LE CRIME DE LA RIE ORDENEU
L'extrémité est de la rue Ordencr est bordée de terrains vagues entourés de planches. Çàet là, des masures, sortes de baraquements en bois, servent de refuge aux faiseurs d'attaques nocturnes.
C'est l'une de ces sombres demeures que Jacques Rousselier a choisie pour résidence, après son évasion de la maison centrale de Poissy. Le Flambard y habite avec sa maîtresse, la Flamboyante, la jeune hlle qui buvait pour s'étourdir, à l'établissement du boulevard Rochechouart.
Leur rencontre date de quelques mois. Une nuit de l'hiver passé, Jacques, embusqué au coin de la rue Glapeyron, vit venir à lui 'une jeune fille qui courait éperdue, pour se dérober aux agents qui la poursuivaient,
— On te file ?
— Oui...
— Viens!...
Jacques Roussellier donna la main à la fillette, et tous deux, ils se mirent à courir dans la direction de la rue Ordener.
— Comment t'appelles-tu? interrogea Roussellier.
— Jeanne...
— Jeanne?... Quoi?
— .leanne Raveaud...
— Tu raccrochais ?. , .
— Oui...
— Tes parents?
— Ma mère est chiffonnière...
— Et le papa?
— (donnais pas.
Ils avaient échangé ces bouts de phrases en courant: ils s'arrêtèrent pou sou filer.
Jacques caressait doucement le visage de Jeanne :
— Alors elle te battait ferme, la mère Raveaud?
— Oh! oui... regarde!...
Jeanne releva les manches de sa robe et montra, au milieu de larges cicatrices, une plaie encore fraîche.
— Ta mère est un ctiameau, gronda Roussellier... Tu as des frères?
— Non...
— Veux-tu rester avec moi, Jeanne.
Tls se regardèrent un moment dans les yeux.
— Oui, murmura-t-elle.
Et comme ils entraient dans la baraque de la rue Ordener, ils entendirent le brouhaha de la ville. Debout, sur le seuil de la porte, ils se retournèrent tous deux pour regarder Paris incendié de lumières.
La jeune fille pleurait. /
— Jeanne, tu as faim?
— Oui...
Et Jacques, le poing fermé, menaçant Paris :
— Les riches font la noce et les pauvres crèvent de misère... P de
ville'...
A dater de cette nuit, Roussellier eut pour femme Jeanne Raveaud, que les camarades surnommèrent la Flamboyante, moins à cause de son amant le Flambard qu'en raison de l'éclatante chevelure de la jeune fille.
Jacques était jaloux: il aimait Jeanne de toute sa farouche énergie, de toute son activité malfaisante. Il la voulait pour lui seul, préférant voler que de faire /rat'^zV/er sa maîtresse. Les amis le blaguaient sur son sentimentalisme, et souvent les plaisanteries amenaient des batailles. Quant à Jeanne, elle acceptait avec résignation la vie facile qui lui était faite, passant ses journées et ses nuits à chanter et à boire.
La maison qu'habitait Jacques se composait d'une seule pièce au rez-dechaussée et d'un grenier auquel on arrivait par une échelle à main. La chambre humide et basse avait pour tout mobilier un lit peint en acajou, une table et quelques chaises de cuisine. Les habits du Flambard étaient pendus aux murs, ainsi que ceux de la Flamboyante, tristes ex-voto, une série de haillons, le produit des vols aux étalages.
11 est neuf heures du soir. En cette nuit de mars, la pluie tombe par rafales, A la lueur d'une lampe à pétrole, Jeanne raccommode le veston de Jacques. Celui-ci, debout contre la fenêtre, tapote une polka sur les vitres. Son regard est inquiet. De temps à autre, le Flambard entr'ouvre la porte ; puis, il revient, lu cigarette aux lèvres, en se dandinant, les mains dans les poches.
— • Tu en as fini avec la couture ?
— Pas encore, Jacques, répond la Flamboyante... Tu as l'air tout drôle, ce soii'...
— La pluie me dégoûte...
