‹ Les martyrs de GorcumChapitre 23 sur 26 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Arrêt de mort et exécution. — Honteuses défections.

La nuit est déjà avancée, et le Père gardien repose toujours. Tandis que les autres captifs attendent avec anxiété son retour au milieu d'eux, le comte de la Mark se livre à la débauche. C'est ainsi qu'il passe toutes ses soirées. Avant de se mettre au lit, le tyran trouve sous sa main les lettres du prince d'Orange et il les examine de nouveau. C'est

alors seulement qu'il s'aperçoit qu'il n'a en sa possession qu'une copie des ordres de Guillaume de Nassau, et surexcité par les liqueurs alcooliques qui fermentent dans sa tête, il entre en fureur.

« Quoi ! s'écrie-t-il, ce misérable Brant qui se mêle de tout ce qui ne le regarde pas, affecte de me traiter ainsi I Lui, un homme de rien, un mercenaire, un portefaix, un pionnier, il veut, dans son fol orgueil, se donner de l'importance, en s'égalant aux gens de qualité ! Je saurai le remettre à sa place. Qu'ai-je besoin des missives du prince d'Orange? N'est-ce pas moi qui ai le plus contribué au rétablissement de la République et, par là, n'ai-je pas acquis le droit de traiter les affaires à mon gré ? Ah ! monseigneur Marin, on vous montrera l'estime que l'on fait de vous et de votre écriture. »

A mesure qu'il parle, son courroux augmente ; il ordonne à ses serviteurs d'appeler, à l'instant même, le chef de la justice criminelle et Jean Omal, l'ancien chanoine de Liège, devenu un de ses hommes de confiance. Quand ceux-ci sont en sa présence, il dit au premier : <t Je vous ordonne de me débarrasser de tous les prêtres et moines qui -sont dans la prison, en les faisant pendre sur-le-champ. » Puis, s'adressant au prêtre apostat : a Vous veillerez à ce que cet ordre soit fidèlement exécuté, sans avoir égard à aucune considération, ni à aucune prière. » Ensuite, il répète qu'il est le maître de céans et que personne n'a le droit de se mettre au-dessus de lui.

Tl est plus de onze heures du soir lorsque cette abominable sentence est rendue, en violation de toutes les lois divines et humaines. Aucun des assistants n'élève la moindre objection. Quand l'impie, est-il dit au livre des Proverbes (1), est tombé, en oubliant Dieu, dans l'abîme des péchés, rien ne le retient plus. Ce n'est plus un pécheur timide qui commet le mal en tremblant et qui se défend encore contre le crime ; c'est un pécheur intrépide et qui marche d'un pas hardi dans les voies de l'iniquité. Ce n'est plus un homme fragile qui tombe et qui se relève par la pénitence; c'est un homme constant dans le mal, parce qu'il a renoncé à toutes les espérances de la Foi.

Les ministres des vengeances du tyran se rendent immédiatement à la prison, et apprenant que le Père gardien n'est pas encore rentré, ils l'envoient chercher. Comme saint Pierre qui ilormait dans les fers (2), Nicolas Pieck est encore plongé dans le sommeil au moment où les soldats chargés de le prendre arrivent auprès de lui. Ils l'appellent à haute voix, le secouent vivement et le réveillent en sursaut. Il leur dit, quand ils lui ont fait part de leur mission : ce Je suis tout disposé à vous suivre ; Dieu fera de moi ce que bon lui semblera. »

Il est environ une heure du matin ; les captifs, enchaînés deux à deux, sont conduits en dehors de la ville. Les cavaliers et les tantassins qui les accompagnent font un grand

{i) Prov. , xviii, 3.

(2; Act., XII, 6.

bruit, de sorte que plusieurs personnes accourent pour voir ce dont il s'agit. Le jeune Frère Henri, que nous avons vu porter la bannière à l'entrée dans la ville et qui a été séparé des autres captifs, est maintenant au milieu dieux. Comme il a passé quelque temps parmi les hérétiques et que sa foi n'est pas des plus robustes, le gardien le recommande au Père Jérôme de Weert, en le priant de le préparer par une bonne confession au repentir de ses faiblesses et aux rudes combats qu'il aura à soutenir.

