CHAPITRE IV Léonard Van Vechel, curé de Gorcura
Le plus ancien curé de Gorcum, Léonard Van Vechel, était né à Bois-le-Duc, ville fort célèbre du Brabant, en 1527, de parents vertueux et très-attachés à la foi catholique. Les bons principes qu'il reçut dès son enfance, le formèrent de bonne heure à une vie sage et édifiante; nous verrons qu'il les fit fructifier jusqu'à sa mort. ^
Après avoir reçu les premières notions de l'enseignement sous le toit paternel, il s'appliqua à l'étude du latin dans sa ville natale où il y avait une école florissante. Il fut plus tard envoyé à Louvain pour achever ses humanités et suivre les cours de dialectique et de physique, au collège du Faucon. Son application, jointe à un talent réel, lui obtint le plus grand succès, puisqu'il fut bientôt honoré du titre de maitre-ès-arts.
Comme il aspirait à autre chose qu'à enseigner les belles-
lettres et la philosophie, (noble mission, sans doute, etqu'il eût remplie dignement,) il entra au collège d'Adrien VI, et pendant neuf années consécutives, il s'y livra avec ardeur aux études théologiques. Dénué de tonte autre ambition que celle de travailler à la gloire de Dieu, il se contenta du grade modeste de bac/ifilier, mais ses vastes connaissances et sa science profonde le firent briller au millieu des plus grands théologiens et lui valurent la charge de prieur. On appelait ainsi le préfet des études qui présidait aux exercices des bacheliers. Malgré ses nombreuses occupations, il se fit un devoir de paraître dans la chaire de vérité, chaque fois qu'on l'en pria, et ses instructions, pleines de force et d'onction, faisaient pressentir dès lors ce qu'il devait être un jour, c'est-à-dire un grand orateur, un pasteur selon le cœur de Dieu et un saint.
Sur ces entrefaites, il arriva que les habitants de Gorcum se trouvèrent sans curé, le leur étant mort. D'après l'avig de l'autorité ecclésiastique, ils recoururent à l'Université de Louvain dont l'enseignement si orthodoxe a donné tant de défenseurs à l'Eglise catholique et supplièrent le chancelier Messire Ruard Tapper de leur procurer un pasteur de son choix. Après y avoir mûrement réfléchi, le chef de l'Université jugea que nul, plus que Léonard Van Vechel, n'était apte à remplir ce poste honorable. Ce n'est pas sans regrets qu'il consentit à se séparer d'un prêtre dont il avait pu apprécier tout le mérite, mais animé lui-même d'un saint zèle pour le salut des âmes, il fit taire
la voix de son cœur pour n'écouter que celle de Dieu.
Léonard, lorsqu'il lui annonça sa décision, fut vivement impressionné ; il demanda quelques jours pour songer à une affaire si importante, et son humilité s'effrayant à la vue d'une si grande responsabilité, il chercha un prétexte honnête de refus. Mais le chancelier et ses autres amis revenant toujours à la charge, il se décida, non sans crainte, à assumer sur sa tète, le poids de la solHcitude pastorale. Estius raconte, d'après Guillaume Lindanus, évéque de Ruremonde et ensuite de Gand, que dans une de ses leçons, Ruard Tapper avait proféré ces paroles : « Il y en a parmi vous quelques uns qui seront mis à mort en haine de Jésus- Christ et de la foi catholique (1). » Or comme Léonard était au nombre de ses auditeurs, nous verrons plus tard comment elles ont été prophétiques h son égard.
Arrivé à Gorcum, le nouveau curé est encore saisi de frayeur à la vue des devoirs si nombreux qu'il a à remplir, et il s'écrie : « Qu'ai-je fait, hélas ! pourquoi ai-je consenti à me charger de ce pesant fardeau ? » Bientôt cependant, il trouve dans la charité qui remplit son âme, de puissantes consolations. Il se met de tout cœur au travail, il administre, il prêche, il entend les confessions, il s^ fait tout à tous ; ses paroissiens, ravis de son zèle, lui témoignent la plus haute estime.
