ACTE TROISIÈME
î bien la peine d*avoir des enfants? non, certes, quand on
possède un fils tel que le nôtre, mieux vaudrait ne pas en avoir*
ADÈLE
^ Allons, décidément, tu as bon cœur.
GASTON
Oui, je suis ce qu*on peut appeler un mauvais père, pas vrai? Quand il était petit, je ne m'occupais pas de lui, n'est-ce pas? Je le martyrisais, je le battais, je ne Faimais pas, enfin!... que lui a-t-il manqué? rien. Quand il était malade, est-ce que je ne souffrais pas plus que lui, est-ce que je ne passais pas mes nuits, près de son chevet, à le veiller?... Plus tard, lorsqu'il sortit du collège, il emprunta, il fit des dettes, t'en souviens-tu? mais bah! il était jeune, il
,' s'amusait comme tous les bambins de son âge, c'était son
excuse, et je payais sans mot dire!... Mais, sacrebleu! il a
I trente ans maintenant, ce n'est plus un gamin, je suppose...
i et tu voudrais que je m'attendrisse sur son sort? (un temps.)
Petit, il ne lui manquait rien, certes, j'étais là... aujourd'hui, il lui manque quelque chose, et ce quelque chose ne se donne pas et ne se gagne pas au jeu : c'est l'honnêteté!... et tu te figures que je vais tranquillement verser dix mille francs pour un monsieur comme celui-là? Je me lèverais de bonne heure, le matin, moi, le vieux? Je travaillerais pour lui, pendant qu'il fainéante dans son lit? Allons, ce serait de la démence et, Dieu merci, j'ai encore toute ma tête à moi.
ADÈLE
f' Tout cela finira bien un jour !
GASTON, en se promenant.
Oui, le futur n'a pas été inventé pour rien : il fera ceci, il fera cela, il changera, il travaillera 1 Ah ! sapristi, il a bien travaillé, en effet ; il a volé sa femme, voilà ce qu'il a £ût.
7^ LES MARIS DE LEURS FILLES l
ADÈLE, levée.
Volé ! ah ! tais-toi, tu ne sais pas ce que tu dis !
GASTON
Et comment donc nommes-tu cela, toi ? Est-ce dans des affaires malheureuses ou qui n*ont pas réussi qu'il a perdu quatre cent mille francs sur les cinq cent mille que lui a apportés Suzanne ? C'est sur les tapis de cercle, dans les tripots !... Eh bien ! encore une fois, non, non et non ; je ne suis pas sur la terre pour rembourser ses dettes... je ne paierai rien, (changeant de ton.) Si Suzanne a besoin de quoi que ce soit, elle me trouvera toujours à sa disposition. Dans tout ceci, la pauvre enfent, c'est elle la plus à plaindre et je n'ai
rien à lui refuser. (Tirant sa montre et très froidement.) Il OSt Onze
heures moins un quart, voilà dix minutes que nous parlons d'Henri, c'est dix minutes de trop... J'ai deux ou trois lettres à écrire, j'y vais, c'est plus utile.
ADÈLE
Mais oui, c'est entendu, va écrire tes deux lettres, tes trois lettres... écris-en même quatre, pendant que tu y es ! Quand tu commences à crier, toi, tu n'arrêtes plus.
GASTON
Par&itement, ma bonne amie.
n sort par la gauche.