ARS
— Et, surtout, du respect et de la politesse, comme je vous l’ai recommandé.
— Comme si c'était madame votre mère ellemême, monsieur le baron.
— C’est bien. Tenez les chevaux en repos et attendez.
A ces mots, l’homme quitta le grand chemin, se jeta dans un «entier de traverse et se mit à courir dans l'obscurité. Mais bientôt il ralentit son pas et s'arrêta de temps en temps comme s’il n'était pas bien sûr de suivre la bonne direction.
il fit entendre une espèce de sifflement qui ressemblait au cri d’un oiseau.
Au bout d’un instant, une ombre surgit à côté de lui eë lui souffla à l'oreille :
— Êst-ce vous, monsieur Hugo ?
— C’est moi, Jacques, répondit-il, Eh bien, tout est-il prêt ?
— Les deux échelles et la planche sont couchées là-bas dans les broussailles.
— Viens, allons jusque-là. Nous n'avons pas de temps à perdre
Chemin faisant, Jacques lui dit :
— Monsieur, je me suis dit tout à l'heure, en Vous attendant dans les ténèbres, que je faisais une grande sottise en vous assistant dans une Pareille entreprise. Si c’était à recommencer, je ne le ferais plus.
r— La récompense que je t’ai promise n'est-elle
PaS assez considérable ? Si je réussis, je la doublerai.
— Non, monsieur, ce n’est, pas cela, ger ! Enlever ainsi une je
la nuit !
Le danune fille au milieu de — Mais si la jeune fille y consent ! Si cette tentative a uniquement pour but de la délivrer des mains d'un tyran sans âme, de la sauver d'une mort lente, mais certaine ? Allons done, Jacques, ce ‘sont tes propres paroles qui m'ont poussé à cette entreprise, ct maintenant tu hésiteris ! | “e
— Je suis marié, j'ai des enfants. Ce monsieur von Oberheim est un homme sans Pitié. Lui ou ses domestiques Pourraient tirer sur nous... Et Puis la loi, la justice ! Si j'é monsieur Hugo, j'abandonne ie retournerais à la maison.
— Pour un garde-chasse, hardiesse ! Murmura Hugc gné par ja colère. Moi ! renoncer à mon projet Parce qu’il offre quelque danger ! Cela n’est pas
fàit pour me rétehir. Je délivrerai Mlle Ida, te
dis-je, et cette nuit mêmé. La mort se dresserait, dévant moi, qu’elle
ne pourrait me faire reculer d’un pas ! N'hésitons done plus. Où sont les échelles ? à $
tais à votre place, rais mon projet, ct
tu montres Peu de qui se sentait ga-
Le garde-chasse le conduisit à plüs loin dans lg taillis et dit :
— Les voilà, monsieur,
quelques pas
-- J'en porterai une, cit Hugo à voix basse.
Toi, prends l'autre avec la planche.
©: — Tenez, monsieur, VOUS pouvez me dire et me promettre tout ce que vous voulez, Jacques, mais ce que j'ai irrévocablen lu, c'est que je ne vous Suivrai point par-dessus les murailles d'Ouden-Steen. Je ne veux point pénétrer comme un voleur dans Ja propriété IT y eut un moment de silence. ;
— Eh bien, soit"! Tu n'as pas besoin de me suivre, répondit Hugo. Porte l'échelle et la planche près du fossé, et attends ensuite dans les environs. Je ferai bien le reste tout seul...
— Et si l’on tire sur vous, monsieur ?
— Je ne veux pas penser à cela,
murmura icnt réso-
— Mais si Fon vous tue, ou si l’on vous blesse ?
— Eh bien, alors tu en Porteras la nouvelle au cocher qui-se :tient près du carrefour des Wallons, Avänce maintenant, ct ne fais pas de bruit. . A
Is se dirigèrent à pas lents et avec précaution vers Ouden-Steen. Hugo, qui était en avant, marcha vers un point déterminé de la muraille, où il s’arrêta, en disant à demi-voix :
— Place ton échelle en travers planche par-dessus, Douceme Bon, voilà qui est bien ; tu
du fossé, et la nt, pas de bruit !
Peux te retirer, Cache-toi à peu de distance d'ici, et attends.
Jacques ne se le fit pas dire deux fois. Sans
faire aucune observation, il se retira et disparut dans les ténèbres.
