ACTE TROISIËVR
HENRI
Avant, c'était en plaisantant... aujourd'hui, c^est sérieux.
ADÈLE, asiise.
11 est grand temps ; si tu ne te décides pas à aller au bureau, d'ici un an vous serez sur la paille.
HENRI
Sur la paille I Tiens, maman, tu n'es pas une mauvaise femme, loin de là, mais à part cela, ah ! tu es bien comme les autres : tu vois que j'ai des tourments, des ennuis, eh bien î au lieu d'essayer de vous remonter, voilà ce que tu vous dis... Mais c'est comme ça, il n'y a rien à faire... parlons d'autres choses !... (un temps.) Parole d'honneur si je ne deviens pas fou, moi I... du reste, je vais tomber malade, je le sens... (assis.) Tout le monde trouve que j'ai une mine de déterré.
ADÈLE
Quoi d'étonnant, avec la vie que tu mènes ?
HENRI
Quelle vie est-ce que je mène ?... c'est très fecile à dire ça : la vie que tu mènes... (un temps et changeant de ton.) Est-ce vrai que j'ai si mauvaise mine ?
ADÈLE
Regarde-moi !... Mon Dieu, tu es un peu pâlot, c'est certain.
HENRI, en allant se mirer devant la glace.
C'est ce veston aussi qui ne va pas et qui me donne l'air... enfin I (un tempa.) Tu n'as pas encore vu Suzanne ?
ADÈLE, passant.
Non, pourquoi, elle doit donc venir ce matin ?
flENRt.
£st-ce que je sais, moi ! Hier au soir nous nous sommes disputés, alors...
ADÈLE
Mais c'est effrayant !... Vous ne pourrez donc jamais vous entendre I
HENRI, assis.
Ah ! ah ! voilà encore une chose facile à dire ! je voudrais bien t'y voir, toi J
ADÈLE
Et à quel propos ?
HENRI
De rien, d'une niaiserie, d'une bêtise, parbleu l
ADÈLE
Cependant il y avait une raison, allons ?
HENRI
Raison ou non... elle est partie dans sa chambre au moment du dîner ; alors moi, naturellement, dans ma colère, j'ai pris mon chapeau et j'ai filé dîner dehors.
ADÈLE
Bon effet pour les domestiques.
HENRI
N'est-ce pas?... Ah ! tu es de mon avis?... (un temps.) Je rentre...
A quelle heure ?
HENRI
A quelle heure ? ma foi, je ne me le rappelle plus... j'étais tellement furieux I... Madame, ah ! non, écoute ça 1 Madame