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CHEZ LA BERGAMOTE

On faisait la fête, rue de Londres, chez la Bergamote, la maîtresse en titre du baron Karl Gismarck.

Le souper touchait à sa fin et le Champagne frissonnait dans ses minces robes de verre.

Au milieu de l'éclat des lumières et des fleurs^ Georgette Roussellier, dite la Bergamote, rayonnait.

Des femmes en toilette de bal, — des hommes er habit, la boutonnière fleurie — tous menant grand tapage, saluaient le toast qu'un jeune boudiné, le vicomte Avimeau des Orties, venait de portera « la dame de ces lieux enchanteurs», d'après l'expression même du vicomte.

— Bergamote?.., cria le banquier Gerbault, surnommé l'Ami des dames. Bergamote ?

— Eh bien ?|

— Ouvrons-nous le bal, oui ou non?

— Attendons le baron, soupira Mimi Pan-Pan qui buvait maintenant dans tous les verres.

— Oui, mesdames, attendez un peu, fit le docteur Hocheeorne.

— Les jambes me démangent, murmura jla Chatte-Eplucheuse.

— Moi aussi !

— Moi aussi !

— Nous aussi !...

La Bergamote se leva. Elle était presque majestueuse avec sa robe à longue traîne de soie vieil or, dont les rayonnements étaient assombris par une dentelle noire.

Grande, très brune, les yeux pleins de flamme, la bouche sensuelle, lesehairs rosées, elle esquissa un geste de femme du monde. Son petit nez grec se dilata dans l'épanouissement de son rire :

— Mesdames, nous ne sommes pas ici pour nous embêter. Le baron est en retard, tant pis pour lui ! Messieurs, la main aux dames!

On se leva de table et l'on passa dans le grand salon éclatant de lumières.

Déjà les musiciens étaient assis devant leurs pupitres entourés de buissons de roses. A l'entrée de la compagnie, ils jouèrent une marche triomphale.

La valse commença. Le gros banquier Gerbault ouvrit le bal avec Georgette, II- vicomte Avimeau des Orties entraîna la Chatte-Eplucheuse ; le chevalier 1-orezzi, — un grand maigre dont le cou et la poitrine étaient constellés de croix, — invita Mimi Pan-Pan. Quelques vieux beaux offrirent le bras aux autres amies de Georgelte et se mêlèrent à la danse.

Les femmes qui ne valsaient pas s'étendirent, ç à et là sur les fauteuils et les canapés, jouant de l'éventail et arrêtant au passage les domestiques en culottes courtes, qui déjà faisaient circuler les rafraîchissements.

Un jeune homme venait d'entrer au salon.

— Bonsoir, Bligny. fit la Chatte-Éplucheuse.

Le comte Charles de Bligny, capitaine d etat-major, s'assit familièrement, au milieu du cercle des dames.

On chuchotait derrière les éventails.

— C'est l'amant de la Camba '....

— Juana Camba... femme très pschutt...

— Allons, Bligny, fit l'une de ses dames, contez-nous l'affaire Dilson, mon beau terre-neuve... C'est M. de Bligny qui a ramassé le docteur...

— Très bien, monsieur de Bligny, intervint Pilou... Tous mes compliments.. Dans le petit salon, plusieurs tables d'écarté étaient dressées. Au milieu, la

table de baccarat avec un tapis de velours rouge « afin de ne pas rappeler les tripots, » disait la Bergamote.

Maintenant, le docteur Hochecorne taillait à banque ouverte. Une pile d'or et de billets bleus entassés devant lui prouvait que si sa jeune et seconde femme le trompait, — comme l'affirmaient ces dames, — la Fortune lui accordait ime belle revanche.

— Il y a vingt mille francs en banque! cria le nriédecin. Allons, mesdames et messieurs, faites vos jeux... La banque va sauter, je le sens... On n'abat jamais sept fois de suite... C'est le septième coup, le coup du lapin séducteur !...

Les enjeux sg firent lentement sur les deux tableaux.

— Huit ! soupira, toute joyeuse, Mimi Pan-Pan à laquelle la valse avait porte sur les nerfs.