Comme la seconde échelle était très légère, Hu- £0 n’eut pas de peine à la porter de l’autre côté du fossé et à la dresser contre la muraille. 1] grimpa jusqu’au sommet du mur, se mit à cheval sur la crête, tira l'échelle à lui, et, la laissant glisser de j’autre côté, descendit dans le potager du château.
Un bruit soudain frappa son oreille et le fit s'arrêter, inquiet et surpris. Si des gardes de nuit étaient postés dans le jardin ! Il ne pensa Pas un instant au danger qu’il courait lui-méme ; mais alors son entreprise pourrait échouer; la pauvre Ida resterait prisonnière.. Et quelle
autre tentative Pourrait-il entreprendre pour sa délivrance ?
Ah ! il distingua d’où venait le bruit: c'était un cheval qui piétinait dans l’écurie.
Prenant l'échelle sur son épaule, il se glissa avec précaution vers le corps du bâtiment. Et lorsqu'il crut en être encore éloigné d’une vingtaine de pas, il coucha son échelle sur la terre,
se baissa, et rampa, pour ainsi dire, jusqu’au pied de la tour.
Alors, appuyant ses mains contre la muraille Pour se guider, il marcha de côté jusqu’à ce qu’il s’arrêtât à un endroit déterminé.
Là, il regarda en l'air, s’efforça de reconnai-
tre une fenêtre dans l'obscurité, et murmura en lui-même :
— Oui, c'est hien là, j'en suis certain : la troisième fenêtre dans l'obscurité, et murmura en lui-même :
— Oui, c’est bien là, j'en suis certain : la troisième fenêtre à droite de la tour, au premier étage. Tout dort ; la nuit est noire, O mon Dieu, toi qui sait combien mes intentions sont pures, fais que je réussisse !
Il alla chercher son échelle et la dressa contre le mur du bâtiment. Maintenant que le moment critique approchait, il sentait son cœur battre avec plus de force, et lorsqu'il eut monté quelques échelons, il s'arrêta pour maîtriser son émotion et rassembler son courage.
I devait réveiller Ida. Avait-elle trouvé le billet qu’il avait jeté par-dessus la muraille ? Son apparition ne l’effrayera-t-elle pas ? Et si elle poussait un cri ? Etait-il bien certain qu’elle consentirait à le suivre ?
Toutes ces réflexions lui traversèrent l'esprit avec la rapidité de l'éclair et lui firent pousser uñ soupir d'incertitude : mais il n'était plus temps de se raviser. 11 secoua la tête pour chasser toutes ces pensées et gravit les degrés de l'échelle jusqu'à ce qu'il pât poser la main sur la devanture de pierre.
I sentit que la fenêtre était toute grande ouverte, La température était étouffante, et, pen-
dant la journée, la Pauvre jeune fille était obli gée de tenir ses Persiennes fermées !
IL crut voir au fond de la chambre une grande
tache blariche ; c'étaient sans doute du lit,
Calculant là force de sa voix de manière qu'elle pût être entendue jusque-là sans loin, il murmura :
les rideaux
porter plus
— Ida, Ida, réveillez-vous. C’est moi, libérateur, votre ami. N'ayez pas peur !
Il entendit un faible: bruit, ‘pareil au craquemênt d'un bois de lit. Croyant que la jeune fille
l'avait entendu et qu'elle allait se lever, il dit d'un ton joyéux : nus ch ds
votre
— Habillez-vous au ‘lus vite’ pour ün Tong:
voyage. Prenez un Manteau pour vous prémunir contre le froid dû matin. O mon Dieu, soyez bé:
ni ! Encore ‘quelques minutes, et vous êtes déli-. vrée. AS
Tout à Coup une lumière s'alluma ‘ct une vive clarté remplit la chambre, Le jeure hom e poussa un cri de frayeur et de désespoir, M. von! Oberheim était debout à côté du lit, à demi vé. tu, et tenant à la main une lampe allume.
