CHAPITRE TI
Jérôme de Weert. — Théodoric Van Emden. — Nicaise Janssens.
1. — Weert, ville des Pays-Bas, près de Ruremondc et dans le comté de Horn, vit naître Jérôme et lui donna le surnom sous lequel la postérité le vénérera désormais. Il
(1) Hist. Martyr. Gorcom. lib. ni, cap. IV.
naquit en 1522. Nous n'avons aucun détail sur les premières années de notre saint martyr. Il est certain que sa science et sa vertu s'étaient manifestées dans plusieurs circonstances, puisque nous le voyons occui'er le poste de vicaire ou vice-gardien dans le couvent des Frères-Mineurs à Gorcum. c'est-à-dire la plus haute charge, après Nicolas Pieck.
Tout ce que l'histoire nous apprend à son sujet, c'est qu'autrefois, avant d'arriver à cette dignité, il avait fait le voyage de la Terre-Sainte et résidé pendant quelque temps dans une maison de son Ordre à Jérusalem. Cette particularité lui avait valu le titre de pèlerin ou de chevalier de Jérusalem, selon la coutume d'alors. Le récit de ses pieuses pérégrinations à Gethsémani, au Golgotha, au Saint-Sépulcre, au Cénacle, au Thabor, à la montagn.e des Oliviers, ont dû bien des fois fixer l'attention de ses auditeurs. Comme il avait puisé l'amour de Jésus-Christ aux sources mêmes où le Sauveur l'avait fait couler avec plus d'abondance, il en était tellement rempli qu'il le déversait à pleines mains dans ses discours, et touchait par là les cœurs les moins sensibles.
La vertu qui brilla le plus dans Jérôme fut l'obéissance, aussi se montra-t-il toujours d'une fidélité admirable à la discipline religieuse. Il recevait avec bonheur les ordres du Père gardien et sa joie était au comble, quand, dans leur exécution, il pouvait exercer son zèle pour le salut des âmes. Détaché des choses de ce monde qui n'ont trait qu'au
bien-être et aux douceurs de la vie présente, il se plaisait également dans tous les lieux où l'envoyaient ses supérieurs; de la solitude la plus triste, il se faisait un paradis terrestre. Il faut avoir éprouvé dans son cœur, ce que peuvent l'amour du devoir et de la soumission, pour apprécier les satisfactions pures que goûtent les âmes qui ont tout quitté pour servir Dieu plus librement, et qui, au milieu de la corruption du siècle, mènent sur la terre la vie des anges.
« Gomme Dieu, dit un grand orateur, dispense ses lumières et partage ses grâces selon les divers ministères où il nous emploie, on peut dire qu'il éclaire plus abondamment ceux qui doivent éclairer les autres et les gouverner ; qu'il les inspire et les conduit lui même (1). » Jérôme de Weert apprit beaucoup en pratiquant l'obéissance ; il devint non-seulement capable de commander à des hommes comme lui, mais d'exercer son pouvoir jusque sur le démon, le plus terrible ennemi du genre humain. En récompense de son abnégation, Dieu lui accorda de si grandes lumières et une telle autorité qu'il vit bientôt accourir à lui, de toutes parts, les malheureux en proie à la tentation, au doute ou au désespoir. Habile à déjouer toutes les ruses de l'esprit de malice, il ne se laissa jamais surprendre par des apparences trompeuses; il fut, en un mot, ce bon et fidèle serviteur, dont parle l'Evangde, car il se dévoua sans réserve à la gloire de Dieu, son maître, et s'efibrça
(A)Bourda.loue, Exhort. sur l'Obéissance religieuse.
toujours de la procurer en triomphant de l'enfer et du monde.
