CHAPITRE VI
La loi de l'abstinence. — Nouvelles épreuves.
Le jour où les prêtres et les religieux furent emprisonnés, était un vendredi, par conséquent un jour où la loi de l'Eglise catholique commande l'abstinence. Quand le soir est venu, on leur apporte du pain et de la viande. Tous, à l'exception d'un seul, refusent de faire gras. Ils sont pressés par la faim ; n'importe, ils veulent demeurer fidèles à la discipline ecclésiastique.
Assurément ils n'ignoraient pas que dans la pressante nécessité où ils se trouvaient, il leur était permis d'user de tout aliment, mais ils avaient aussi de graves raisons pour agir comme ils le firent. D'abord, cette chair leur était présentée par des hérétiques, en mépris des observances catholiques, car on eût pu leur ollVir facilement des légumes
et du poisson, dont le pays abondait ; c'était donc un piège qu'on leur dressait. Ensuite, le peuple qui épiait leur conduite, et dont une partie déjà était chancelante dans la foi, avait besoin d'être édifié par leurs exemples. Les Gueux n'eussent pas manqué de publier bien haut que les prêtres et les moines n'étaient pas si stricts observateurs des préceptes de l'Eglise, qu'on le croyait, s'ils les eussent vu déroger, même par nécessité, à la loi de l'abstinence. Il s'agissait d'éviter un scandale, et cela suffisait pour tracer à ces hommes de Dieu, la ligne de conduite qu'ils avaient à tenir.
Celui qui ne se fit pas scrupule de manger de la viande, et qui engagea même les autres à l'imiter, fut en butte, comme ses compagnons, à beaucoup de souff"rances, mais il ne persévéra pas jusqu'à la fin et laissa échapper de ses mains, la couronne du martyre. Dire tout ce que ces généreux confesseurs de la foi eurent à endurer pendant plusieurs jours et [ilusieurs nuits, serait impossible. Qu'il nous suffise de les montrer en proie à l'amusement d'une soldatesque abrutie par les excès de tout genre, et de retracer quckpies-unes de leurs épreuves.
Lorsque les Gueux préposés à la garde de la citadelle avaient achevé de souper, et que, gorgés de vin, ils étaient surexcités , ils entraient dans la prison, pour passer le temps à se divertir aux dépens des captifs. Ils les frappaient à outrance, se les renvoyaient les uns aux autres, à coups de poings, comme une balle, les foulaient aux pieds, et les
maltraitaient ^l'envi (1). Ce n'est pas tout : aux sévices, ces barbares ajoutaient l'insulle. La- corruption de leur cœur se trahissait dans leurs paroles. Pirates, assassins, bandits réunis en troupe, ils ne pouvaient qu'être remplis de haine pour les hommes de bien. Gain, au témoignage de saint Jean, n'en voulait à son frère, que parce qu'il le voyait accomplir la justice, tandis que lui, il se livrait aux œuvres d'iniquité (2). Outre la haine et la méchanceté qui les portaient à outrager ainsi des prisonniers sans défense, ils étaient encouragés par îa pensée de l'impunité.
De là cette licence effrénée qu'ils affichaient dans leurs actes et dans leur langage. Semblables aux Juifs qui insultaient le Sauveur, les satellites de la Réforme s'attaquaient à ses ministres. Par un conseil secret de la divine Providence, la puissance des ténèbres, comme l'appelle Jésus- Christ, avait encore 50/t heure (3). Ces impies, en maudissant les serviteurs de Dieu, leur procuraient le moyen de se purifier de plus en plus par la tribulation et de devenir plus conformes au divin modèle. Elles avaient toujours présentes à l'esprit, ces innocentes victimes, les paroles du grand Apôtre : Si nous souffrons pour lui, nous serons ylorlfiés avec lui (4).
Parmi ces êtres avilis par la débauche, il en était un qui
(1) Hist. Martyr. Gorcom. lib. I, cap. xvi, p. 47.
(2) I Joan., ni, 12.
(3) Luc, xxu, 53.