Hugo avait subitement retiré la tôte : espérant qué le vieillard ne l'aurait pas aperçu, il se disposait à redescendre les échelons sans faire de bruit : mais tout à coup la détonation d'un pistolet retentit, et le jeune homme tomba du haut de l'échelle sur le pavé de la cour, L'uni-
que cri de détresse qu'il pou Pouvait faire craindre blessé,
ssa dans sa chute qu'il ne fût mortellement
La détonation de l'arme à fou, retentissant au milieu du silence de la nuit,
ment fait trembler ments,
n'avait pas senuzle château dans se mais l'écho en répé comme un roulement de suffi pour réveille
s fondeta le bruit grondant tonnerre. Cela aurait ren sursaut et frapper d'épouvante tous les habitants d'Ouden-Steen, lors même que M. von Oberheim domestiques d'une voix ple en moins de que tiques se tr
n'eût pas appelé. ses ine d'angoisse, Aussi, Iques minutes, les deux domesouvaient, munis de lanter droit où Hugo van Gicrsteen était tombé du haut de l'échelle, Le jeune homme était étendu sur Je flanc ; Je Sang coulait de Paraissait blessé au front,
nes, à l'en-
son visage ; il
— O0 mon Dieu, que je suis malheureux ! gémit M. von Oberheim. Venez, Jean, le relever avec précaution ; dans l'antichambre.
aiaez-moi à nous le porterons
“* Vous, Hedwige, dit-il à la ser nait d'accourir à son tour au premicr étage. Allez un oreiller,
vante qui ve- » montez tout de suite .
chercher un matelas ct
— Monsieur, je crois qu'il est mort, murmura Jan en passe t ses bras sous les épaules du blessé.
La balle Jui a traversé la tôte.
— Le pistolet n’était pas chargé à balle, dit
Re een mme
le vieillard. J'ai tiré en l'air pour cffrayer Îes voleurs,
— Les voleurs, monsieur ?
— Je le croyais. Ah ! le ciel soit loué, il re-
mue les bras ! Doucement, ne lui faites pas de mal, au pauvre jeune homme !
[= Pauvre jeune homme ! grommela le domistique, il n’a que ce qu'il mérite. Se glisser ainsi la nuit, par-dessus le mur, au moyen d'une échelle...
—Taisez-vous, Jean, et faites votre ouvrage
sans vbservations.
‘ls portèrent le blessé dans une chambre du rez-de-chaussée, où brûlait déjà une grande lampe, et le couchèrent sur un matelas que la servante avait apporté.
M. von Oberheim s’agenouilla à côté du lit, et lorsqu'on lui eut apporté ce qu’il demandait, il se mit à laver la tête et les blessures du jeune homme avec autant de pitié ct de précautions que s’il se fût agi de son propre fils. Cette conduite étonna beaucoup les domestiques ; car ils connaissaient leur maître, et ils s’attendaient de sa part à une explosion de colère terrible.
Sous l'impression des soins qu’on lui prodi- : guait, Hugo semblait revenir insensiblement à la vie. Il ouvrit les yeux fixa d’abord le vieillard des yeux pleins de stupeur. Mais bientôt sans doute il se rappela ce qui venait de se passer, et bégaya d'une voix faible, comme s’il lui
TA Fa
était très pénible de parler :
— Vous l'emportez, cette fuis... mais tant que je vivrai.
-— Sentez-vous beaucoup de mal là, au front ? demanda le vieillard, aussi blanc qu'un linge, et le contemplant avec un frémitsemént d'angoisse.
— Du mal ? répéta Hugo en portant les deux Mains à sa poitrine et à son côté, Aïe ! Là... tombé... sur les pierres...
Et sa voix expira, et sa tête retomba, cumme si l'effort qu'il venait de faire pour répondre avait épuisé ses forces.
— 0 mon Dieu, SUÿyez-nous miséricurdieux !
dit M. von Oberheim en levan, les yeux au ciel. Faites-nous la grâce qu’il vive !
Et, se tournant vers l’un des domestiques :
— Pierre, dit-il, vite, attelez le cheval au til. bury, et Gourez au village chez Je médecin ; faites-le venir sans retard
En sortant dans l'obscurité, le domestique renversa presque Mme von Weiler, qui lui demande, tout cffrayée, ce que signifiait ce coup de pistolet et tout ce bruit ; mais lorsque, en entrant dans la chambre, elle vit le jeune van Giersteen étendu sur un matelas, le front ensanglanté, elle se mit à trembler de tous ses
ait plus de
membres, car cette vue ne Jui laiss doute sur le douloureux événement.