— Qui est-ce qui n'a pas huit? répondit, en abattant ses cartes, le jeune vicomte des Orties qui avait la main au tableau de gauche.

Il y eut un silence.

— Attendez m'es enfants, je file, ricana le docteur.

— Et tu voles! soupira le banquier Gerbault en entraînant l'une de ces dames dans un petit salon mystérieux.

— Oh ! ce Gerbault !... muiniura la Chatte, il nous éreinterait toutes !,..

LES Mj^RTYRS de la VIE 501

Le médecin fit glisser doucement une carte sur l'autre :

— Neuf:

— Bravo, docteur î s'écria le notaire qui jouait à l'écarté... Vous nous paierez quelque chose?

— Parbleu !

— C'est dégoûtant, parole d'honneur ! grommela une voix presque enfantine, celle du petit Arthur Fénières, à peine majeur^, auquel on parlait déjà de donner un conseil judiciaire.

— Pas pour moi 1 répondit tranquillement Hochecorne, en amenant à lui les enjeux des pontes.

— Voici quinze mille francs que je perds en moins d une demi-heure, reprit Fénières en se tournant vers M"^ Pilou qui, moins heureux ou moins adroit que le docteur, perdait tout ce qu'il voulait à l'écarté, c'est-à-dire une vingtaine de francs, avec le chevalier Lorezzi.

Le capitaine de Bligny s'était retiré.

On ne dansait plus. Tous les invités formaient un cercle autour de la table.

Mimi Pan-Pan était dans la désolation :

— Nom d'un petit bonhomme, c'est à ne plus toucher une carte... Sur quoi donc a-t-il marché ce grand bougre?...

— Oh I ce docteur, une veine de cocu 1 gronda la Chatle-Eplucheuse.

— Aussi, il en aune paire!... intervint la Bergamote pour consoler ses amies.

1^ jeune Fénières frappa doucement sur l'épaule de M'' Pilou.

— Passez-moi donc cent louis, Pilou?

— Demandez-les à votre papa, répondit le notaire en tournant un roi, ce qui fit grimacer le chevalier Lorezzi.

— Papa est couché, murmura le fils Fénières... Voyons, Pilou, claquante louis seulement?...

— Puis pas...

— Dix louis?... Je vous les apporterai demain matin.

— Je n'ai pas d'argent...

Le petit Fénières fut s'asseoir, tout triste, à côté de Mimi Pan-Pan.

— T'as du chagrin, Futur?

— Oui.

— Pigeon, va!... Va- t'en tu me porterais la guigne!...

Mais la Chatte-Eplucheuse, qui avait meilleur cœur que la Pan-Pau, appela Fénières.

— Je mets un louis pour toi... Tu veux?

— Non, merci, la Chatte... Je ne joue plus : c'est moi qui porte la déveine, je te ferais perdre...

— Voyons, voyons, reprit Hochecorne, nous ne sommes pas ici pour pleurnicher. Il y a quarante mille francs eVi banque !...

— Est-ce que l'on peut jouer sur parole, madame? interrogea Fénières, en s'adressant à la Bergamote.

Et comme les enjeux devenaient dérisoires, que le banquier Gerbault et le vicomte des Orties, les deux plus gros pontes de la soirée, ne jouaient plus, le médecin répondit brusquement à la demande d'Arthur Fénières :

— Oui... mais... savez, dans les vingt-quatre heures?...

— Parfaitement.

Le docteur Hochecorne distribuait les cartes, au moment où le baron Karl Gismarck entrait au salon.

— Un joli coup, mon cher baron, un joli coup!... dirent les femmes. Karl Gismarck salua de la main le docteur Hochecorne:

— Voyous !,..

Le banquier regarda son jeu :

— C'est trop fort!... Neuf!...

H y eut des applaudissements et des rires au milieu desquels se perdit un cri de désespoir.

— Imbécile !... gémit la Chatte, en regardant Fénières. Puis, plus douce, tandis que Fénières restait là, anéanti :

— Comment feras-tu pour payer ?

- Je ne sais pas... Je suis foutu !... foutu!...

La Bergamote proposa le cotillon final et les invités passèrent dans le grand salon.

