‹ Les martyres de la vieChapitre 30 sur 83 · AUTOUR DU LAC D ENGHIEN · texte numérisé non relu

AUTOUR DU LAC D ENGHIEN

Dans l'allée circulaire dont les méandres gracieux entourent le lac d'Enghien un homme, élégamment vêtu d'un complet de coutil blanc, se promenait avec une religieuse de l'ordre de Sainte-Marthe.

A un moment, ils s'arrêtèrent tous deux pour regarder un vieillard à la redingote militairement boutonnée, qui s'avançait au bras d'une jeune fille.

C'était l'une de ces journées de printemps toutes bleues et toutes de lumière, qui mettent la joie au cœur et oii Ton est heureux de vivre, malgré les tristesses de la vie. Alors, dans le murmure des feuilles dans la clameur de lanature disant son réveil, on songe aux êtres que l'on a aimés et qui ne sont plus.

— Elle aurait à peu près cet âge, murmurait la religieuse, en portant un doux regard sur la Parisienne qui passait, tout enivrée de grand air... Que cette demoiselle est distinguée et jolie!...

— Ce vieillard doit être son père... Comme il la regarde!.., comme il l'aime!

— Mais, je les connais, fit la religieuse : c'est M. de Bligny et sa fille,.. Sœur Angélique et Petrus Dilson échangèrent un salut avec les promeneurs.

Puis,^ls continuèrent leur chemin, se dirigeant du côté de la villa, la nouvelle propriété du docteur.

— Impuissance de l'or, gémissait Dilson. Toute une vie de travail et de probité ! ..Et quand vient la vieillesse, le vide, partout le vide! Je n'ai rien épargné pourtant... Je voulais retrouver [les miens, partager avec eux le fruit de mon labeur! Rien, toujours rien!

Puis, secouant la tête avec tristesse, songeant à Jacques:

Princesse, j'ai répundu de vous et de votre lidéllté à celui qui nous commande tous deux.

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— Peut-être vaut-il mieux ne pas les retrouver !...

— Mon frère, si notre fille est vivante, elle est digne de nous... Cet homme auquel vous vous êtes adressé, n'a encore pu découvrir aucun indice?

— Non... M. Putois est cependant un fin limier. J'espérais beaucoup en lui. Et se redressant de toute la hauteur de sa taille :

— Ce que cet homme est impuissant à faire, je le ferai, moi !

— Dieu vous entende !

— Chose extraordinaire, ma sœur Georgette n'a pas reparu...

— C'est étrange, en effet... M"*" Roussellier m'avait promis de revenir au Grand Hôtel le soir même de sa visite..,

— M. Putois a fouillé toutes les maisons de Paris, il n'a trouvé personne du nom de Georgette Roussellier...

— Peut-être votre sœur a-t-elle changé de nom?

— A cause de Jacques ? C'est possible.

Ils étaient arrivés devant la grille du parc. Le docteur sonna. Eau-de-Benjoin vint ouvrir.

— Adieu, frère, miirmura sœur Angélique..

— Vous partez, Blanche ?... Yous n'entrez pas ?

— Non... c'est impossible... Le devoir m'appelle auprès du chevet d'un malade... Mais je reviendrai bientôt pour savoir oh en sont vos recherches... Bon courage ! . . .

Et retrouvant à cette heure les élans delà maternité;

— Pierre, notre fille est vivante !... Je crois en Dieu... J'espère !

Sœur Angélique prit le chemin de la gare et Dilson rentra à la villa, suivi de son domestique noir.

M. de B'iigny et sa nièce Marguerite s'étaient assis, près du lac, sur un banc de gazon.

— Tu l'aimes donc bien, cette sœur Angélique ?

— Oh! oui!...

— Ma foi, je me sens porté à l'aimer, moi aussi... Elleasoigné le docteur américain avec un tel dévouement...

— Elle venait, sans doute, prendre des nouvelles de son malade?...

— Et recevoir la forte somme que le docteur Dilson va faire distribuer aux hôpitaux de Paris...

— 11 est si riche, ce M. Dilson... et si généreux!...

— Cbarles a été très brave, la soir de l'affaire de la rue Ordener. ..

— Oui... très brave...

— Ta voix est tremblante?

— Ne parlons plus de lui...

— Ta as raison, Marguerite... Charles ne te vautpas... Pourtant, si un jour... Mais non, je rêve...

— Il aime cette femme...

— Cette femme?... La Camba!... Une espionne !

— 0 mon Dieu!..

A ce moment, un jeune homme marchait, tête basse, se dirigeant vers eux.

— C'est lui !... cria Marguerite... Mon oncle, c'est Charles?... Le jeune oflicier se découvrit, et les yeux pleins de larmes:

— Mon père, voulez-vous me pardonner?... Marguerite, veux-tu être ma femme... J'étais fou: je ne le suis plus., ,

— Et la princesse Camba! interrogea M. de Bligny.

— Cette femme est une misérable!...

Charles prit les mains de Marguerite.

Le doux regard bleu de la jeune fille monta jusqu à l'ancien diplomale pour lui dire : Pardon...

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