Ce n'est point par des œuvres extraordinaires qu'on gagne le plus souvent la confiance du peuple ; si elles
(1) Hist. Martyr. Gorcom. lib. III, p. 202 et 203
excitent l'admiration, elles n'engendrent pas toujours l'amour. Léonard Van Vecliel sut se faire aimer par sa simplicité et la douceur de son caractère. L'intégrité de sa vie, son savoir et son éloquence le signalaient à l'estime publique ; ses relations quotidiennes lui ouvraient tous les cœurs. Déjà sa renommée avait franchi les murs de la ville, on accourait à lui de toutes parts. Combien de malheureux dévoyés du sentier de la vérité, il a remis dans le droit chemin ! Combien de chrétiens timides et hésitants, il a raffermis dans la foi catholique, par ses instructions à la fois solides et touchantes ! Un fait qui prouve jusqu'à quel point sa science était appréciée, c'est que dans une controverse théologique ([ui eut lieu à Louvain, on résolut le cas de conscience en question, en disant : « Telle est la pratique du curé de Gorcum. »
Le ministère de la parole qu'il exerçait avec tant d'autorité, ne lui fit point négliger ses autres obligations. Il sut joindre l'exemple aux avis qu'il donnait, et malgré un revenu fort modeste, il se montra toujours hospitalier, grand et généreux envers tous, libéral jusqu'à se priver lui-même, pour secourir les malheureux. Touchés de tant de dévouement, les magistrats de Gorcum, lui votèrent, à son insu, comme supplément de traitement, cent florins (1)
(1) Florin, monnaie d'or ou d'argent dont la valeur varie suivant les divers pays où elle est en usage. Cent florins pouvaient représenter une somme de 220 à 230 francs. Suivant les académiciens de la Crusca, le nom de florin vient de làjleur de lys qui entre dans les armes de la ville de Florence, où cette monnaie a pris naissance.
par an, afin de le mettre plus à l'aise, dans l'exercice de sa bienfaisance. Nous devons dire ici, que la persécution étant survenue, il n'a jamais rien touché de cette somme. Mais continuons à parler de sa tendre commisération à l'égard des pauvres. Il arriva, en ce temps, une grande disette de blé dans les Pays-Bas, et la famine s'y fit sentir avec toutes ses horreurs. Le bon pasteur se dépouille de tout, il ne songe plus qu'à la détresse de ses chères brebis. Il faut le voir à l'œuvre, on le rencontre partout : dans la maison du riche pour l'exhorter à la libéralité, dont il donne le premier l'exemple, et dans l'humble réduit de l'indigent pour prodiguer des secours et des consolations. Oh ! qu'il est ingénieux et prévoyant, cet homme de Dieu ! Quand vient l'été, il fait provision deiromages, de légumes, de mottes à feu et autres objets qu'il distribuera pendant l'hiver. Sa provision était déjà fort avancée, quand il subit le martyre, au mois de juillet. Loin d'exiger les honoraires qui lui étaient dûs à l'occasion de certaines fonctions, il remettait aux familles peu aisées une offrande bien supérieure à celle qu'elles auraient pu lui donner, trop heureux de trouver par là le moyen de leur adresser quelques bonnes paroles et de leur témoigner tout l'intérêt qu'il leur portait.
Une des fonctions les plus pénibles et les plus délicates d'un pasteur, est celle de la confession ; on ne se figure pas assez tout ce qu'il faut de sagesse, de prudence et d'expérience, pour s'en acquitter dignement. Léonard Van Yechel comprenait si bien l'importance de cette charge
qu'il ne la remplissait qu'avec une sainte frayeur. « Je préférerais, disait-il souvent, prêcher trois fois, que de me présenter une seule, au tribunal de la pénitence. » Ce n'est pas qu'il manifestât la moindre impatience quand les pénitents arrivaient en foule ; il voulait faire entendre seulement par là qu'il avait besoin de s'armer de courage pour écouter l'aveu d'une foule de fautes qui alarmaient sa vertu. 11 avait donc pour habitude d'appeler son Confessional, son pynbanck, c'est-à-dire son banc de peine et d'épreuve. Du reste, il agissait en tout et partout avec une liberté vraiment évangélique ; il ne faisait point acception de personnes, il reprenait les grands et les petits quand ils s'écartaient du devoir, et jamais on n'a pu l'accuser d'avoir fait des concessions à l'intrigue ou à la foitune. Soit qu'il parlât du haut de la chaire, soit qu'il exhortât en particulier les personnes qui s'adressaient à lui, il était toujours le même, plein de franchise et de sincérité. Tout son désir était de détruire le règne du vice, pour établir sur ses ruines, celui de la vertu.