Et brusquement :
— Prends ton parapluie et lile au bal Maupertuis... J'attends des camarades; j'ai besoin d'être seul. J'irai te retrouver au bal... Si Brûlot t'embête encore, je lui réglerai son compte, pour tout de bon...
— Que vas-tu faire ?
— De la politique !...
— Quelque mauvais coup?!..
— Je te dis de filer et plus vite que ça !... M'entends?...
La Flamboyante se leva de sa chaise, et doucement, prenant entre ses mains la tête de Jacques, elle la baisa avec transport :
— Je t'aime bien... je t'aime toujours, même lorsque tu me frappes... Le Flambard la repoussa;
— Ce n'est pas l'heure des tendresses. Après, nous verrons...
— Après quoi ?
— Ça ne te regarde pas ! . . .
— Si...
— Jeanne !
Un coup de sifflet retentit,
— -* Je sors, dit le Flambard, mais, qu'à mon retour, la maison soit vide !
Jacques prit négligemment sa badine et s'enfonça dans les terrains vagues.
La Flamboyante hésitait. Déjà, elle avait placé un châle sur ses épaules, quand une idée s'incarna en elle :
Le Flambard se cache de moi... Eli bien, je veux savoir... Il me tuera, s'il It veut... La vie, je m'en fiche!...
Jeanne souffla la lampe à pétrole et se blottit dans la ruelle du lit.
A ce moment, le Flambard entrait, suivi du Marin.
— Ta donzelle n'est plus là, n'est-ce pas? interrogea Ihomme au museau de fouine.
— Faudrait voir!... Dès que papa ordonne! Mais de crainte de quelque surprise, il cria:
— Jeanne !...
Il n'y eut pas de réponse.
— Tu as raison, murmura le Marin, les femmes c'est du poison... Quelle heure est-il?
— Dix heures .
— S'il doit venir, il ne tardera pas... Pourvu qu'il soit seul... Le moricaud dont tu m'as parlé doit être solide...
— Il viendra seul, mais très probablement armé... Donc attention !... Inutile d'allumer la lampe. . .
— Parfait !... tu cognes; je saigne!...
Un coup sec retentit à la porte.
Le Flambard tira de sa poche un couteau de Nontron, un long couteau à manche de buis et à virole de cuivre, pareil à celui dont Brûlot avait voulu faire usage, lors de la bataille du bal. Puis d'une voix éteinte, il soupira :
— Entrez!...
Le Marin s'adossa à la muraille, tout près de la porte. Un homme parut. C'était le docteur Dilson.
— Personne, murmura-t-il étonné, la main sur son revolver.
Tout à coup, une ombre glissa, rapide. Une barre de fer s'appesantit sur l'épaule de l'Américain. Dilson chancela. Deux bras robustes l'enlacèrent. Une voix cria :
— A toi!... à toi !...
Et tout aussitôt, Petrus Dilson sentit le froid d'une lame acérée. L'Américain poussa un cri terrible auquel répondit une plainte étouffée.
— Frappe encore!... Mais frappe donc!... hurla le Marin... Il se débat! Le Flambard n'avait plus de courage.
Alors, le Marin, repoussant Jacques, retira le couteau d^ la plaie sanglante, et, par deux fois, il le plongea dans la poitrine de Dilson.
— Il ne bouge plus!... Il y est!... gronda-t-il. C'est fini!... bien fini 1 * Le compagnon du Flambard tâta la poitrine.
— Oui... fini, nettoyé...
Alors, sans prendre le temps de rallumer la lampe, Jacques se pencha sur le corps de Dilson et fouilla la poche de la redingote.
— J'ai le magot... Je l'ai!...
— Voyons?
Non... plus tard... Emportons le monsieur.
— Attends que je guigne.
— Fais vite !.
Le Marin jeta un regard dans la ruelle.
— Pas un chat!
La pluie tombait à torrent.
Jacques ayant ramassé son couteau le remit dans sa poche.
Les deux hommes empoignèrent le corps du docteur, l'un par la tète, l'autre
par les pieds.
Vrai, j'ai froid dans la poitrine, gémissait le Flambard. Enfin! tu y es?
