‹ Les maris de leurs filles: comédie en trois actesChapitre 62 sur 64 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

GASTON

Veux-tu que je te dise ce que c'est que ton fils, hein ? (passant.) Cest un... Tiens, le mot, je l'ai là, sur les lèvres, mais je n'ose le prononcer devant cette enfant !... (Mouvement d'Adèle.) Ah l je t'en conjure, ne me réponds rien, ne t'avise pas de le soutenir une seule minute, un seul instant ; ça, je ne te le permettrai pas...< car c'en est assez, à la fin, et la colère m'étouffe I

ADÈLE

M'expliqueras-tu ce qu'il y a, au moins ?

GASTON

Ce qu'il y a?

SUZANNE, interrenant.

Père.

GASTON, repoussant Suzanne.

Il ne te l'a donc pas raconté, lui, ton amour de fils ? Il ne t'a donc point fait ses petites confidences, comme à l'ordinaire, aujourd'hui?... Eh bien! il lui a reproché sa mèrel tu m'entends : sa mèrel voilà ce qu'il a fait!... Et quand je pense que tout ce qui arrive, c'est ta faiblesse qui en est la cause!

ADÈLE

' Ma feiblesse... toujours ma faiblesse !

Elle U»nbe assise.

GASTON

Oui, toujours ta faiblesse... ta faiblesse stupide ! Ce n'est pas à lui qu'on devrait en vouloir, au fond, c'est à toi !... Mais, tiens, encore maintenant, ce qu'il a commis n'a pas même l'air de t'étonner ! Ses paroles, tu les bois! ses gestes, tu les admires! tu es en extase devant lui!... aussi; le résultat, levoilàl

ADÈLE

Croyez, Suzanne, que je ne lui donne pas raison, loin de là.

GASTON

Allons donc, c'est vraiment heureux I

ADÈLE

Ce n'est pas à toi que je m'adresse, d'abord ; je m'adresse à Suzanne, et j'ajoute que personne n'est infaillible et que dans un moment de colère...

GASTON

Il n'y a pas de moment de colère qui tienne ! Lorsqu'il demanda sa main — inutile de me faire des signes, je dirai ce que je pense — lui parla-t-il de sa mère, hein ? que non ! il s'en garda bien : elle avait cinq cent mille francs, et il aurait tout gâché, pas vrai, s'il avait osé dire le rfioindre mot sur son compte?... Alors, aujourd'hui qu'il en a fini avec la dot, il vient, de gaieté de cœur, atteindre cette enfant dans ce qu'elle a de plus cher!... Non, non, il n'y a pas de moment de colère... il y a qu'on est le dernier des hommes, quand on s'est permis de prononcer une pareille infamie I

ADÈLE

Infamiel... înfamiel..*

GASTON, passant.

£n attendant, et retiens bien ce que je vais te dire : j'entends qu'Henri ne remette jamais les pieds chez moil Si je le rencontre ici, aussi vrai que je m'appelle Divoir, je le prends par les épaules et je le jette en bas des escaliers. Et surtout qu'on n'intercède pas en sa faveur et qu'il ne demande pas à me voir ! Ses promesses, ses paroles d'honneur et ses bonnes intentions, qu'il les garde pour lui... ou pour toi* Qu'il se lève à midi, qu'il fasse des dettes, qu'il joue ou qu'il ne joue pas, qu'il perde ou qu'il gagne... je ne

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