Ne doutant i)lus du sort qui les attend, les prêtres séculiers et réguliers se font une dernière fois, les uns aux autres, l'humble aveu de leurs fautes, et, munis de l'absolution sacramentelle, ils marchent avec joie au supplice. La populace, toujours avide de spectacles barbares, sort en foule, réveillée par le tumulte du cortège et vient encore insulter aux martyrs.

Non loin de Brielle, dans la campagne, s'élèvent les ruines du couvent de Rugge, dont nous avons dit un mot en retraçant la vie de Jean d'Oosterwyck. C'était naguère une maison florissante de chanoines réguliers de l'Ordre de Saint-Augustin, établie sous le vocable de s.iinte Elisabeth. Les Gueux l'ont saccagée, et, de toute son ancienne splendeur, il ne reste plus qu'un grand corps de bâtiment qui a l'aspect d'une grange. Le lieu semble propre au dessein des exécuteurs de la sentence du comte de la Mark.

Ils font entrer les prisonniers dans une vaste pièce, où il

y a deux poutres d'inégale longueur, qui ont échappé à la dévastation générale. En les voyant, les bourreaux s'écrient: « Voici deux potences toutes préparées, cela nous évitera la peine de dresser celle que nous avons apportée ; quelle chance ! Aussitôt les condamnés sont dépouillés de tous leurs vêtements ; leur pudeur se révolte, mais ils se résignent à cette ignominie en pensant à la sainte victime du Calvaire.

A cette heure dernière, ils tournent les yeux vers le ciel et s'encouragent mutuellement à la constance. Encore quelques instants de souffrance, encore quelques efforts et la couronne immortelle va briller sur leurs fronts. Courage ! glorieux défenseurs de la Foi ; les anges et les saints vous contemplent du haut des demeures éternelles ; Jésus- Christ, le Roi des martyrs, s'avance au-devant de vous pour vous recevoir dans le séjour de la félicité. 0 vous, que la douleur effraie, que du moins la pensée de la récompense vous ranime I

Le révérend Père gardien est appelé le premier. Avant de monter à l'échelle fatale, il embrasse tous ses religieux et les exhorte à demeurer unis dans la même foi, comme ils l'ont été sous la même règle ; puis il ajoute en les quittant : « Nous ne serons pas longtemps séparés, mes bien chers Frères, je vous attends tous auprès du trône de Dieu ; que pas un de vous, par une indigne lâcheté, ne perde cette occasion précieuse qui lui est offerte de jouir du bonheur inGni. »

11 s'avance radieux, et gravissant les échelons d'un pied assuré, il adresse encore la parole à ses compagnons et ne cesse de les encourager à se montrer, comme lui, fermes et inébranlables dans leur attachement à l'Eglise romaine. Mais bientôt la voix expire sur ses lèvres, la corde, en lui serrant le cou, a intercepté la respiration ; il se débat dans les convulsions de l'agonie, et un instant après, la belle âme de Nicolas Pieck, séparée de son corps, s'est envolée dans le sein du Très-Haut. Quoique parvenu à un degré de science et de vertu que d'autres atteignent à peine dans un âge avancé, le premier des martyrs de Gorcum n'avait que trente- huit ans, lors de sa mort héroïque.

Les hérétiques qui assistent au dénouement de cette horrible tragédie redoublent d'efforts pour gagner à. leur parti les plus jeunes religieux. Un prédicant, entre autres, s'efforce de les capter par des paroles insidieuses et emploie toute son éloquence à les convaincre que pour échapper au supplice, ils n'ont qu'à renoncer h cette religion papistique, qui a fait son temps. Omal qui cependant a reçu l'ordre formel de ne faire grâce à aucun des condamnés, le laisse argumenter librement. D'où vient cette étrange tolérance?... L'apostat, qui connaît parfaitement le caractère de son maître, pense sans doute que les vapeurs de l'ivresse dissipées, le comte de la Mark n'inquiétera pas ceux qui auront renoncé au catholicisme, le principal objet de sa haine ; et l'on peut aussi vraisemblablement supposer que le trans-

fuge de l'Eglise catholique ne serait pas fâché d'avoir des imitateurs.