Allons-y gaiement! vociféra le Marin sans s'inquiéter de la pâleur de son
complice. Do do, l'enfant aux affiches ; do do !
A cent pas de la maison, se trouvait une brèche dans la clôture en planches des terrains vagues. Le Flambard et le Marin y portèrent leur victime.
Tout en s'essuyant le fronts le Marin bégaya dans un hoquet:
— Te plains pas, quiqui, t'es mieux que dans tou lit du Grand-Hôtel... l'auras plus de notes à payer !
Et malgré la pluie battante, il continuait ;
— T'es rien chouette!... oh ! t'es rien chouette !
— • Partons ! dit le Flambard, en jetant auprès du corps son couteau ouvert. On croira à une attaque nocturne... Allons au bal retrouver Jeanne... Nous ferons du chahut pour dépister la rousse et prouver un alibi... Moi, jo ne reviendrai plus rue Ordener...
Ils se mirent en route, après avoir lavé leur visage et leurs mains dans le ruisseau, qui coulait à pleins bords.
— Ça me fait quelque chose, là, soupira le Flambard,
— ïu t'habitueras, dit le Marin... Nous voilà trempés jusqu'aux os... Dis donc ?
— Quoi?
— Tu sais : le docteur Dilson est arrivé!... Voici un réverbère... Si nous regardions le magot?...
A l'angle de la rue Lamarck,ils ouvrirent le portefeuille de Dilson.
— Rien... nous sommes volés!... cria le Flambard.
— Le brigand!... La canaille !... vociféra le Marin.
— Allons chez Maupertuis !...
— Non, dit le Marin, je rentre chez moi...
— ! u as tort... Un alibi a toujours du bon !...
Dès que le Flambard et son complice eurent quitté la maison emportant le corps du malheureux docteur, Jeanne, pâle comme un spectre, marcha à travers la chambre. Elle se dirigea vers la cheminée, et ayant pris une boîte d'allumettes, elle ralluma la lampe placée sur la table.
A l'endroit où était tombé Dilson se voyait une mare de sang d'où s'échappait un ruisseau rouge qui, suivant l'inclinaison du sol, se déversait dans la rue, en passant sous la porte mal jointe.
Les murailles, la table, les chaises étaient marquées des éclaboussurés du sang qui, dans la lutte, avait jailli jusqu'au plafond.
La Flamboyante restait là, épouvantée, avec dans la poitrine un froid si cruel qu'elle ne frissonnait plus au vent glacial qui s'engoutfrait dans la chambre et lui soufflait au visage.
— Les misérables!... les misérables ! grondait-elle... El j'ai été assez lâche pour ne pas crier... Je pouvais sauver cet homme... Je mentais donc, quand je disais que je mef. .. de la vie!...
La jeune fille ouvrit la porte, relevant ses jupes qui traînaient dans le sang, et, éperdue, elle se mil à marcher au milieu des terrains détrempés. La pluie avait cessé. Maintenant, sur le ciel, le vent charriait les nuas-es du côté dn nord.
Une vive lumière éclairait la chaussée, lai ss<>ut encore dans les ténèbres une partie des maisons et des palissades :
La Flamboyante se disait :
— Pour sûr Jacques ne reviendra plus... il est riche!... Et moi, où ,irai-je? Cette maison me fait horreur!... Jacques volait ; mais, c'est la première fois qu'il tue I... On le tuera aussi ! 0 mon Dieu !
. Elle était arrivée auprès de la palissade effondrée. Il lui sembla qu'elle entendait un soupir, un râle ; on eût dit l'aboiement d'un chien blessé à mort. Elle prêta 1 oreille. La même plainte s'exhala plus désespérée.
— Il n'est pas mort!... Tl est là!... fit-elle, envahie par un sentiment de crainte et d'humanité.
Alors, elle s'avança et elle put voir, dans la lumière, un corps d'homme agenouillé, appuyant ses mains contre la palissade, essayant en vain de se relever.
— Monsieur?... monsieur?... fit-elle... Vous êtes tombé là?... Voulez-vous que je vous aide ?...
