‹ Les marrons glacés, comédie mêlée de chant, en un acteChapitre 12 sur 36 · COURCHAMP, MAREUIL · texte numérisé non relu

COURCHAMP, MAREUIL

MAREUIL, entrant par le fond.

C'est moi î

COURCHAMP

Ah! c'est toi... tiens... j'allais monter chez ta femme pour lui porter ce sac de bonbons.

MAREUIL, très-affairé.

Tu es bien aimable... mais il ne s'agit pas de ça; elle va venir... vite... vite... un mot.

COURCHAMP

Quoi?

MAREUIL

Tu as reçu une lettre de Lili?

COURCHAMP, lui donnant la lettre.

Ah! justement. Tiens... et même je voulais te dire que décidément je ne peux plus te servir de boîte aux lettres, de tronc d'arbre... de saule complaisant. Tu comprends, moi je suis exposé à recevoir ça devant ma femme, comme ce matin... Elle a beau avoir confiance... (cherchant dans sa poche.) Que diable ai-je donc fait de l'enveloppe?

MAREUIL, qui a lu la lettre. f

J'en étais sûr!., une lettre de càlineries... une lettre charmante... pour me dire de n'y pas aller aujourd'hui, ni demain... ni les jours suivants, sans doute^

Comment, tu crois que ça cache?.,

MAREUIL

Une indigne trahison., et tout ça parce que je ne peux pas lui offrir un coupé.

COURCHAMP

Ah! elle veut un coupé?

MAREUIL

Je ne peux pourtant pas lui donner celui de ma femme.

COURCHAMP

Dame! peut-être si ces dames voulaient s'entendre, elles auraient chacune leur jour.

MAREUIL

Un coupé!., elle n'était pas si difficile autrefois. Air do Roger Bontemps.

L'air radieux, le cœur content, Sous son grossier tartan, Lili pour l'atelier parlait, Charmante sous ses loques, Et pour voiture avait

14 LES MAKROXS GLACÉS.

Une paire de socques!

Maintenant elle ne peut pas Sans coupé faire un pas ; Je comprends parbleu son désir, En voiture, elle pense Qu'elle pourra courir Après son innocence!

Oh! tiens, je suis le plus malheureux des hommes.

Parce que tu ne veux pas suivre mes conseils, parce que tu cherches le bonheur ailleurs que chez toi.

MAREUIL

Mais où diable veux-tu que je le trouve chez moi ?

COURCHAMP

As-tu regardé dans les coins ?

MARECIL.

m Ah! mon cher, si j'avais comme toi une femme charmante, jeune, aimable...

COURCHAMP

Je sais bien que madame de Mareuil est un peu.,.

MAREUIL

Tu peux dire beaucoup.

COURCHAMP

N'importe, tache d'y mettre un peu du tien.

MAREUIL

J'en mets... mais toujours des querelles, des plaintes, des menaces de séparation... Oh ! il faut que ça finisse !.. j'ai la tète montée ! . .

COURCHAMP

Veux-tu que j'intervienne?..

MARFU1L.

Ah! tiens... je veux bien... car elle finirait par me faire faire quelque coup de tète.

COURCHAMP, s'exaltant.

Je lui parlerai... je lui dirai qu'il faut qu'elle te laisse un peu de liberté... que la confiance la plus absolue est bien autrement gênante que la jalousie la plus effrénée. Tu verras, tu verras!

MAREUIL

Ah! si tu peux lui persuader ça... tiens, hier encore, elle m'a fait une scène atroce parce qu'elle a trouvé que j'étais froid... le 31 décembre !

COURCHAMP

C'est égal, mon ami, elle doit avoir quelque chose pour elle... une qualité quelconque... un côte!..

MAREUIL

Non!., c'est une médaille qui a deux revers... Jalouse, avare, coquette.

COURCHAMP

Coquette? pas possible.

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