Seuls, Gismarck, le docteur Hochecorne et M*" Pilou restèrent dans la salle de jeu.

— Eh bien! mon cher docteur, vous les avez rincés, dit le baron, pendant que M. Hochecorne emplissait son portefeuille de billets de banque.

— Oui, soupira M*" Pilou, un nettoyage complet, sans compter que le petit Fénières...

— Vous m'avez dit que son père avait une grosse fortune, interrompit le médecin.

— Sans doute, mais voudra-t-il payer ? C'est là le hic... M. Fénières s'est enrichi comme entrepreneur; c'est l'un de mes bons clients... Mais, en ce moment, il subit de grosses pertes...

Karl Gismarck prit la parole:

— Le jeune Fénières nous sera peut-être utile... Le docteur Hochecorne se révolta :

— Je veux ôtre paye, moi!...

— Vous serez payé, docteur.

— Comment se fait-il, baron, demanda le notaire, que vous n'ayez pas encore éloigné Georgelte de Paris?... (leorgette peut voir les affiches de Petrus Dilson, l'appel déguisé que l'Américain adresse à la famille Roussellier .'

— C'est juste, dit le médecin.

— Georgette a vu les affiches, affirma le baron, et de plus, je lui ai montré les journaux...

— Et elle ne s'est pas rendue au Grand-Hôtel ? firent en même temps le docteur Hochecorne et M'' Pilou.

— Non, je l'en ai empêchée.

— Comment cela?

— En lui persuadant qu'il s'agissait d'une ruse delà police pour prendre Jacques... Si je l'avais éloignée de Paris, elle y serait rentrée, a mon insu.

— Très fort !...

— Très fort ! . . .

Le médecin consulta la penduleetseleva:

— Sept heures?... Je vais auprès de mon malade... Baron, je me défie beaucoup" de cette sœur de Sainte-Marthe... Le clergé est capable...

— Le clergé n'est capable de rien, interrompit Gismark... Du reste, nous avons l'abbé Fricard...

— Un excellent prêtre, murmura M" Pilou qui se croyait dans un autre monde.

— Ne dites donc pas de bêtises... Un vicieux ! conclut le docteur.

Sur ces mots, les trois hommes traversèrent le grand salon et soi tirent sans bruit.

Le bal était encore très animé.

— Un quadrille au jour ! ... cria le vicomte Avimeau des Orties.

— Oui !... Oui ! un quadrille au jour ! ... Les domestiques éteignirent les lustres et la pâle lumière d'un matin davril

féclaira les visages émaciés par l'orgie.

Un hommes rasait les maisons de la rue de Londres.

On sonna à la porte de rhôtel. Un valet s'aprochade la Bergamote et murmura Le nom du visiteur matinal.

Georgette ne se troubla pas :

— Faites entrer dans le petit salon.

La Chatte-Eplucheuse et Mimi Pan-pan eurent un gros rire :

— Des cornes !... des cornes !... pour le Prussien!...

— Oui... des cornes !... des cornes!...

— En place pour le quadrille!... Allons! allons! Fénières. un peu de cou page, que diable!... dit Avimeau des Orties.

Mais Arthur Fénières se mit à sangloter.

Mimi Pan-Pan lui fit un pied de nez :

— Est-il drôle, ce serin-là! ...

— Voyons, petiot, intervint la Chatte-Eplucheuse, ne te désole pas... Ton père payera ta dette à ce grand escogrifife d'Hochecorne , et puis après, quand il attendrait, ce médecin du diable, le beau malheur!...

— Je me tuerai...

— Mais, non...

— Tu verras, la Chatte...

— Je ne veux pas que tu te tues, moi!... Veux-tu faire couche-couche avec la Chatte?

— Oui...

— Viens... Je t'emmène....

— Tu sais, je vais te poser un lapin?...

— Baste !... Je n'en mourrai pas...

— Bonne Chatte'...

— Va pour le lapin ! . . .

La Chatte-Eplucheuse offrit son bras au décavé et ils se retirèrent, sans saluer personne. *

Quand la Bergamote entra dans le petit salon où le domestique venait d'introduire le visiteur, elle recula, étonnée :

— Jacques !...