Oiioi(|ue vivant loin du tumulte des affaires, rien de ce qui touchait à l'honneur de son pays ne lui était indifférent. Une sédition éclate à l'occasion d'un nouvel impôt ; les Gueux attisent le feu de la révolte ; les méchants sont dans la jubihition ; les bons tremblent ; Jérôme ne craint pas de déplorer publiquement cet état de choses. « Qu'est devenu, s'écrie-t-il, avec larmes, qu'est devenu le zèle pour la Religion et l'intégrité de la Foiï Les lois sont méprisées, les hérésies pullulent, et personne ne s'y oppose, ou du moins on n'y oppose qu'une résistance insuffisante, l'Inquisition dort. » Ces dernières paroles ne peuvent assurément être attribuées à la dureté de son cœur ; jamais homme ne fut plus charitable pour ses frères égarés ; mais pourquoi donc dit-il : l'Inquisition dort? C'est que considérée comme le faisait Jérôme, dans l'esprit de sa primitive formation, cette institution n'avait pas le caractère barbare que lui donna plus tard la politique espagnole (1). Pour la juger maintenant, il faut se reporter à l'époque d'Innocent 111, et aux mœurs du temps.
Si son attachement à la foi catholique lui faisait désirer qu'elle sortit victorieuse de la lutte où elle était engagée, ce n'est pas en maudissant ses ennemis, qu'il exprimait ses vœux, mais en pleurant sur eux et en s'efforçant par sa mansuétude de les retirer de l'erreur où ils étaient plon-
(1) Introduction, p. 3.
gés (1). Tous ceux qui ont connu le vicaire du couvent de Gorcum assurent qu'il y avait dans son langage quelque chose de si gracieux, de si noble et de si touchant, qu'on était toujours ravi de l'entendre. Estius compare sa voix harmonieuse à la harpe de David. Soit qu'il parlât d'une manière familière devant le peuple, ou en simple conversation, soit qu'il prononçât des discours solennels, il laissait après lui une profonde impression. Les esprits les plus farouches, les caractères les plus sauvages, les passions les plus violentes, s'apaisaient sous le charme de ses accents, comme autrefois Saiil en présence du Roi-Prophète. Mais hélas! un grand nombre se mettaient peu en peine de l'aller entendre.
Sa force et son courage au milieu des persécutions et sa constance dans les supplices, achèveront de nous le faire connaître plus amplement.
II. — Théodoric Van Emden, né en 1482 à Amersfort, dans la province d'Utrecht, appartenait à une famille riche et catholique, si nombreuse, que près de cent membres, sur la (in de sa vie, pouvaient l'appeler leur oncle. Ses parents, comme il arrive presque toujours, voyant ses dispositions pour l'état ecclésiastique, ne désiraient rien tant que de lui procurer un riche bénéfice, où il pût leur faire honneur et passer agréablement ses jours. Il n'est pas rare de
(1) Les paroles acerbes que lui prête Estius, en en déclinant le jugement, ne s'accordent g^^^e avecce que ce même historien dit quelques lignes après, où il déclare qu'il l'a connu lui-même comme un homme d'une remarquable mansuétude. Nous croyons avoir bien interprété la pensée du saint martyr.
LES MAUTYRS ni'] COliCUM 29
rencontrer cette ambition dans les familles même les plus chrétiennes, tant la voix du sang a d'influence sur l'esprit et le cœur.
A peine ses études terminées, on ofl'rit au jeune Théodoric une riche abbaye à la condition qu'il irait l'habiter et y ferait professioîi de la vie raonastitiue. Son intention étant d'embrasser la vie religieuse, pourquoi n'accepterait-il pas une offre si avantageuse ?... La Providence qui conduit tout par des voies cachées aux superbes, mais qui révèle ses desseins aux humbles, avait décidé qu'il ne se laisserait point entraîner par des vues humaines. C'est pourquoi, au grand étonnement de tous, il refusa. Les sollicitations et les prières des siens furent inutiles, l'amour de la pauvreté qui était profondément gravé dans son âme, l'emporta sur toutes les instances qu'on put lui faire,
La règle de saint François, dans sa primitive austérité, telle qu'elle se pratiquait chez les Observantins, lui parut le plus sûr moyen de tendre à la perfection. Après les épreuves du noviciat dont il s'acquitta avec un zèle qui prouvait son heureuse vocation, il se consacra entièrement à Dieu dans l'ordre des Frères Mineurs. La plus grande partie de sa vie se passa dans les occupations du saint ministère, à prêcher dans les villes et dans les campagnes, à remplir, en un mot, les différents offices que iui confièrent ses supérieurs. A l'époque dont nous nous occupons, c'està-dire lorsque la persécution des Gueux éclata, il était directeur spirituel des religieuses du monastère de sainte
Agnès, à Gorcum. Cette maison appartenait au tiers-ordre de Saint-François.
