VA
cette espérance menaçait d'ître trompée, alors il serait toujours temps de chercher un refuge dans l'exil. Mais ils pouvaient réellement compter qu'ils échapperaient à cette cruelle nécessité. 11 était facile d'en juger d'après Ida ; les deux premicrs jours, elle n'avait cessé de pleurer et de gémir ; mais, depuis, il y avait un peu d’apaisement. Il en serait de même de Hugo.
Elle invoqua une foule d'autres raisons du même genre, et parvint, grâce à sa résignation passive, à ramener un peu de calme dans l'esprit de son père.
Il convint que ses craintes pouvaient être dénuées de fondement, et consentit à voir venir les évenements pendant quelque temps encore,
Au moment de sortir de son appartement, il dit à sa fille :
— Ne soyez pas trop inquiète, Marie ! Il sera fait bonne garde. La bonne volonté d'Ida est Pour nous une circonstance heureuse. Je vais dans les champs voir un peu ce que font les ouvriers. A mon retour, je laisserai Jean dans la prairie pour surveiller le mur d’enceinte de ce côté pendant toute la journée,
1l sortit en achevant ces mots, et, arrivé dans le jardin, il vit Ida assise à l’ombre sur le banc qu’il avait fait Placer à son intention. Cela le réjouit, et il lui fit en Passant un signe de tête amical pour lui exprimer son approbation,
La jeune fille le regardait, immobile, et le suivit des yeux jusqu'à ce qu'elle l'eût vu sortir Par la porte extérieure et la refermer G :rière lui. Alors elle respira à
pleins poumons, comme si sa poitrine eût
été soulage d'un poids énorme, Puis, elle regarda de tous côtés
autour d'elle vers le Parc et vers la crète des murailles ; mais une vive rougeur vint tout à
Coup colorer ses joues...
d’un air confus.
Qu'esptrait-elle ? Rien, C'étaient des mouvements inconscients de son âme. Elle se fit violence, ainsi qu'elle s'était Promis à elle-même, Pour ne pas penser à Hugo ; mais cette tension même de son esprit ramena, plus vivante encore, l'image du jeune homme. Peut-être { ‘t-ce un sentiment d'inquiétude qui la faisait jeter un regard involontaire vers les murailles, Si Hugo se montrait, son grand-père tirerait-il réellement sur Jui ?
Un bruit de roues interrom, ‘+ flexions. Elle é
Elle baissa les yeux
Soudain ses v°couta un instant ses battements de. cœur ; puis, elle dit à une servante occupée à éplucher des salades à côté d'elle :
— Hedwige voilà une voiture, devant la Porte ; allez vite ouvrir.
— Oui, mademoiselle, cela ne long. Je dois dire qu'il n'y maison,
elle s’arrète
sera pas long & personne à la
La servante courut à la grande porte et l'en-
tr'ouvrit à peine, Pour s'acquitter de sa com.
mission, sans laisser le regard des visiteurs pé-
nétrer dans le jardin,
Mais Ida, qui l'avait suivie, poussée par une irrésistible curiosité, reconnut aussitôt la sonne qui essayait de forcer la consigne.
Elle courut à la Porte, l'ouvrit toute grande, et s’écria :
— Ah! madame van Giersteen, bonjour !
Que! bonheur de vous voir !
— Je vous remercie, mademoiselle, de votre amabilité, dit la baronne, Cette fille prétend que M. votre grand-père et Mme votre mère sont absents, Elle ne dit pas la vérité, j'en suis convaincue, Je n’ai rien à faire avec votre grand-père, mais je voudrais parler à votre mère, et vous m'obligerez beaucoup en allant lui annoncer que /e lui demande très instamment un moment d'entretien.
— Entrez, entrez, madame, répondit Ida.
Veuillez me suivre au salen ; mon grand-père n'est pas à la maison, mais je vais tout de suite Prévenir ma mère.
Lorsqu'elle eut introduit la baronne au salon, elle se disposait à monter chez sa mère : mais Mme van Gierstcen lui prit la main en disant :
— Un instant, s'il vous plaît, mademoiselie, J'ai quelque chose à vous demander. Connaissez-vous Îles motifs de ma visite ? Vous rougis- Sez ? Vous pouvez être franche avec moi : j'ai
per-
ressenti pour vous une vive sympathie la première fois que je vous ai vue.
— Monsieur Hugo m'a annoncé votre visite, madame, balbutia Ja jeune fille,
— Et le motif qui m'amène ici vous agrée-t-i] ? Je vais m'expliquer plus clairement, Hugo Vous aime du plus profond de son Cœur ; puis-je croire que votre cœur le paye de retour ? Vous ne me répondez Pas. A.iez-vous Enance à devenir sa fiancée ?
— Devenir sa fiancée !
de la répu-
répéta Ida en soupirant, et en levant Jes Yeux au ciel, Ah!
si c'était possible !
— Et moi, sa mère, m'aimeriez-vous aussi ?
Pour toute réponse, la jeune fille lui sauta au cou et l'embrassa ‘endrement,
“— Eh bien. mademoiselle, sais Pourquoi M, votre grand-père dit, qu’un mariage est Pour vous impossible. Si, comme je le crois, il n'existe pas d'autres obstacles, j'aurai facilement raison des objections de M. von Oberheim. Un peu d'argent de moins n’empêchera ni Hugo ni vous d'être heureux, Et mMaintenant allez chercher votre mère,
La jeune fille Courut au premier Prit sa mère Par ces mots :
— Mère, mére,
ayez bon espoir, Je
tage et sur-
la baronne van Giersteen est au salon, Elle veut
Vous parler : vous savez bien de quoi...