Rigide observateur de la saine morale et de la discipline ecclésiastique, il s'éleva avec force contre un abus existant de son temps, abus qui compromettait la sainteté du mariage. Et, de nos jours encore, on ne saurait trop flétrir ces unions basées sur de simples conventions humaines, et qui n'ont point reçu la sanction de Dieu, représenté par son ministre. Quelques instances qu'on lui fit, il ne voulut jamais admettre d'hérétiques comme parrains ou marraines
des enfants qu'il était appelé à baptiser, mais il savait tempérer son refus par une ineffable douceur. Les saints canons, qui défendent de donner des noms païens ou fabuleux aux enfants des chrétiens, lors de leur régénération, trouvèrent également en lui un courageux défenseur.
La sollicitude pastorale du curé de Gorcum s'étendait non-seulement sur tous les catholiques, mais encore sur les hérétiques pour qui il était plein d'égards, espérant toujours les retirer du sentier de l'erreur. Il avait sans cesse présentes à la pensée ces paroles de l'apôtre saint Paul ; // ne jaut pas que le servite^ir de Dieu soit querelleur ; mais il doit être modéré envers tous, capable d'instruire, patient, reprenant avec douceur ceux qui résistent à ta vérité, dans r espérance que Dieu pour la leur faire connaître, leur donnera un jour l'esprit de pénitence, et qii ainsi ils sortiront des pièges du démon qui les tient captifs à son gré (1). C'était donc avec la plus grande bienveillance qu'il les recevait quand ils avaient affaire à lui, qu"il les assistait quand ils étaient dans le besoin, et qu'il leur rendait tous les services en son pouvoir. Quelques-uns d'entre eux, peu touchés de sa bonté et irrités de son zèle, brisèrent plusieurs fois, pour l'insulter, les vitres de sa demeure, à coups de pierres ; mais il ne perdait pas son calme, et le lendemain il faisait, sans se plaindre, réparer à ses frais, le dégât qu'on lui avait causé. Tant de mansuétude et de patience firent néanmoins impression sur
0) UTim. H, 2/< ctseq.
plusieurs partisans de l'hérésie ; ils voulurent se mettre en rapport avec un homme d'une vertu si admirable, et bientôt, éclairés et convaincus, ils abjurèrent leurs erreurs. Un membre de la secte des anabaptistes, l'une des plus fanatiques et des plus dangereuses que produisit le protestantisme (1) au seizième siècle, se fit surtout remarquer par son empressement à embrasser la foi catholique, dès qu'il fut convaincu, par les raisons que lui en donna le curé Léonard, qu'elle était la seule véritable, la seule prêchée par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Cet homme, qui s'était laissé persuader que les anabaptistes étaient en possession exclusive de la vraie parole de Dieu, reconnut alors qu'on l'avait trompé, et il s'attacha avec d'autant plus d'ardeur à la vérité qu'il regrettait vivement de s'être laissé séduire par l'hérésie. Avec quelle effusion il remerciait celui qu'il appelait son bienfaiteur et son maître ! Non-seulement il persévéra dans le bon chemin pendant la vie du curé de Gorcum, mais on rapporte que les tourments de la persécution ne purent, dans la suite, l'en détourner. Nous avons choisi ce fait entre beaucoup d'autres, parce que, de tous les héréticpies, ceux de cette secte ont tou-
(i) Luther avait fait dépendre l'efflcacité des sacrements de la Foi ; dès-lors, et dans la direction exclusivement spiritualiste du siècle, dans sa tendance à rejeter tout ce qui était extérieur dans l'Eglise, on devait nécessairement attaquer le baptême des enfants. C'est ce que firent Thomas Munzer et autres fanatiques, fondateurs de la secte des anabaptistes, ainsi appelés parce qu'ils condamnaient le baptême des enfants et rebaptisaient tous ceux qui avaient été baptisés à cet âge. Pour plus de détails, consulter : l'Histoire des anabaptistes, par le baron de Bussière, — Molher, Si/inbol. paragr. 55, — Annales Anahaptîstaruin, Ottii, Basil., 1672.
jours été les plus obstinés, et par consé(iuent les plus difficiles ta convertir.