ce On ignore, dit le docteur Felir, de Tubingue, à quelle époque remonte l'apparition de ce tiers-ordre en Allemagne. On sait toutefois que ce n'est pas au-delà de 1395 (1), époque où la pieuse Angelina di Gorbaro fut sa fondatrice, en Italie. Née en 1377, la comtesse Angelina fut mariée au comte de Givitelle, et, après la mort de son mari, elle entra, en 1393, avec ses dames et ses demoiselles, dans le tiersordre de Saint-François, se vouant exclusivement au soin des pauvres et des malades. Après avoir surmonté d'incroyables difficultés, elle parvint à fonder, en 1395, son premier couvent à Foligno, dans l'Ombrie ; elle prononça les vœux solennels en y joignant celui de perpétuelle clôture. L'action salutaire de ces sœurs fut bientôt reconnue, et dès 1399 la ville de Foligno leur fit bcâtir un second monastère. Le pape Martin V, en 1421, leur accorda le droit de fonder d'autres couvents. Bientôt elles en eurent onze en Italie. Elles furent nommées en Allemagne, sœurs de Sainte-Elisabetb (2). »
On ne peut pas dire cependant que la bienheureuse reine de Hongrie ail été leur fondatrice, puisque l'hôpital qu'elle bâtit à Marbourg, en Hesse, n'était desservi que par des dames du monde, qu'elle avait formées à la charité, dans
(1) On peut même dire, ce nnus semble, au-delà de 1421, puisque c'est à cet te date seulement, que la bienheureuse Angi'le de Foligno fut autorisée à établir d'autres maisons de son Ordre.
(2; Uict. cncycl. de la Thcol. cat/iAom. XXIII, p. 439.
son palais. Si on a donné son nom à la congrégation' des religieuses dont il est ici question, c'est parce que longtemps avant, elle avait revêtu la livrée du tiers- ordre de Saint- François, et que, sous une autre forme, elle avait rendu cette institution populaire en Allemagne. Il ne faut donc pas confondre les dames de Sainte-Elisabeth, avec les sœurs du même nom.
Le couvent de Sainte-Agnès, à Gorcum, sous la conduite du Père Théodoric Van Emden, était très-florissant. Une foule de jeunes vierges fuyant les dangers auxquels leur innocence était exposée dans le siècle, étaient venues s'y réfugier comme dans une arche sainte, pour s'adonner uniquement à la prière et aux œuvres de la charité. Mais la vertu devant être éprouvée sur la terre, la guerre civile qui désolait les Pays-Bas, porta bientôt l'alarme jusque dans ce saint asile. Les religieuses furent dispersées; leur monastère livré au pillage, ne retentit plus des louanges du Seigneur ; un long deuil succéda aux joies pures qu'elles y avaient goûtées.
Théodoric, alors dans un âge avancé, avait conservé cette force de caractère qui l'avait distingué dès sa jeunesse. L'invasion des bandes indisciplinées qui, sous prétexte de secouer le joug de l'Espagne, se livraient à toute espèce de désordres, ne l'effraya pas pour lui-même, car en embrassant la règle de saint François, il avait renoncé à tout. Il était donc prêt à donner sa vie, comme un dernier holocauste, à Jésus qu'il avait tant aimé. Ce qui exci-
tait ses larmes et ses frayeurs, c'était la vue de tant de chrétiens pusillanimes, (|ui pour éviter des souffrances passagères, renonçaient à la foi et aux espérances du ciel.
in. — Nicaise Janssens, né en 1522, hérita du nom de Heeze, que plusieurs membres de sa famille avaient illustré, et qui leur était venu du village dont ils étaient originaires. Son oncle paternel, Théodore van Heeze, qui avait occupé un emploi important ta Rome , auprès du pape Adrien VI, était en grande considération dans le pays de Liège. Les parents de Nicaise ne négligèrent rien pour lui faire donner une bonne éducation, et l'on verra que leurs conseils et leurs exemples produisirent d'excellents fruits.