Le missionnaire calviniste rencontre de terribles antagonistes dans Jérôme de Weert, Nicaise de Heeze et les deux curés de Gorcum. Ce sont eux qui continuent l'œuvre du Père gardien en soutenant les faijjles et fortifiant les moins courageux de leur société. Quand ils les voient hésiter ou s'embarrasser dans leurs réponses, ils viennent à leur secours en tenant tête au prédicant. a Confessez simplement votre foi, disent-ils aux moins expérimentés, nous nous chargeons de la discussion. » Et comme les Gueux insistent auprès des Frères-lais et des novices pour les faire renoncer au Pape, en leur promettant la vie sauve, le Père Nicaise indigné, s'écrie : « Pourquoi les tourmenter ainsi. Ils n'accepteront point vos propositions, car ils sont décidés à vivre et à mourir avec nous. :»

Cependant le bon Franciscain est bientôt en proie à une affliction qui lui déchire le cœur. Le Frère Henri, cet adolescent confié à la sollicitude du vicaire, interrogé sur son âge, répond qu'il n'a que seize ans, quoique, en réalité, il en ait dix-huit ; et c'est, sans doute, pour exciter la pitié qu'il commet ce mensonge (1). En effet, touchés de sa jeunesse, les soldats le délient et le font passer de leur côté. Les saints confesseurs sont consternés ; les hérétiques triomphent. Pauvre novice ! tu quittes la compagnie des

(1) Ce mensonge n'est point une apostasie, mais bien la retraite du novice dans la société des hérétiques.

servUeurs de Jésus-Christ pour entrer dans celle des ministres de Satan ! Ali ! que ton sort est à plaindre !

C'est maintenant le tour du Père Jérôme de Weert de marcher au supplice. Le pieux pèlerin de Jérusalem, profondément attristé de la faute du Frère Henri, son pénitent, dit au prédicant qui l'exhorte, lui aussi, à renoncer à la superstition romaine et à emhrasser la pure doctrine de l'Evangile :« Retire-toi, impudent trompeur, c'est le démon qui parle par ta bouche. Crois-tu, qu'à ce moment suprême, je manque d'énergie ; s'il en était ainsi, il me faudrait d'autres encouragements que les tiens. Ce qui me touche le plus et me désole justju'au fond de l'âme, c'est la perte de ce malheureux novice, circonvenu par tes discours perfides ; tu répondras de lui devant Dieu. »

Les soldats, irrités de ce langage, se précipitent sur le martyr et lui déchirent le visage à coups de couteau. Celuici récite tout bas les li,tanies des Saints ; il ne fait entendre aucune plainte. Remarquant sur sa poitrine des croix qu'il y avait fait empreindre (1) dans son voy;ige en Terre- Sainte, les ennemis de notre sainte religion arrachent ces signes sacrés en enlevant la peau où ils se trouvent gravés. Jérôme de Weert se laisse passer la corde autour du cou, et, lorsqu'il est suspendu, il adresse encore à ses compa-

(1) A cette époque les pMerins de Jérusalem se faisaient souvent tracer sur le corps, au moyen de piqûres profondes, sur lesquelles on passait ensuite une liqueur colorante, l'image de la croix ou d'autres emblèmes de la Passion du Sauveur.

gnons des paroles pleines de force et d'onction, auxquelles succède le silence de la mort.

Estius rapporte qu'arrivé aux premiers de?rés de l'échelle, le vicaire, fatigué des obsessions du ministre calviniste qui le poursuit jusque-là, le repousse vivement du pied et le fait tomber à la renverse (1). Cette action, que l'historien constate sans l'apprécier, paraît surprenante dans un ministre de Jésus-Christ et ne peut trouver d'excuse que dans le mouvement spontané (2) d'une juste indignation. Le second de nos martyrs entrait dans sa cinquantième année lorsqu'il perdit la vie pour la défense de la foi catholique.

Nicaise de Heeze et Nicolas Poppel manifestent un égal courage en présence de la mort et confessent, jusqu'au dernier soupir, leur attachement inviolable à l'Eglise fondée par le Sauveur et gouvernée par le successeur du Prince des Apôtres. Godefroy Yan Mervel, le sacristain du couvent de Gorcum, qui repasse dans son esprit les principales circonstances de la passion du divin Maître, dit en montant au gibet : « Seigneur, pardonnez à mes bourreaux, car ils ne savent ce qu'ils font. » Il était âgé de soixante ans; Nicaise de Heeze et Poppel étaient nés en 1522, la même année que Jérôme de Weert, le vicaire du couvent de Gorcum.