(4) Kom., viii, 17.
surpassait tous les autres en audace et en scélératesse. On l'avait surnommé Le Noir. Apercevant les échelles qui se trouvaient dans la prison, il jugi'a à propos de les employer à un nouveau genre de torture. « Il faut y attacher les prisonniers, s'écrie-t-il, nous les fustigerons tout à notre aise. ->■> Les misérables étaient, en effet, munis de verges. Mais au moment où ils se préparent à en faire usage, quelqu'un survient qui leur annonce que Guillaume Turck, le fils de l'ancien gouverneur de la citadelle, arrive avec des troupes et s'efforce de pénétrer dans la ville.
Cette nouvelle les épouvante, ils quittent tout et courent aux remparts. Les captifs respirent enfin ; et, comme ilssont persuadés que leurs ennemis ne les laisseront pas sortir vivants de la forteresse, ils profitent de ce temps de répit pour mettre ordre aux affaires de leur conscience, par une nouvelle confession de leurs péchés. Puis ils s'exhortent mutuellement à demeurer fermes et inébranlables dans la vraie foi, et à la sceller de leur sang plutôt que de la renier. La gloire du martyre leur apparaît, plus brillante que toutes les gloires de la terre. Un d'eux cependant, effrayé à la pensée de la mort, fait entendre des plaintes et des gémissements. Le curé Léonard touché de pitié à la vue de la faiblesse de ce soldat de Jésus-Christ, l'exhorte vivement à mettre en Dieu toute sa confiance. « Du courage, mon frère, lui dit-il, vous combattez pour l'honneur de notre sainte religion ; si le travail vous semble dur, que l'espoir de la récompense vous ranime. Après cette vie courte et
passagère, si vous avez triomphé de tous les obstacles, vous irez au ciel, recevoir la couronne immortelle que le Sauveur lui-même placera sur votre front ; vous verrez, dans l'extase d'un bonheur infini, toute la splendeur divine. »
Les Gueux reconnurent bientôt que les paroles de cet homme qui vint leur apprendre l'arrivée de Guillaume Turck, n'étaient que l'écho d'un faux bruit qui avait circulé dans la ville, lis retournent donc à la prison, plus furieux que jamais. S'étant groupés près d'un mur, ils ordonnent aux prêtres et aux religieux de s'approcher d'eux, un à un. Ceux-ci, qui soupçonnent qu'on veut les égorger, demeurent immobiles. « Allons, crient les farouches soldats, que les vêtus de noir passent les premiers. Ils désignaient ainsi les membres du clergé séculier, de même qu'ils appelaient par mépris, vêtus de gris ou grisons, les membres de l'Ordre de Saint-François.
A cette interpellation, le curé Léonard répond : « Je suis prêt. ■» Et sans faire paraître la moindre émotion, il s'avance en découvrant son cou et son poitrine, se met à genoux, baisse la tête et attend le coup fatal. La vue d'une si grande intrépidité, fait sans doute changer de résolution à ces meurtriers. Ils lui commandent de se relever et de leur remettre tout ce (lu'il a d'argent. A l'instant même, le digne prêtre leur obéit, et ils ne s'occupent plus de lui. Godefroy Van Duynen vient ensuite ; on lui demande où sont les trésors cachés dans la citadelle, et comme en n'en obtient pas
de réponse, on se moque de son infirmité, et on le renvoie. Jean d'Oosterwyck, chanoine régulier de saint Augustin, n'en est pas quitte à si bon marché. Comme il était à la tête d'une communauté importante de religieuses, qui autrefois avait été riche et opulente, les soldats le somment de leur indiquer le lieu où a été déposé le trésor du monastère. Le saint vieillard leur donne quelques pièces de monnaie qu'il a sur lui, et leur dit : a Voilà toute ma richesse. » Ils ne veulent pas se contenter de si peu de chose, et pour le forcer à faire la déclaration qu'ils lui demandent, ils lui mettent un pistolet sous la gorge, en le menaçant de le mettre à mort. Mais comme il ne peut donner plus qu'il n'a, ni révéler ce qu'il ignore, il déclare avec un calme parfait, qu'il n'est que le pauvre supérieur d'une pauvre famille.