Envoyé tout jeune à l'Université de Louvain , il s'y exerça d'abord aux arts libéraux, comme on disait alors, c'est-à-dire à l'étude des lettres et des sciences; puis, comme il se sentait de l'attrait pour le sacerdoce, il s'appliqua entièrement à la théologie. Il se distingua au collège d'Adrien VI, appelé aussi collège pontifical, et, après les plus sérieuses épreuves qu'il subit avec honneur, il fut honoré du titre de bachelier. Dans cette célèbre Université, le règlement concernant les promotions aux grades a toujours été très-sévère et il l'est encore aujourd'hui. Ce n'est qu'après quatre années d'étude qu'on peut aspirer au diplôme du baccalauréat, à celui de la licence, après six, et le doctorat ne s'obtient qu'après neuf ou dix ans d'assiduité. Il ne faut donc pas s'étonner si nous mentionnons avec soin un fait qui peut-être aurait semblé peu important
à quelques personnes ; nous tenons à honorer la science, surtout quand elle se trouve unie à la vertu.
Nous ne pouvons préciser répo(|ue de son entrée dans l'ordre des Frères-Mineurs ; ce que nous savons de source certaine, c'est qu'il y brilla par sa connaissance approfondie des Saintes Ecritures. Il récitait par cœur tout le nouveau Testament et les P.saumes de David ; les autres livres de la Bible lui étaient aussi très-familiers. Adonné par goût à la vie contemplative, personne mieux que lui n'était apte à découvrir le sens mystique de la parole de Dieu. II y excellait tellement que les discours qu'il adressait aux religieux et aux personnes versées dans les saintes Lettres, avaient une si grande élévation, qu'il eût été impossible au peuple de les comprendre.
On se ferait néanmoins une fausse idée de son caractère, si ce que nous venons de dire portait à croire que son ministère était infructueux auprès des pauvres et des ignorants. Comme le* grand Apôtre, il savait se faire tout à tous (1), c'est-à-dire qu'il parlait à chacun de ceux qui avaient recours à lui, le langage le plus propre à le convaincre de la vérité, ou cà l'affermir dans le bien. Ses avis étaient toujours appuyés sur la Sainte Ecriture et les écrits des Pères de l'Eglise. Dans les difficultés qu'on lui proposait, il alléguait h propos les paroles et les exemples des saints ; il combattait par là les préjugés populaires contre certaines pratiques de la Religion, démontrait que la foi
(<) I Cor., IX, 22.
n'est point l'ennemie de la science, et faisait apprécier les avantages de la piété.
C'était principalement au saint tribunal de la pénitence que le Père van Heeze trouvait plus souvent le moyen d'exercer son zèle et de mettre à profit ces vastes connaissances. Les pécheurs touchés de la grâce, les esprits vacillants dans la Foi, les âmes affligées, les cœurs malades, tous ceux, en un mot, qui avaient besoin de conseil, de lumière, de force, de consolation et de remède, accouraient à lui. Un fait qui prouve sa discrétion et sa prudence, c'est que quand une personne pieuse venait le consulter pour un cas particulier, il la renvoyait à son confesseur ordinaire, (c Votre directeur habituel, lui disait-il avec bonté, vous connaît mieux que moi, il est donc en état de vous mieux conseiller. » Ce n'est pas qu'il refusât tout avis, mais il voulait faire entendre par là que pour juger, il faut une étude approfondie de la cause.
Le temps bien court que lui laissaient ses nombreuses occupations, il l'employait à traduire du latin en flamand, les livres qu'il jugeait propres à contribuer à la gloire de Dieu et au salut des âmes. Il en copiait lui-même plusieurs exemplaires pour les distribuer avec libéralité aux fidèles dont il avait la direction spirituelle, et surtout à ceux qu'il savait en avoir le plus de besoin.
