ACTE TROISIÈME
GASTON
C'est?...
SUZANNE, de même.
Pour payer mes fournisseurs... J*ai fait des dettes..
GASTON
Vous?
SUZANNE, de même.
Chez ma couturière... chez ma modiste... chez... Enfin, je me suis laissée entraîner, je n'ai pas réglé mes fectures au fur et à mesure qu'on me les présentait, et aujourd'hui... Voilà, père, voilà pourquoi je vous demande de me prêter cet argent.
C'est bien.
SUZANNE, leTée.
Je vous supplie seulement de me garder le secret! (un tempe.) Du reste, je vous les rendrai le plus tôt possible... petit à petit... Je ferai des économies.
GASTON
C'est ça.
Un tilence.
SUZANNE, en se levant.
J'enlève mon chapeau, vous permettez?... Là. (mie le pose
sur la cheminée et revient près de Gaston.) A qUOl pOUSeZ-VOUS?
GASTON, assis sur la canapé.
Je pense que si vous aimez mieux — pour vous éviter les courses — faire envoyer vos notes à mon caissier, je lui donnerais des ordres en conséquence et dès demain...
SUZANNE, s'avançant.
Mon Dieu, si cela vous est égal...
GASTON
Vous préférez payer vous-même, je comprends cela.
SUZANNE
Oui.
GASTON) après un silence et en la regardant bien dans les yeax.
Et puis... les usuriers ne patientent pas longtemps, n'est-il pas vrai?
SUZANNE
Gomment, père?...
GASTON
Oui, ma chère petite-fille, je sais tout et j'ai été cruel en ne vous arrêtant pas tout de suite... Oh! ne baissez pas la tête!... Ce que vous venez de faire prouve simplement à quel point vous êtes bonne, voilà tout... et c'est moi qu'il faut pardonner.
SUZANNE
Vousj père?
GASTON
Mais oui. Eh! que voulez-vous, on a si rarement l'occasion d'avoir affaire à des gens de cœur qu'on est tout étonné d'en rencontrer, par hasard, sur son chemin, et si je vous laissais aller, si je vous laissais parler, c'est que j'étais heureux de vous entendre mentir si gentiment!... (Suzanne se cache le Tisage dans son mouchoir.) Vous pleurezl voilà qui n'est pas raisonnable!... Vos dix mille francs, vous les aurez cet aprèsmidi, c'est promis... mais pas un mot à Henri surtout, qu'il ne sache point qu'ils viennent de moi!... et puis, s'il vous arrive d'être gênée, mignonne, venez sans scrupule trouver le papa Divoir,.. il vous aidera. Henri vous a ruinée, mais ne suis-je pas là, moi!... et, Dieu merci, il y a encore de beaux écus au soleil... et Suzanne ne manquera jamais de rien. Vite maintenant, séchons ces larmes, voyons!... (sucanne