Le docteur Dilson remua les lèvres, comme s'il allait parler. Il retomba, les bras battant l'air.
— Au secours!... au secours !... cria la Flamboyante.
Et comme dans la nuit, rien ne lui répondait, elle eut un cri d'angoisse.
Elle s'approcha du corps étendu par terre; et, retrouvant à cette heure sa voix de l'enfance, sa voix ordinairement éraillée par les feux de l'alcool, elle soupira :
— Parlez-moi, monsieur... Parlez-moi...
Dans les lointains, le roulement d'une voiture se fit entendre. Les flammes des deux lanternes s'avançaient, pareilles à des yeux énormes de bêtes marchant dans la nuit.
Un coupé de maître passait rapidement sur la chaussée.
La Flamboyante se dressa, et, tendant les mains :
— Au secours !...
La voiture s'arrêta. Un jeune homme en descendait.
— Monsieur le comte a tort de s'exposer, faisait le cocher... Nous sommes dans la contrée des assassins... Celte fille ne me dit rien qui vaille... Tenez^ monsieur le comte, là-bas, on dirait des hommes embusqués...
— Où donc?
— A côté des planches...
— Imbécile !... Ce sont des arbres !.. . Le cocher tremblait de tous ses membres.
Mais déjà le jeune homme arrivait auprès de Jeanne :
— Un homme mort! assassiné !... s'écria-t-il, en se penchant sur le corps de Dilson.
Le Flambard empoigna Brûlot à la cravate, et d'un seul coup le terrassa.
Liv 61
— Non, monsieur, il n'est pas mort, dit la Flamboyante... Mais il va mourir, le pauv^re monsieur...
— "Vous le connaissez?
— Oh! non... pas du tout... Je rentrais chez moi, quand j'ai entendu un cri. Le Monsieur s'était relevé un peu en s'appuyant contre la palissade ; mais il est retombé avant que j'aie pu le secourir...
— Nous allons le prendre dans ma voiture et le transporter au poste de police le plus voisin... Holà!... Jean !...
— Monsieur?...
— Viens nous aider...
— Mais, monsieur, j'ai besoin de tenir mon cheval...
— Viens 1 te dis-je.
Le cocher quitta son siège et il rejoignit son maître, en jetant autour de lui des regards épouvantés.
Tout en aidant le comte à soulever le docteur Dilson, Jean le cocher grommelait :
— Monsieur Honore pas que la loi exige qu'on attende l'arrivée de la justice. Le comte haussa les épaules :
— Mêle-toi de tes affaires, mon garçon...
— Oui, monsieur le comte.
Ils étaient parvenus à remettre sur pied le docteur Dilson, qui rouvrit les yeux:
— Appuyez-vous sur nos bras, monsieur... Etes-vous trop faible?... Nous allons vous porter...
— Il faut bien en venir là, dit Jean... 11 s'évanouit...
— Alors, portons-le.. . Oii est le poste ?
— Rue Clignancourt, répondit Jeanne.
Quand le docteur Dilson eut été installé dans la voiture, le comte s'assit auprès de lui et s'adressant à la Flamboyante :
— Montez, mademoiselle...
Au commissariat de la rue Clignancourt, il n'y avait que deux hommes et le brigadier.
Le comte fit un exposé rapide de l'événement ou, pour mieux dire, des circonstances dans lesquelles il avait été amené à rectieillir un homme frappé de plusieurs coups de couteau.
— Je suis, dit-il, le comte Charles de Bligny, capitaine détat-major, détaché au ministère de la guerre ; j'habite avec mon père, 17, avenue Gabriel. Je revenais de passer la soirée chez un de mes amis, M. Ambroise Mercier, artiste peintre dont l'atelier est dans le quartier, et je longeai la rue Ordener, quand cette jeune fille ma appelé...
En l'absence du commissaire de police, le brigadier prenait acte de la déposition du comte, pendant que l'un des agents courait chercher un médecin et que deux do ses collègues transportaient le blessé dans le poste.
— Alors demanda le brigadier à la Flamboyante, vous rentriez chez vous au moment où le blessé appelait au secours ?