Nous remarquons comme un trait touchant de sa vie, sa pieuse et tendre sollicitude à l'égard de sa tante maternelle, nommée Lucie. Cette femme, après avoir joui d'une bril-
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lante santé, dans sa jeunesse, fut plus lard éprouvée par l'infirmité. Perdue de tous ses membres par la paralysie, il lui était devenu impossible de se mouvoir; on la transportait, sur son siège, d'un lieu à un autre. Dans cet état de langueur, il est difficile de ne pas se livrer à l'ennui et à la tristesse. Lucie, il est vrai, se résignait à la volonté de Dieu et trouvait dans la méditation et la prière, de grandes consolations. Nicaise en apprenant le coup qui l'avait frappée, s'empressa de se rendre auprès d'elle pour lui prodiguer les marques de son dévouement et de son respect, et, tous les ans, avec la permission de son supérieur, il la visitait, l'encourageait et lui donnait les preuves les plus touchantes d'aifection. Qu'on ne vienne plus nous dire maintenant que l'austérité monacale rend le cœur dur et insensible.
Après les premiers troubles excités par les Gueux, dans les Pays-Bas, il se fit un grand calme dans l'Eglise néerlandaise. Les catholiques rassurés se livraient déjà aux douceurs de la paix, en pratiquant, en toute liberté, les saints exercices de leur culte. Tout semblait rentrer dans l'ordre accoutumé ; la faction ennemie, battue dans plusieurs combats (1), avait déposé les armes. Cette tranquillité apparente ne séduisit point Nicaise.
Inspiré, sans doute, de l'esprit de Dieu, il prédit que dans peu de temps, il s'élèverait une si grande persécution,
(\) La plus grande défaile des Gueux eut lieu à Soclin, ville appartenant aujourd'hui à lu France, dans le département du Nord, à 9 kilomt'tres sud de Lille,
que les vrais fidèles, pour échapper à la fureur des hérétiques, seraient contraints de se réfugier dans les forêts et dans les cavernes, comme autrefois les Juifs, du temps d'Antiochus Epiphane. La plupart de ses concitoyens ne voulurent point ajouter foi à ses paroles, quelques-uns même les tournèrent en dérision. C'est ainsi que, dès les premiers temps du monde, Noé fut en butte aux sarcasmes et aux railleries, que plus tard les prophètes d'Israël furent souvent méprisés, et que Jésus-Christ lui-même annonçant les malheurs de Jérusalem, rencontra tant d'indifférence et d'incrédulité. On n'était donc pas disposé à croire légèrement aux dangers qu'il montrait imminents : il fallut la voix des événements pour lui donner raison.
En effet, quelques mois s'étaient à peine écoulés, que les Gueux, toujours soudoyés par le prince d'Orange, reparurent plus audacieux que jamais, dans les provinces qu'ils avaient abandonnées. Répandant partout la terreur et le venin de l'hérésie, leur passage était signalé par de lâches et nombreuses défections dans la foi catholique. Le pillage, l'incendie des édifices sacrés, les mauvais traitements infligés aux prêtres et à toutes les personnes consacrées à Dieu, les menaces et les cris de proscription contre les membres de l'Eglise romaine, démontrèrent clairement alors que Nicaise van Heeze n'avait point agi inconsidéremment, en parlant comme il l'avait fait.
Au milieu de ces calamités qui fondaient de plus en plus terribles sur sa patrie, il ne se montra ni étonné, ni dé-
courage. Comme le vSauveur Jésus, il aimait son pays et pleurait sur ses malheurs, mais ce qui, à l'exemple du divin Maître , l'affligeait davantage, c'était la perte des âmes. Nous le verrons, pendant sa captivité, encourager ses frères, les fortifier par l'assurance et la tranquillité de son esprit ; enfin, prier jusqu'à son dernier soupir, pour les méchants qui le maudissaient, en lui donnant la palme du martyre.