Quand il était appelé au lit de mort de certaines personnes ou qui désiraient sincèrement revenir au catholicisme après l'avoir abandonné, ou qui se sentaient pressées par la grâce divine d'en faire profession avant de paraître devant le souverain Juge, le digne pasteur avait soin de leur adresser de touchantes exhortations, et il ne les admettait à la participation du corps adorable du Sauveur qu'après s'être assuré par une déclaration publique qu'il leur demandait, qu'elles croyaient fermement tout ce qu'enseigne la sainte Eglise, gouvernée par le pape, successeur de saint Pierre. Voulant traiter les sacrements avec toute la révérence qui leur est due, il ne se laissait influencer, dans leur administration, ni par les parents, ni par les amis des malades ; il les accordait donc ou les refusait suivant ce que lui disait sa conscience, lorsqu'il avait imploré le secours de l'Esprit-Saint.
Sa bienveillance à l'égard des brebis égarées de son troupeau ne l'empêcha pas, dans l'occasion, de se montrer ferme et inébranlable quand il s'agit de la vérité. Des ministres calvinistes ayant obtenu la permission de prêcher en dehors de l'enceinte de la ville, se mirent immédiatement à l'œuvre. Léonard leur fit demander, par les soldats de la citadelle qu'ils voulaient entraîner dans leur parti, au nom de qui ils étaient envoyés ; et, comme ils répondirent que c'était de la part du Très -Haut, comme autrefois les apôtres
de Jésus-Christ, il les fit sommer alors de donner des preuves de leur mission extraordinaire en accomplissant des miracles, comme les disciples du Sauveur. Le dimanche suivant, un grand nombre d'hérétiques et de séditieux se rendirent à l'église catholique où il devait prêcher, dans le dessein de l'intimider, et même de lui faire mal, s'il allait trop loin contre eux, car ils avaient des armes cachées sous leurs vêtements. 11 fut averti de ce complot, mais plein de confiance en la Providence, il monta en chaire et s'attacha, comme d'habitude, à réfuter les fausses doctrines qu'on s'efforçait de répandre au milieu du troupeau confié à ses soins. Etonnés de sa hardiesse et de son calme, ses ennemis se retirèrent en silence.
A cette époque malheureuse, pleine de troubles et de désordres, il arriva de honteuses défections, dans le clergé même. Des apostats qui, après avoir annoncé la vraie parole de Dieu, craignaient de compromettre leur fortune et d'endurer quelques tourments, eurent la lâcheté de se tourner du côté de l'hérésie. Pour justifier leur conduite, il y en eut qui poussèrent l'audace jusqu'à dire au peuple que jusqu'à présent ils l'avaient trompé, et qu'en enseignant la religion papiste ils avaient agi contre leur conscience. Léonard, profondément attristé à la vue d'un pareil scandale, leur répliquait avec beaucoup de raison : « Vous ne pouvez tromper une seconde fois des hommes prudents ; en effet, si vous reconnaissez avoir agi de mauvaise foi, en préchant ouvertement une doctrine que vous saviez être
fausse, qui assurera maintenant qiie vous êtes sincères? On peut excuser celui qui, croyant être dans la vérité, enseigne l'erreur, parce que, malgré son égarement, il parle en toute conviction. Et bien plus, s'il vient à reconnaître qu'il s'est égaré, et si, touché de la grâce de Dieu, il en fait humblement l'aveu, on doit croire à sa parole. Tels ont été saint Paul et saint Augustin. Mais le prédicateur qui déclare impudemment qu'il a semé l'erreur et abusé de la crédulité publique de son plein gré, pourrait-il inspirer la moindre confiance, quand bien même il dirait la vérité? »
Rappelons maintenant un fait qui achèvera de prouver tout l'attachement que le curé de Gorcum avait pour les devoirs de sa charge. Sur les instances de quelques amis, il avait, depuis deux mois, demandé à subir les épreuves de la licence en théologie, à l'université de Louvain, et le jour où il devait comparaître était lixé au huit juillet. Ce n'était point par vanité qu'il aspirait à ce grade, mais seulement pour mériter de plus en plus la confiance de ses paroissiens et combattre avec plus d'autorité les novateurs dangereux qui altéraient la pureté de la foi. Or, il arriva, au moment où l'on s'y attendait le moins, de nouveaux troubles ; les catholiques furent de nouveau exposés au danger, et Léonard, plus jaloux de protéger les siens que d'acquérir un titre honorifique, renonça h son voyage. Dieu ne tarda pas à le récompenser de ce sacrifice, car le lendemain du jour où ceux qui aspiraient comme lui à la licence
reçurent leur diplôme, il fut introduit dans le royaume des cieux et couronné de la main de Dieu.