(1) Hist. Martyr. Gorcom. lib. II, cap. xxii, p. 160.

(1) On appelle ■mouvements spontanés ceux qui s'exécutent sans la participation de l'esprit, c'est-à-dire avant toute réflexion.

Les autres confesseurs écoutent attentivement Léonard Yan Vecliel qui, plein d'un noble enthousiasme, leur retrace les combats des premiers défenseurs de l'Evangile et leur dit : « Ce sont nos pères dans la Foi et nos modèles; montrons que nous n'avons pas dégénéré de la noblesse de nos ancêtres ! » Mais lorsqu'il est appelé lui-même au sui)plice, il semble que la tristesse s'empare de son âme. Quoi donc ! illustre orateur, trembleriez-vous aujourd'hui pour la première fois ? Gardons-nous bien de le penser. En allant cueillir cette palme du martyre qu'il ne céderait pas au prix de tous les biens de la terre, il songe à sa mère qu'il sait mourante et qu'il n'a pu revoir, et, dans sa tendresse filiale, il s'écrie : « La mort me rendra heureux ; mais vous, mère chérie, comment vous résignerez-vous à la perte de votre fils ? »

En proie à cette idée poignante, Léonard s'avance lentement vers la poutre où pendent déjcà les corps de quelquesuns de ses compagnons; Godefroy Yan Duynen, étonné de son peu d'empressement et craignant qu'il n'éprouve une impression de faiblesse humaine, lui crie très -fort : « Hâtezvous, maître Léonard, de vous rendre au festin qui vous attend dans le ciel, où se célèbrent les noces de l'Agneau (1), je ne tarderai pas à vous y rejoindre. » Rappelé par ces mots au sentiment de sa situation présente, l'intrépide curé gravit rapidement les échelons et, arrivé à la hauteur vou-

(1) Apoc, XIX, 7, 9. Dans le langage des Saintes-Ecritures les noces de l'A- , gneau signifient ou le banquet cuciiaristique, ou la félicité des saints.

lue, il jette un regard |)lein de gratitude sur le vieillard, remet son âme entre les mains de Dieu, proteste encore de son dévouement à la foi catholique et meurt comme un vrai soldat de Jésus-Christ, à l'âge de quarante- cinq ans.

Nous passons sous silence le supplice de plusieurs de nos saints martyrs qui n'offre aucun intérêt particulier, et nous arrivons à celui de l'ancien recteur de l'Université de Paris, Godefroy Van Duynen, qui fut exécuté le dernier. Ce prêtre septuagénaire, atteint, comme nous l'avons dit, d'une infirmité cérébrale, inspire, par l'aménité de son âme, un sentiment de sympathique respect à tous ceux qui le connaissent. Quelques-uns des soldats, moins insensibles que les autres, en le voyant s'approclier tout rayonnant de joie, disent : « Oh ! pour celui-ci, à quoi bon le pendre ? C'est un innocent qui n'a pas la tête à lui. » Mais, plein du désir de suivre ses compagnons dans la gloire éternelle, il s'écrie : « Je vois les çieux ouverts, il me tarde d'être réuni à mes frères. »

Puis, s'adressant à tous les assistants, il leur dit : « S'il en est parmi vous que j'aie pu ottenser, je les prie de me pardonner pour l'amour de Dieu. •>■> Telles sont les dernières paroles que prononce le vieux confesseur avant de fermer les yeux à la lumière. Les hommes féroces qui ont contribué à sa mort ne peuvent s'empêcher d'exprimer quelques regrets. Peut être, disent-ils, si on lui eût conservé la vie,

eût-il renoncé au papisme; ne l'avons-nous pas entendu nous demander pardon ?

En raisonnant ainsi, ils se faisaient illusion ; Van Duynen, toujours ferme dans la foi catholique, n'avait imploré des hérétiques que l'oubli des fautes que la fragilité humaine aurait pu le porter à commettre à leur égard. Au milieu des plus terribles épreuves, Dieu a permis que le vénérable martyr ait été constamment en possession de toutes ses facultés mentales. On ne saurait citer de lui un seul acte, un seul mot qui n'ait été digne de la noble cause qu'il défendait.

