Oui, tu as raison... », tu acceptes tout!... Ah! on peut t'insulter, toi, peu t'importe !... tu n'entends rien, tu ne vois rien I L'argent, voilà ton fort, tu ne vis que par cela et que pour cela!... Galopin, va!
HENRI
Ah bien ! non ! si je m'attendais à cette scène-là, par exemple !... En voilà une affaire!
ADÈLE) à la cantonade.
Henri?... Henri?...
GASTON
Tiens, on t'appelle; retourne faire ta cour... (Henri ge dirige ▼eri la gauche.) Oh! puis, ne soupire pas, ça ne prend pas..«
HENRI, en revenant sur ses pas.
£mbrasse-moi?
GASTON
Je t*en prie, pas t'attendrissements... Va embrasser ta mère.
HENRI
Bon.
GASTON
Ouf! je suis bien sot de me mettre ainsi en colère...
HENRI
Père?...
Quoi?... qu'est-ce qu'il y a?
HENRI
Je ne te jure rien... je ne te promets rien... mais je t'assure que, d'ici quelque temps, tu n'auras qu'à te louer de ma conduite... tu verras... il n'est jamais trop tard..* donne-moi la main au moins ?
GASTON, très frofd.
Voilà.
Henri remonte. — On entend des toîx au dehors.