— Bonjour, sœur.dit le Flambard, en lui prenant la main, presque malgré elle.

— D'où viens-tu, d'où sors-tu?... Quel costume !

— Je sors delà voiture cellulaire qui me ramenait à Poissy, en prenant par la gare Saint-Lazare... Je leur ai fait une bonne farce, aux gendarmes. J'ai percé le panier à salade. .. et me voilà !

— Malheureux!

— Oh! pas de sermons, ma fille... J'ai faim... donne-moi à boufFor. La Bergamote passa dans la salle àmanger et rapporta les restes d'une volaille

truffée, du pain et une bouteille poudreuse.

— Rien que ça de gulbe !... s'écria le Flambard en se jetant sur les victuailles... Oh! mince, alor,- !

El, repris par sa manie:

— On dirait du veau l

— Alors, ou t'a repincé? interrogea Georgette.

— Laisse-moi boulotter, dit Jacques; je te dirai des choses, oh! des choses !.. . Tu vas être épatée!... Vraiment, là, les parents ne sont pas hôtes qui ont déjà un garçon, défaire une fille... Une donzelle, ça se tire toujours des pattes... tandis qu'un homme... Faut être bien malin!... Dis donc, sœur, pourquoi qu'on t'appelle la Bergamote? Est-ce parce que tu fais ta poire?

Ma sœur, murmura Dilson, il faut que je vous parle... il faut que je *ous dise.

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Il remplit son verre et le vida d'un trait. Puis, comme il avait encore grand'soif, il but au goulot de la bouteille. '

— C'est du velours, quoi?... Georgette, tu me donneras l'adresse de ton chand d'vins; j'ai une commande à lui faire. Ah ! m'y voilà... Ferme les portes; tous tes larbins, c'est des mouphards... T'as une soirée, un bal?

— Oui.

— Si je piquais un chahut?... Tu sais, je m'encharge... Faut bien plaisanter un brin :

Toi, l'es la sœur D'un emballeur, D'un emballeur!...

— Voyons, chut!... Jacques! Jacques!

— Très bien... Soyons sérieux comme la bourrique à Robespierre... Qu'estce que tu me donneras si je t'annonce une grrrande nouvelle?

— Bonne nouvelle?

— Premier numéro!...

— C'est de l'argent que tu veux, demanda la Bergamote, attend s... je revien.-.

— Non... on ne paye qu'en sortant.

Jacques devint grave :

— Dis, Georgette, as-tu vu les affiches?

— Quelles affiches?

— Grande dinde! t'as pas vu les R?... T'as pas entendu parler de Pelrus Dilson?T'es un R pourtant, toi aussi... Comment, t'es pas encore allée au Grand-Hôtel.

— Non... Garde-toi bien d'y aller, Jacques! ajouta la Bergamote, en se rappelant ce que lui avait conté Karl Gismarck.

— J'y suis allé...

— Et on ne t'a pas arrêté ?

— C'était pas à faire...

— : Alors, la police... Ce n'était pas un piège que la Préfecture te tendait? ' — Oh! là, là! un piège?... Et tu crois que Bibi est assez hèle pour donner dans le panneau de la rousse?... Non, l'Américain est un type très chouette, et j'ai idée qu'il vient de la part de Pierre...

— De notre frère?

— Si le docteur n'est pas notre frère lui-môme, répondit Jacques, en baissant la voix, tressaillant, malgré lui, au souvenir de son crime.

— Alors, tu t'es présenté au Grand-Hôtel?... Tu as vu ce monsieur? Que t'a t-il dit?

— Ça, c'est mes affaires... Mais il est malade, bien nialade, le docteur...

— Des brigands ont essayé de l'assassiner... .In le sais...

La liergamote se dirigea vivement vers la porte, prise d'un brusque désir de se rendre auprès du docteur Dilson.

— Eh! là-bas!... On s'en va?...

Georgette revint sur ses pas et tirant de sa poche un porte-monnaie on filigrane d'or, elle en versa le contenu entre les mains de sou frère.

— Vrai, l'es gentille... Mais il me faut autre chose que de la braise...

— Quoi encore?...

— T'emballe pas... Un déguisement?...

— Je n'ai pas de déguisement à to donner...