Les partisans de l'hérésie ayant publié partout que les catholiques avaient emporté avec eux, en se réfugiant dans la forteresse, des richesses immenses, la cupidité des soldats était d'autant plus excitée, qu'elle était moins satisfaite. Nicolas Poppel, le plus jeune curé de Gorcum, est maintenant entre leurs mains. Ils sont très-irrités contre lui, parce qu'il s'est montré un des plus vifs adversaires des idées nouvelles. Pour l'intimider, ils le pressent de toutes parts, et comme au chanoine dont nous venons de parler, ils lui montrent une arme à feu toute chargée, en lui disant : « Où sont les trésors de l'église? »
Ne pouvant le décider à répondre sur ce sujet, les bri-
LES MAUTYUS DE GOUCUM 141
gands l'accablent de reproches et d'injures. « Eh bien ! prêtre, s'écrient-ils, toi qui murmurais et tempêtais contre nous du haut de la chaire, es-tu prêt à mourir pour ta foi ? Parle clairement; tu as souvent déclaré que tu verserais volontiers ton sang pour la défense de ta doctrine, es-tu toujours dans les mêmes sentiments? Aussitôt, sans se troubler, Poppel s'exprime en ces termes : « Oui, je consens à donner ma vie pour la foi catholique, et en témoignage de ma croyance à la présence réelle du corps et du sang de Jésus-Christ contenus sous les espèces du pain et du vin, dans l'auguste sacrement de l'Eucharistie. » Et après avoir prononcé ces paroles d'une voix ferme et distincte, il ajoute : « Seigneur ! je remets mon âme entre vos mains. » Ces derniers mots furent si hautement articulés qu'on les entendit de presque toutes les parties de la citadelle.
Tant de vertu et de courage ne désarment point les soldats; ils hésitent néanmoins à faire feu. Dieu retenait la main disposée à commettre le crime, parce qu'il voulait encore éprouver la patience du généreux confesseur, et lui faire acquérir plus de droits à la récompense céleste. Poussés par l'avarice, ils combinent de nouvelles tortures, pour arriver à découvrir ce qu'ils cherchent si avidement. L'un d'eux prend cà un Franciscain la corde qui lui sert de ceinture et la passe au cou de Nicolas Poppel. Puis l'attachant par un des bouts à une porte, et tirant de l'autre, il secoue violemment sa victime. Les autres persécuteurs prennent goût à ce jeu cruel, et bientôt tous y participent. Ils balancent
le patient, le font monter le plus haut qu'ils peuvent et le laissent retomber de tout son poids, en le pressant de révéler où sont les trésors. Ces tourments continuent jusqu'à ce que celui qui en est l'objet, ne donne plus signe de connaissance. Le voyant à demi mort, ils le délient et le poussent en arrière ; mais il gardera la trace de la corde, jusqu'à sa mort.
Les Gueux n'ignorent pas que la règle des Frères-Mineurs, leur interdit l'usage et la possession de l'argent ; mus par leur mauvaise conscience, ils soupçonnent la sincérité de ces religieux. Ils se disent que la pauvreté apparente des moines, n'est qu'un masque dont ils se servent pour tromper les hommes; qu'ils doivent avoir des richesses cachées. Et sur ce faux jugement, ils se proposent de mettre aussi à la question, les Frères-Mineurs et les autres religieux qu'ils tiennent en leur pouvoir. Nous verrons l'inutilité de leurs efforts ; le Père gardien faisait régner dans son couvent une exacte discipline ; chacun étant pourvu de ce qui lui était nécessaire, personne ne songeait à thésauriser.
Lee soldats s'attaquent d'abord aux plus jeunes religieux, persuadés qu'ils en triompheront plus facilement, à cause de l'inexpérience et de la crainte si naturelle à la jeunesse. Ils fondent sur eux, en proie à la fureur, les frappent à tort et à travers, et leur font subir tout ce que peut inspirer la rage des mauvaises passions. Un des Franciscains reçoit au visage, un coup si violent, qu'une de ses dents molaires enlevée de son alvéole, lui tombe de la bouche. Le Père
gardien exhorte les siens à la patience, et s'efforce de leur inspirer cette fermeté dont il est lui-même animé.