— Oui, monsieur.
— Votre nom, prénoms et domicile?
— Jeanne Raveaud...
— Votre profession?
— Couturière.
— Vous avez une patronne? '
— Non... je travaille âmes pièces pour les grands magasins..,
— Quels magasins?
La Fiamboyan-te se troubla el garda le silence. Le brigadier eut une menace :
— Vous mentiez donc... Je m'en doutais du reste... Et la toisant d'un regard;
— C'est qu'elle est bien capable d'avoir fait le coup...
— Monsieur, je vous jure...
— Ne jurez pas. . . Avez-vous encore des parents à Paris ?
— Oui, monsieur... Ma mère seulement...
— Qui habite ?
— Rue du Poteau.
— Vous demeurez avec votre mère ?
— Non... je l'ai quittée...
— Pourquoi?
— Elle me battait.
— Où habitez- vous?
• La jeune fille ne répondit pas.
Le capitaine de Bligny crut devoir intervenir :
— Brigadier, veuillez ajouter qu'en cet endroit de votre procès-verbal, j'ai pris la parole pour affirmer qu'au moment où cette jeune fille appelait au secours, je n'ai rien remarqué de suspect dans son attitude...
— Parfaitement, mon capitaine.
A ce moment, le docteur Ilochecorne, que nous avons déjà vu chez le baron Gismarck, entrait au poste, suivi de l'un des agents de police.
— Voyons, qu'y a-t-il? Que me veut-on.^ Où est ce blessé? dit-il, de mauvaise humeur, en s'adressant au chef du poste. Je ne suis pas de votre quartier et je pouvais fort bien refuser de venir.
— Pardon, monsieur le docteur, fit l'agent de police qui avait ramené M, Ho-
checorne, n'ayant pas trouvé le médecin de l'arrondissement à son domicile, je priais Fun de mes collègues de m'indiquer l'adresse d'un autre docteur du voisinage, lorsqu'un cocher de maître qui stationnait devant une porte cochère me cria:
— Si c'est un médecin que vous demandez, il y a là-haut mon maître, en train de tailler un bac, chez M'^'' Pompier.
— La triple brute ! . . .
Le docteur Hochecorne se tourna vers le brigadier:
— Le blessé est ici?
— Oui, monsieur le docteur.
— Voyons...
Quand les lampes eurent mis en pleine lumière le moribond étendu sur l'un des matelas du poste, un môme cri s'exhala de toutes les poitrines:
— Le docteur Dilson!...
L'Américain avait été reconnu à ses milliers de portraits placardés dans Paris.
— J'ai bien fait de venir, pensa le docteur Hochecorne... Sapristi!... Que va dire Gismarck?... Après tout, c'est peut-être le baron quia ordonné l'assassinat...
Pendant que le docteur donnait ses soins au blessé, le commissaire de police du quartier entrait au poste et je tait un coup d'oeil sur le procès-verbal dressé par le brigadier.
Petrus Dilson rouvrit les yeux.
— Yous souffrez beaucoup, n'est-ce pas, monsieur? interrogea le médecin. Dilson inclina péniblement la tête.
— Où désirez- vous être porté?... Au Grand-Hôtel?
— Oui...
— Je vous accompagnerai...
Le docteur Hochecorne se tourna vers le commissaire de police:
— Il n'y a pas d'inconvénient à ce que monsieur le docteur Dilson soit transporté chez lui ?
— Non, monsieur le docteur, si vous reconnaissez que le blessé se trouve dans un état de faiblesse qui ne lui permette pas de subir en ce moment un interroçratoire...
— Je le reconnais... Je l'affirme même... On apportait une civière.
— Avez-vous encore besoin de tnoi, monsieur? demanda au représentant de la loi le capitaine Charles de Bligny.
— Non, capitaine, vous pouvez vous retirer... Je vous remercie... l*uis s'adressant à la Flambojante, le commissaire de police ajouta :
LES xMARTYIlS DE LA VIE 485
Quant à vous, restez!...
Je suis innocente! cria Jeanne.
C'est ce que nous verrons, mademoiselle.