Bète d'ine!... Cré nom de D...I Laisse-moi en repos I
La plaisanterie de Brûlot avait donné à réfléchir à ces dames qui murmurèrent :
— Sicher! Sie iverden uns einen Stallhasen lassen. . . (1).
Katte s'essuyait les cheveux avec sa serviette; elle continuait à boire.
— C'est toi qu'on devrait appeler Lischen, car tu liches bien, remarqua le Bachelier,
Les filles rirent aux éclats, sans comprendre.
Brûlot ordonna aux femmes de danser. Lischen et Katte se prirent par la taille. Elles valsaient, en chantant, très allumées, s'efforçant de se tenir raides.
Les habitués du bal Maupertuis se levèrent pour montrer à ces dames comment on piquait un chahut dans l'établissement du boulevard Rochechouart, mais Brûlot s'embarrassa dans les jupes ; ses pieds heurtèrent la table qui s'écroula avec un tonnerre de bouteilles et de verres brisés.
— Yive la République!... cria leBacbelier.
— En avant la Marseillaise!... vociféra Brûlot.
Et tous deux, bras dessus, bras dessous, ils beuglèrent le premier couplet du chant français, de l'hymme immortel qui, au pays hostile, détonnait, sans courage et sans raison :
• ■ Allons, enfants de la Pairie,
Le jour de gloire est arrivé!...
Les Allemandes accompagnaient les chanteurs avec des tra la la cadencés, jusqu'au moment où, n'en pouvant plus, elles s'abîmèrent sur le parquet, traînant leurs robes et leurs chevelures dans un ruisseau de vins et de liqueurs.
Brûlot applaudit ;
— Mince alors de rigolade !,
Et il recommença :
Allons, enfants delà Patrie...
Sur la cheminée, plusieurs bouteilles de kirsch avaient échappé au naufrage. Le Bachelier en prit une et en offrant une autre au Remparl-du-Limousin :
— Rebuvons!...
— Je crois que je suis rond, grammela Brûlot...
— T'es paf !... n'est-ce pas, ma vieille ?... Dis-moi que t'es paf pour me faire plaisir ?...
— Paf!... Rond!... Plein!...
— Paf!... C'est plus distingué!...
— ' Kladeratschl... (2), soupira Lischen.
1. Sûrement, ils vont nouslaisier un lièvre d'étaMe... (Expression parisienne : 11$ vont nous poser un lapin!...)