Cependant un frère-lai, vaincu par la souffrance, demande grâce, en versant des larmes. « Où sont les trésors de ton couvent, lui crie-t-on ? » H ré|)ond : « Je ne sais ce que vous voulez de moi ; le soin de tout ce (|ui concerne la communauté appartient au gardien, et non à moi, le plus petit serviteur de la maison. » Alors les soldats s'adressant h tous, les somment de déclarer quel est le chef des /raî^m??' Ils appelaient traîtres, les prêtres et les catholiques les plus zélés, qu'ils accusaient de trahison envers la patrie, afin de les rendre odieux au peuple. L'air noble et imposant de Jérôme de Weert, le fait prendre pour le gardien. A l'instant il est assailli de menaces et de blasphèmes ; un poignard se dresse sur sa poitrine ; il va mourir s'il ne déclare où est le trésor qu'on veut avoir à tout prix.
Il suffirait à ce Père d'une parole pour détourner le danger où il se trouve exposé; il aime mieux se dévouer pour son supérieur. Témoignage touchant de l'amour qu'il lui porte ! Il garde le silence et se met à la disposition des farouches ennemis qui, en ce moment, ne s'en prennent à lui que par erreur. Nicolas Pieck voit le couteau levé sur son fidèle vicaire, il admire son courage et sa générosité, mais comme un bon père, qui tremble pour la vie de son enfant, il s'écrie : « Vous vous trompez ; le gardien, c'est moi. »
Alors retentissent de toutes parts des cris de haine et de fureur ; tous ces misérables tombent sur lui et semblent vouloir le mettre en pièces. Ce qu'ils ont fait aux autres, n'est rien en comparaison des tourments qu'ils lui réservent. Admirons le calme et la sérénité de l'homme de bien, qui se manifeste dans toutes ses paroles. Il est ainsi interrogé :
<c Qu'as-tu fait de l'argent et des objets précieux dont tu étais le dépositaire ?
» — Vous n'ignorez pas que les vases sacrés et les ornements de notre église ont été apportés dans cette citadelle; vous avez dû les y trouver. C'était là notre seul trésor. Nous ne vivons que des aumônes qu'on veut bien nous' faire; j'ignore s'il reste quelque chose des offrandes destinées à notre couvent, ce n'est pas à nous qui ne touchons jamais d'argent, mais à des laïques chargés de nos affaires temporelles, qu'elles sont remises.
T> — Moine, tu en as menti ! »
Le Père gardien résolut alors de garder le silence. C'est en vain que pour le faire parler, on emploie la ruse, l'audace, la terreur, l'outrage ; il a répondu avec droiture et sincérité, il n'a plus rien à ajouter. Les hérétiques sont confondus : ils ne peuvent, malgré toutes leurs recherches, rien trouver qui donne un démenti au témoignage de Nicolas Pieck ; les moines de Gorcum vivaient donc dans un détachement des biens de la terre, conforme à l'esprit de leur saint fondateur.
Exaspérés de tant de sang-froid, les bourreaux se décident à pendre leur victime. Ils la frappent, la tirent en avant, la pressent de marcher ; le lidèle disciple de saint François leur dit : « Ne me tourmentez pas ainsi, je vous suivrai sans contrainte. » Alors se renouvelle, avec plus de violence, le sup|)lice du curé Poppel." La ceinture du révérend Père, devient l'instrument de ses souffrances. Le cou fortement serré, il est élevé de terre et ballotté par les mains qui le tiennent suspendu, jusqu'à ce qu'on ait fixé au-dessus de la porte un bâton de chêne, pour servir de point d'appui à la corde. Combien de temps cela dura-t-il? Nous l'ignorons. Ce qu'il y a de certain, c'est que le frottement réitéré de ce lien, fît qu'il se rompit tout à coup, et que le corps du martyr tomba lourdement sur le sol. « Le moine est mort, s'écrient les féroces soldats, il ne donne plus signe de vie. » Cependant, pour s'en assurer, ils recourent à d'autres actes de barbarie, dont la pensée seule fait frémir.
