‹ Les marisChapitre 7 sur 21 · UE MARI QUI CARESSE SA FEMME DEVANT LE MONDE · texte numérisé non relu

UE MARI QUI CARESSE SA FEMME DEVANT LE MONDE

L'homme marié qui pousse les petits soins pour sa moitié jusqu'à cette obsession dont vous venez de voir un exemple, est un être parfaitement insupportable, et capable de donner des attaques de nerfs à ia femme la moins susceptible de tomber en syncope.

Et croyez-vous que ce soit l'extrême amour que ce monsieur éprouve pour sa femme qui le fasse se conduire ainsi? Détrompez-vous.

Ce que monsieur veut, c'est qu'on le cite pour le modèle des maris, pour un homme qui adore sa femme, qui ne s'occupe que d'elle, pour un phénix enfin.

S'il aimait vraiment sa femme, il ne serait pas sans cesse après elle, comme les apothicaires après M. de Pourceaugnac.

Je range ces maris-là dans la classe des hypocrites.

Nous avons aussi ceux qui, devant le monde, mangent leurs femmes de caresses ; qui ne peuvent pas être près de leur moitié sans lui prendre la taille, l'enlacer tendrement. Il y en a qui vont jusqu'aux baisers ; ils appliquent leurs lèvres sur le cou, sur la poitrine, sur les joues de madame; quelquefois ils vont jusqu'à la bouche. Puis ce sont des extases, des airs délirants, comme s'ils embrassaient leur fenune pour la première fois.

Et, pendant ce temps-là, voyez-vous la figure que fait un tiers ou que font plusieurs tiers'.' On est toujours tenté de dire au mari :

« — Pardon, je vous gêne ; je m'en vais, »

Et si on s'en allait, si on le laissait seul avec sa femme, il serait bien attrapé, ce monsieur qui a eu l'air de vouloir la dévorer de caresses.

Outre qu'en se conduisant ainsi devant le monde on manque aux bienséances, à la décence, à la politesse et aux plus simples convenances, l'homme marié si caressant pour sa femme devant témoins est ordinairement d'une humeur très-maussade et quelquefois brutale dans son intérieur.

C'est un changement à vue, presque comme à l'Opéra.

Ylll

Page 1