— Mon père, hélas !
quel affreux malheur !
dit-elle. en Soupirant, Qui donc a tiré sur Jui ? Au front, juste ciel ! Est-il mort ?
- Le vicillard s’approcha d'elle et lui dit à l'oreille :
— Taisez-vous, taisez-vous, Marie. Contenez votre agitation ; nos £ens écoutent. Non, le Pauvre jeune homme n'est pas mort, Espérons qu'il guérira... Mais, en tout cas, quelle affreuse complication ! Le monde entier va s'occuper de nous. Ah ! que ne Sommes-nous à mille lieues d'ici ! Quoi qu'il en soit, montrez-vous courageuse. Point d'inucileè plaintes ; pas de larmes surtout,
Un instant après, il demanda d'une voix plus caline :
— Marie, ÿ avez-vous bien pensé ? Si votre fille allait descendre.
— Je suis allée voir, elle dort, répondit-elle. Sa chambre est fort à l’écait ; elle n’a probablement rien entendu. Voyez, mon père, comme M. Hugo se remue et se tord sur son matelas.
Je suis prête à défaillir de peur. S'il allait mourir ici !
— Non, il est tombé sur les pierres ; c’est la douleur, la vive souffrance. Moi aussi, Marie, j'ai peine à me tenir debout, et mon cœur se serre. d'inquiétude et d'angoisse ; mais je soutiendrai jusqu’au bout la lutte contre l’impitoyable fatalité.
Le jeune homme était couché sur le côté, et
ne
Paraissait avoir pe du connai sance. Si l'on n'avait pas vu sa noitrine soulevée par une respiration entrecoupé:, on aurait cru que la vie l'avait abandonné.
Pendant longtemps tous les assistants le contemplèrent avec inquiétude.
Tout à toup le blessé se remun Sans: ouvrir:les. Yeux ét:murmura d'une voix très. faible et à Peine intelligible :
— TIda, Ida, il veut Vous faire mourir de chagrin... à cause de l'argent... si vous saviez combien je vous aime ie vous délivrer, vous rendre heureuse... devenir ma femme... où la mort, dussé-je... jusque dans la tombe même. votre image. qu'il garde tout pour lui. assez d'argent. nos mères comme des Sœurs... nous enfants.
Dieu nous favorise. Ida, Ida, vous être libre !
Mme von Weiler ne pouvait plus maîtriser-son agitation ni sa Pitié. Elle était-trop profondément émue de Surprendre les nobles ‘et généreuses intentions du jeune homme à travers: les lambeaux de Phrases qu’il Prononçait dans son délire. Elle cacha Son visage dans ses-maint Pour ne pas laisser voir les larmes qui jaillissaient de ses veux.
— Sovez plus maîtresse de vous, Marie, lui souffla le vieillard à l'oreille. Los domestiques Savent maintenant Pourquoi M, van Giersteen a escaladé la muraille : il n'y a rien à y faire,
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mais soyez prudente. Une seule parole peut devenir fatale.
11 y eut un long et morne silence. L'état du jeune homme semblait devenir d’instant en instant plus dangereux ; ses yeux étaient fermés ; sa respiration était sifflante, et il se tordait parfois convulsivement sur sa couche improvisée.
— Ah ! si le médecin pouvait se hâter de venir ? soupira la veuve.
— Il ne peut pas encore être ici, Marie, répondit son: père. Encore un peu de patience. N’entends-je pas une voiture qui s'approche ? Qui sait Ÿ Peut-être est-ce le docteur ! Jean, allez vite ouvrir la porte.
Tous les yeux étaient tournés vers l'entrée, où l’on's’attendait à voir le docteur ; mais on entendit soudainement des gémissements et des cris de détresse du côté de l’avant-cour.
— C’est Mme van Giersteen, dit Jean.”
— Ciel ! sa mère ! dit le vieillard, épouvanté.
La baronne van Giersteen fit irruption dans la chambre, en criant avec égarement :
— Mon fils ! mon pauvre fils ! Où est-il ? Que lui avez-vous fait ?.. Mon Dieu, mon Dieu ! ils l'ont assassiné !
Et elle courut vers le lit de camp, où elle croyait voir le cadavre de Hugo ; mais les forces lui. manquèrent avant d’y arriver, et elle
tomba évanouie entre les bras de M. von Oberheim, qui la déposa sur un fauteuil.