Us le relèvent et l'asseoient, le dos appuyé contre un mur, et au moyen du flambeau qui sert à les éclairer, ils lui brûlent les sourcils, les cheveux, la barbe et tout le visage. Puis ils lui introduisent la flamme dans les narines, dans le but d'atteindre le cerveau. Ce n'est pas tout: ils lui ouvrent la bouche de force, et mettent en contact avec le feu, sa langue et son palais. Comme il demeure immobile, ils le croient réellement privé de vie, et le poussant du pied,
ils sortent en disant : « C'est un moine de moins, qui est-ce qui s'en inquiétera? »
Les autres prisonniers étaient également persuadés du trépas du Père gardien. Quand ils l'examinèrent attentivement, ils furent attérés. Ils peuvent à peine recconnaître celui qui, quelques moments auparavant, était au milieu d'eux, tant les brûlures ont défiguré ses traits et laissé de traces liorribles. Le cou enflé, porte une empreinte sanglante, celle de la corde ; les membres sont froids, les pulsations du cœur insensibles, tout espoir de le voir reprendre ses sens a disparu.
Les auteurs de ces atroces cruautés étaient surtout trois individus de Gorcum, unis par la parenté et par l'instinct du mal. Celui qui tenait le premier rang était Le Noir, ancien chef de pirates au service des Gueux, et dont nous avons déjà dit un mot. Sa mère, femme débauchée, favorisait le parti des hérétiques en répandant parmi le peuple, des chansons impies et ol)scènes contre les catholiques. Le curé Léonard s'était efiforcé de la faire chasser de la ville, mais l'autorité civile, faible et hésitante ne l'avait point secondé. Ce n'est que lorsque le mal fut sans remède, que le lieutenant du roi, comprit que, faute de vigueur, il s'était gravement compromis, et que tous les citoyens honnêtes avaient lieu de blâmer sa conduite.
Le Père Nicolas Pieck, privé de sentiment, était donc considéré comme mort, aux yeux de tous. Cependant peu à peu il reprend ses sens, il respire, il se meut, il ouvre
les yeux ; ses compagnons de captivité sont dans la stupéfaction. Jérôme de Weert et les autres religieux, ainsi que les prêtres séculiers s'approchent de lui ; ils écoutent avec anxiété, car ils le voient faire des efforts pour leur adresser la parole. Bientôt des sons faibles parviennent à leurs oreilles, et ils entendent ces mots qui sortent péniblement de la bouche endolorie du martyr : « Mes frères, depuis que je suis tombé en défaillance, je n'ai plus rien senti; mon esprit a perdu toute mémoire. S'il eût plu à Dieu de me rappeler à lui, quelle joie j'eusse ressenti ! Il me réserve sans doute à d'autres épreuves ; que sa volonté soit faite et non la mienne. »
Ensuite pour les ranimer et les fortifier, il leur déclare, d'après sa propre expérience, que le supplice de la corde n'est pas aussi terrible qu'ils pourraient se l'imaginer. Il y a, dit-il, un moment de grande souffrance, qui est suivi d'un état de syncope, où l'on devient insensible. Et aussitôt, élevant leurs pensées au-dessus des misères de la terre, il leur fait voir que ce genre de mort rappelle le souvenir de la Passion du Sauveur, et devient un chemin court et facile pour arriver à la céleste patrie. Enfin il s'écrie avec saint Paul : Qui donc nous séparera de Vamour de Jésus-Christi Sera-ce l'affliction ou l'angoisse, ou la faim, ou la nudité, ou le péril j ou la persécution, ou le glaive?... Mais parmi tous ces mauXj nous demeurons victorieux par la vertu de celui qui nous a aimés (1). »
(1) Uora., vin, 35. 37.
Dès le point du jour, les soldats reviennent à la prison avec une hache, dans le dessein démettre en pièces le corps du Père gardien. Ils sont fort étonnés de le retrouver vivant, et le maltraitant de nouveau, ils répètent : « Le moine vit-il encore? vit-il encore?» Dieu qui voulait se servir de ce glorieux athlète de la Foi, pour soutenir les autres confesseurs dans les tourments, prolongea son existence d'une manière miraculeuse. Nous allons passer à d'autres épreuves ; ce que nous venons de raconter eut lieu la première nuit de l'emprisonnement de nos saints martyrs.