Quoique son éloquence eût au loin excité l'admiration, il était si modeste et si réservé qu'il ne permit jamais qu'on ornât la chaire où il prêchait de draperies et de tapis ; c'est là, disait-il, une marque d'honneur réservée aux docteurs et aux licenciés qui donnent des sermons d'apparat. Quant au physique, Léonard Van Vechel était d'une taille moyenne, mais d'une santé robuste. Ses larges épaules, sa vaste poitrine, son visage ferme, lui donnaient un aspect imposant. Une voix grave et forte communiquait à ses discours de la majesté, et il était impossible, en l'entendant, de ne pas être impressionné. Sur ce point, ses amis et ses ennemis sont d'accord ; quel dommage, disaient ces derniers, qtiune telle langue pétrisse (I)! tant ils l'admiraient, malgré leurs préjugés contre lui.
Nous omettons ici plusieurs choses remarquables qui trouveront leur place dans le récit du martyre de ce généreux confesseur de la Foi, mais nous ne pouvons nous empêcher de lui appliquer les belles paroles que Bossuet fit entendre dans l'oraison funèbre du révérend Père Bourgoing, supérieur général de la Congrégation de l'Oratoire. En résumant ce que nous venons de dire de notre saint martyr, elles nous donneront la plus haute idée de ce que doit être l'éloquence chrétienne. Après avoir parlé de la
(1) O quantum detriinentum, c/uocl lalis lingua peritura sil. Hist. Martyr. Gnrconi. lib. III, p. 217.
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piété et (le la scienee de celui dont il fait l'éloge, l'illustre orateur s'écrie : « Je ne m'étonne donc plus s'il prêchait si saintement au peuple fidèle le mystère de Jésus-Christ qu'il avait si bien médité. 0 Dieu vivant et éternel, quel zèle ! quelle onction ! quelle douceur ! quelle force ! quelle simplicité et quelle éloquence ! 0 qu'il était éloigné de ces prédicateurs infidèles, qui ravilissent leur indignité jusqu'à faire servir au désir de plaire le ministère d'instruire ; qui ne rougissent pas d'acheter des acclamations par des instructions; des paroles de flatterie par la parole de vérité ; des louanges, vains aliments d'un esprit léger, par la nourriture solide et substantielle que Dieu a préparée à ses enfants ! Quel désordre ! quelle indignité! Est-ce ainsi qu'on fait parler Jésus-Christ? Savez-vous, ô prédicateurs que ce divin conquérant veut régner sur les cœurs par votre parole ? Mais ces cœurs sont retranchés contre lui ; et pour les abattre cà ses pieds, pour les forcer invinciblement au milieu de leurs défenses, que ne faut-il pas entreprendre? quels obstacles ne faut-il pas surmonter?...
» La parole de l'Evangile sortait de sa bouche, vive, pénétrante, animée, toute pleine d'esprit et de feu. Ses sermons n'étaient pas le fruit de l'étude lente et tardive, mais d'une céleste ferveur, mais d'une prompte et soudaine illumination (1). »
(1) Orais. fun. du R. P. Bourgoing.