La voix de sa mère avait sans doute retenti jusqu’au fond du cœur du jeune homme, car il ouvrit les yeux et murmura :
-— Ma mère, ma chère mère, où êtes-vous ? Venez, venez !
Pendant ce temps, on aspergeait d’eau froide le visage et les mains de madame ven Giersteen pour la rappeler au sentiment, de ia vie ; elle ne tarda pas à reprendre connaissance, et, lorsqu’elle vit de quelle main elle recevait des soins, elle la repoussa avec horreur, en s’écriant :
— Eloignez-vous de moi, éloignez-vous, meurtrier de mon enfant !
— Vous vous trompez, madame, dit le vieillard, qui trouvait à peine la force de parler, tant il était inquiet et agité ; votre fils guérira. Ecoutez, il vous appelle.
— 11 m'appelle ? Est-ce possible ? Oui, oui, il vit ! Dieu soit béni ! Hugo, mon Hugo !
Elle s’agenouilla près du lit, embrassa son fils avec effusion, et mouilla ses joues de ses larmes, sans se laisser retenir par la vue des linges ensanglantés qui lui couvraient le front.
— Ma mère, ne vous tourmentez pas, bégaya le jeune homme en essayant de lui caresser la main, je guérirai… je guérirai.. mais Ida... 1] la torturera à cause de moi... Protégez-la, ma mè-
re ! La pauvre créature... Ma femme ou mourir !
— Ah! mon pauvre fils, gémit la baronne, voilà donc la récompense de ton noble amour ! Te voilà gisant, luttant peut-être contre la mort ! Et moi, ta malheureuse mère, que me resterait-il sur la terre ?... Toi, Hugo, la bonté même, tu deviendrais la One de la cupidité, de la barbarie de... ? Ah ! je te vengerai !
Et, sous l’impression de cette idée de vengeance, elle se retourna vers M. von Oberheim, et lui dit avec un geste menaçant et d'une voix qui frémissait de colère :'
— Ah ! sans-cœur que vous êtes, vous avez tiré sur lui ! sur lui, dont le cœur ne battait que pour tout ce qui est noble et bon ! Mais i! y a des lois dans notre pays. Cela ne finira pas ainsi ; vous saurez ce que c’est, que de frapper mortellement une mère dans son enfant. Dusséje y sacrifier toute ma fortune, j'obtiendrai justice contre vous. C’est en prison, sur l’échafaud que vous expierez votre crime infâme.
Le vieillard et sa fille essayèrent de calmer la malheureuse mère ; mais la baronne, emportée par sa douleur, ne voulait rien entendre,
Seule, la voix de son fils, qui l’appelait de temps à autre, parvenait à lui imposer silence. Elle se pencha de nouveau sur lui, et, l’'embrassant tendrement, elle l’assura qu’elle le venge-
rait sans pitié de son ennemi,
M. von Oberheim s’approcha d'elle et lui dit d'une voix suppliante :,
— Madame van Giersteen, je pourrais considérer vos paroles comme un outrage ; mais je comprends combien la vue de votre fils blessé doit troubler vos esprits. Je vous en conjure, veuillez m'écouter un instant. Un coup de pistolet a été tiré, il est vrai, mais l'arme n’était pas chargée à balle. M. Hugo est tombé d’une échelle, et il s'est fait mal en tombant sur le pavé. J'ai le ferme espoir que ce douloureux événement n'aura pas de suite fâcheuse. En tout ces, madame, où est ma faute ? Au milieu de la nuit, j'entends des voix à la fenêtre de ma chambre à coucher, et je vois dans les ténèbres se dresser une forme humaine Pour mettre en fuite ceux que je prenais pour des voleurs, je lâche un coup de pistolet en l’air ; votre fils tombe de l'échelle. C’est un accident qui me fait beaucoup de peine ; mais pouvez-vous m’'accuser d’en être la cause ? .
-—- Oui, arrangez l'affaire à votre guise, la justice prononcera entre, dit la baronne.
Hugo fit des efforts pour lever la tête et dit d'une voix claire :.
— Ma mère, ne soyez pas si irritée. Il est vrai que je suis tombé... Aucune balle.
— Vous l’entendez hi,n, madame ! dit M. von Oberheim.
— C’est égal, on n’agit pas ainsi, répliqua ai-
pr