Ms. n. a. fr. 21246, fol. 8 v
l68 LES MARGUILLIERS LAÏCS [280]
entrain de se constituer le président de Saint-André et qu'on appelait Jîef des Tombes et Poteries; c'est à ce personnage que Jean de Conty avait cédé, par bail à rente en 1647, la partie du clos qui ne pouvait trouver preneur et qui convenait au seul agrandissement des jardins du président. Celui-ci s'empressa de racheter la rente foncière, et ainsi une parcelle du fief des marguilliers se trouva adjointe, à titre de censive, à un fief voisin; est-il besoin de dire que nous aurons à en reparler plus loin à propos des usurpations de fief.
Par suite de ces diverses opérations, François de Roquencourt ne possédait plus que la Queue de Renard et des rentes foncières sur treize maisons. Grand fut son embarras lorsque l'évêque Pierre de Gondy, considérant le bail de 1490 comme échu, prétendit opérer la reprise du clos et assigna les occupants devant le prévôt de Paris pour s'entendre condamner à vider les lieux en les rendant en leur état primitif, et à payer les termes échus des 16 livres de rente. Le sieur de Roquencourt contesta d'abord la validité du bail de 1490; seul comptait pour lui le contrat passé en 1477 entre Thierry et Herbelot et portant une redevance de 10 livres envers Lhuillier. A supposer même que le bail de 1490 ne fût pas sans valeur, le sieur de Roquencourt objectait qu'il n'était pas échu, attendu qu'il accordait jouissance à la descendance du preneur jusqu'à deux générations; or, Nicolas Herbelot était encore représenté par Martin de Herbelot, avocat au Parlement, notaire et secrétaire du roi, et Antoine de Poupillon, écuyer, sieur du Perray en Bourbonnais. Double argumentation également insoutenable. Le bail de 1490 n'était intervenu que pour régulariser le contrat de 1477; quant aux descendants dont les noms étaient mis en avant, ils n'étaient pas intéressés en la cause. François de Conti dut même renoncer à faire ajourner la reprise pour fin de bail jusqu'après sa propre mort à lui, descendant au second degré de Nicolas Herbelot. Sous la pression sans doute des bénéficiaires des baux passés par son père, qui se sentaient menacés d'une éviction ruineuse, il renonça à tous les droits auxquels il pouvait prétendre en vertu de l'acte de 1477, à condition que l'évêque se bornerait à prétendre jouir des rentes foncières inscrites dans les baux. Le clos s'était couvert de constructions qui avaient accru sa valeur ; les particuliers avaient édifié de bonne foi sans charge de réversion; l'évêque, s'il prétendait opérer la reprise du sol, devrait indemniser pour
les bâtiments et améliorations dont ledit sol avait fait l'objet. C'est sur ces bases qu'un accord fut conclu ^ . L'évêque avait fait une opération excellente; au lieu des i6 livres de rente portées au contrat de 1490, il en recouvrait plus de 1 12^ ; le sieur de Roquencourt ne gardait que sa maison de la Queue de Renard et du Monde ^ franche de rente foncière; quant aux marguilliers, la transformation d'un sol inculte en propriété bâtie leur offrait le double avantage d'une garantie plus sûre quant au recouvrement des cens et d'un produit plus considérable à l'égard des droits de mutation.
Au point de vue de l'histoire des transformations de Paris, la disparition du clos l'Évêque, ancien vignoble des Sept- Voies, n'est pas un fait isolé; il en fut ainsi de tous les autres terrains en culture sis dans le voisinage du fief des Tombes, les uns dans l'enceinte de Philippe-Auguste^, les autres en dehors.
Sans remonter en deçà du xvi^ siècle, la région du faubourg Saint-Jacques offre d'autres exemples de lotissements en vue de construire. En i520, Louis d'Albiac, élu de Paris, avait vendu son clos du Chardonneret; l'on y construisit pendant vingt ans, d'où résultèrent le prolongement de la rue Mouffetard et la création des rues Françoise, Tripelet et de quelques autres qui joignirent la ville au bourg Saint-Marcel'*. En 1546, les Jacobins de la rue Saint-Jacques accensèrent leur clos de vigne de neuf arpents, situé derrière le couvent, sous condition de bâtir; là s'ouvrirent la rue Saint-Dominique, qui marquait la limite du fief des Tombes, et la rue Saint-Thomas, l'une et l'autre achevées en 1549^. Ainsi disparurent du côté droit du faubourg les terrains vacants qui limitaient en arrière et sur le côté les maisons comprises dans le fief des marguilliers. En i55i, l'abbaye de Sainte-Geneviève accensa son clos de vigne entre les faubourgs Saint-Jacques et Saint-Marcel, les Fossés et la rue du Cheval-Vert ou des Poteries, également à condition de bâtir^.
1. Transaction du 10 mai 1576 (S 1079), voy. un extrait aux Pièces justif.
2. Montant des rentes dues par le Mortier^ d'or et par les maisons de la rue des Postes.
3. Berty, Tisserand et Platon, Topographie historique^ Région centrale de l'Université^ p. i.