Si nous voulons montrer maintenant combien les deux curés de Gorcum avaient raison en mettant leurs paroissiens en garde contre les fallacieuses assurances des rebelles, il nous suffira de choisir, entre plusieurs, le fait suivant qui se rapporte à Van Duynen. Une de ses parentes, quoique gagnée aux idées nouvelles, redoutant néanmoins que le supplice ignominieux de Godefroy, qu'elle n'atfectionnait nullement, ne fût une tache pour sa famille, offrait une forte somme d'argent pour sa délivrance. Les Gueux, en cette circonstance, ne voulurent point se relâcher de la rigueur qu'ils commençaient à faire paraître, enivrés qu'ils étaient par leurs succès. Cette conduite de la part de ceux qui se qualifiaient de libérateurs et de bienfaiteurs, dut donner h réfléchir à la néo-calviniste et à tous ceux qu'elle informa de son échec. Du reste, les nouveaux maîtres des Pays-Bas se mirent peu en peine de faire oublier, par une

administration modérée, ce qu'ils appelaient eux-mêmes les rigueurs de la tijrannie espagnole.

En racontant la mort héroïque des saints martyrs, nous étions saisi d'admiration ; notre âme, touchée de tant de magnanimité, était ravie au-dessus des choses de la terre ; il nous finit, hélas ! nous livrer encore à la douleur. Nous verrons bientôt reparaître sur le théâtre des événements dont nous faisons le récit, le jeune Frère Henri, que nous avons laissé parmi les méchants, et nous le suivrons dans ses vicissitudes jusqu'à la fin de sa carrière. Une défection, plus honteuse que celle du novice, nous jette en ce moment dans la consternation ; nous ne pouvons cependant nous dispenser de la divulguer.

L'un des Frères-Mineurs, nommé Guillaume, natif de Liège, avait déjà plusieurs fois contristé ses supérieurs par la légèreté de son caractère. Dès le commencement des troubles, il s'était jeté dans le parti des Gueux et était revenu, au bout de quelque temps, implorer le pardon du gardien de son couvent. Peu après il retomba dans la même faute, et cette fois encore, témoignant du repentir, il obtint de rentrer dans l'Ordre des Frères-Mineurs. Envoyé à Gorcum sous la paternelle direction de Nicolas Pieck, le moine pénitent paraissait complètement revenu de ses erreurs et désormais attaché irrévocablement à la règle de Saint-François.

Renfermé avec les autres religieux dans la citadelle et soumis aux mêmes épreuves, Guillaume n'avait rien fait

qui pût inspirer des craintes sur la sincérité de son retour à la foi catholi(]ue. Il marchait donc au supplice avec ses frères et s'entretenait avec eux des espérances de la vie future, lorsque les hommes du comte de la Mark se mirent en devoir d'exécuter sa sentence. Quelques-uns des compagnons de Guillaume, ont sous ses yeux, monté à l'échelle avec une. intrépidité bien propre h lui inspirer du courage; mais appelé à son tour, le malheureux tremble de tous ses membres et s'écrie en français : a Grâce ! grâce ! je ne veux pas mourir. »

Ceux des soldats qui comprennent son langage, lui disent : a Eh bien I renonce au pape et à l'idolâtrie romaine! — M'accorderez-vous la vie sauve? — Nous te le promettons. — Alors je me range de votre côté. »

A peine a-t-il prononcé ces mots que les mercenaires le délient, lui donnent un manteau, un casque et une hallebarde, pour qu'il ne soit pas reconnu, et le font sortir clandestinement. Le triple apostat ne jouit pas longtemps de cette existence si chèrement achetée. Enrôlé de nouveau au service des Gueux, il se livre à tous les désordres et s'endurcit dans le crime. Ornai le prend en faveur et le place chez le comte, son maître ; mais il ne tarde pas à s'apercevoir que son protégé abuse de sa confiance. En effet, convaincu de vol, Guillaume fut pendu le 28 septembre, deux mois et demi après la mort des saints martyrs qui eut lieu le 9 juillet 1572.

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