— Tes larbins ont des habits...

— ie ne puis pas demander leurs vêtements à mes domestiques...

— FA tonmichet?

— 11 ne demeure pas ici... Tu vois, c'est impossible... à moins, ajouta-t-cUe în souriant, que je ne te donne l'une de mes robes...

— Personne n'est couché?

- — -Non.

— Chouette alors!... au revoir, Georgette!... situ réussis avec le monsieur lu Grand-Hôtel, tu me feras une pension... Je ne travaillerai que pour l'art!...

Jacques sortit du petit salon.

Au lieu de descendre l'escalier, il le monta, à pas de loup, et arriva dans les iipmbles où se trouvai ont les chambres des domestiques.

Dès que tous ses invités se furent retirés, la Bergamote appela Julie, sa femme le chambre :

— Donne-moi ma robe la plus simple; ou plutôt, non... tu as à peu près ma lille, habille-moi avec l'une de tes robes...

— Madame veut rire?

— Non... Tu m'as entendu?

— Oui, madame.

— Apporte aussi l'un de tes bonnets... un bonnet blancv.^.. Tout en revêtant la robe de sa domestique et en se coilVant d'un petit bonnet linge, la Bergamote pensait :

— Si vraiment l'homme que je vais voir est mon frère Pierro. il sera li,eureux retrouver une sœur encore honnête ou ayant l'air de Têtre...

f Pendant que la Bergamote achevait sa toilette, leFlambard déguisé en domesique, — tenue du matin, pantalon gri,s, gilet-veste à carreaux nniii^^s o[ honnel ,'écurie, — descendait, un journal à la main, la rue de Londres.

Arrivée au Grand-Hôtel, Georgette se présenta à Bernard ({ui la conduisit à )n maître Eau-de-Ben join.

— Monsieur le docteur Dilson? demanda-t-elle d'une voix tremblante.

— Massa pas recevoi... Massa toujous malade...

— Je vous en prie, monsieur... Faites une exception en ma faveur... Votre maître m'attend, sans doute... Mon nom commence par la lettre R... Je suis Georgette Roussellier...

Au nom qui seul avait le droit de forcer la consigne, Eau-de-Benjoin ouvrit la porte de h. chambre de Dilson, en annonçant :

— Mademoiselle Georgette Oussellié !

Mais Petrus Dilson dormait. Sœur Angélique s'approcha doucement de la visiteuse :

— Le docteur a passé une mauvaise [nuit... Veuillez revenir dans la journée, mademoiselle...

— Oui, ma sœur.

Georgette descendit l'escalier du Grand-Hôtel, traversa la cour d'honneur et arriva sur le boulevard des Capucines.

De l'autre côté du boulevard, trois hommes se promenaient, en causant.

— Baron!... baron!... fit le docteur Hochecorne, en saisissant le bras de Karl Gismark.

— Que me voulez-vous ?

— Regardez cette femme !...

— Oui... oui... c'est Georgette!

— Georgette ! . . . Allons donc ! . . . dit M"^ Pilou .

— C'est elle!... riposta Gismark.

— Oui, c'est elle!... affirma le médecin. 1^0 baron eut un mauvais sourire.

— La Bergamote n'y gagnera rien!... Attendez-moi, messieurs, au café do la Paix... Je vais savoir si cette femme a été reçue par Dilson?

— Si j'y allais, moi? fit Hochecorne.

— Vous avez raison, cela vaudra mieux... Revenez-nous prendre au café.

— Parfaitement.

Sœur Angélique informait en ce moment Petrus Dilson de la visite de M'"= Roussellier.

Ce môme jour, à midi, Georgette recevait la C3,"te du docteur Dilson avec ces mots :

« M. le docteur Petrus Dilson^ informé de la visite que lui a faite iW^" Geoj'- << (/ctte Roussellier , prévient cette demoiselle qu'il na rien à lui dire et quil lui « sera obligé de ne pas renouveler sa démarche. »

Le billet avait été écrit par Hochecorne.

La Bergamote laissa tomber la carte en criant :

• — C'est cette gueuse de religieuse qui a fait le coup !

LRS MARTYRS DK LA VI K 509

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