Ciel, qu'entends-je !
s'écria la Veuve en pà-
Ti
DE pas rame
lissant. Ai-je bien compris, Ida ? Mme van Giersteen est en bas ? Qui l’a laissée entrer ?
— C’est moi, mère. mais pourquoi sa visite vous effraye-t-elle ? Une si bonne dame, si aimable !.…
— Lui as-tu dit que j'étais au logis ?
— Oui, ma mère ! :
— Insensée, qu’as-tu fait ? Retourne lui dire que tu t'es trompée, que je suis partie pour Bruxelles.
— Mais, ma mère, cela ne se peut pas. Elle s’en formaliserait. Ah ! ne craignez rien d'elle. Elle dit qu’elle connaît un moyen, un moyen certain de détruire les raisons qui empêchent mon mariage avec Hugo.
— Va, va vite, Ida, fais ce que je te dis ! répéta la veuve au comble de l’agitation, Malheureuse, si tu savais dans quelle terrible position tu me mets par ton imprudence ! Je ne descends pas ; je ne le veux pas, je ne le puis pas.
La jeune fille tomba à genoux et se mit à pleurer à chaudes larmes.
— O ma mère, je vous en supplie, dit-elle, ne laissez point partir Mme van Giersteen, ne lui faites pas l’affront de refuser sa visite ! S'il vous est impossible de lui accorder l’objet de sa demande, répondez Par un refus; mais, du moins, ne faites pas cette injure à la mère de Hugo. ;
— Eh bien, soit ! dit la veuve en prenant sou-
dain son parti ; mais ne garde pas d'espoir, Ida, car il n’y en a point, pas même l'apparence. Va dans ta chambre. Si tu oses en sortir, tu me feras un chagrin mortel, et je serai très fâchée,
La jeune fille rentra chez elle.
— Mon Dieu, mon Dieu, que Vais-je lui dire ?
se demandait tout bas Mme von Weiler. I] me faut tout mon : ng-froid, toute ma fermeté, Je n'ai Pas le temps de réfl‘chir. Je me sens déjà la rougeur de la confusion brûler mes joues. Allons, faisons tête à ce coup inattendu.
Elle descendit en faisant des efforts surhumains pour reprendre un peu de calme et pour cacher son inquiétude.
En entrant au salon, elle salua la mère de Hugo avec une froide politesse, lui montra un siège, et demanda :
— Madame van Giersteen, Puis-je savoir ce qui me vaut l'honneur de votre visite ?.
— Vous le savez probablement, répondit la baronne ; mais je comprends que, dans ces graves circonstances, on désire des explications claires et nettes, Eh bien, madame, je parle sans détours. Mon fils à eu l’honneur de voir quelquefois votre fille en allant à l’iglise. Petit à petit ilen est devenu si éperdument amoureux qu'il en à pour ainsi dire perdu l'esprit, 11 Parait que, de son côté, Mlle Ida n'est pas restée indifférente à son égard. Ils sont to
us deux
THEN Ë — 100 — jeunes, beaux, de noble race. Je qui pourrait nous empêcher vœux, et je viens vous demander bien consentir à leur mariage.
ne Sais pas cé
de combler leurs
si vous voulez
Si j'obtiens vo-
tre consentement, provisoire, alors nous traite-
rons depart et
conditions de cette union, — Je suis très honorée
flatteuse pour Ida, répondit la y
d'autre, de bonne amitié, les
de cette démarche si
euve, et c’est
avec le plus profond regret, madame, que je me Vois forcée de vous donner une réponse défavo-
rable. Mais il y a un obstacle in Ida ne peut pas se marier,
— Mlle Ida ne peut pas se marier ?
surmontable :
répéta la
aronne avec un sourire sous lequel perçait un
léger doute,
— Cela est absolument impossi
ble, madame :
et si vous voulez épargner à votre excellent fils
des chagrins cuisants, éloignez de désir qui ne peut se réaliser,
Son esprit un
— C’est facile à dire murmura la vieille dame. 9»
N'avez-vous jamais aimé,
madame ? Ah! si
Vous pouviez voir mon pauvre Hugo! Le déses-
Poir le rend fou ; il s’arrache les c ses espérances devaient être déçue une maladie mortelle.
grin. Vous êts mère comme moi
heveux ; et si s, il en ferait,
Mlle Ida aussi a du cha-
; qu'y a-t-il
de plus doux pour nous que de voir nos enfants
heureux ? Allons, dites-moi que,
si mes condi-
tions vous conviennent, Vous ne persisterez pas dans votre refus.
— Ah ! lors même que je voudrais consentir, c'est impossible, madame, tout à fait impossible.
Ce refus péremptoire parut blesser la mère de Hugo.
ne ET V—
— Eh bien, dit-elle, Puisqu'on ne peut faire autrement, parlons d'abord de choses matériel. les. Je suis très riche, madame, et, si je suis bien informée, vous êtes dans la même position de fortune ; mais il paraît que M. votre père, de même que beaucoüp de vieilles gens, est assez regardant, et craint que je n’exige une dot considérable. Je tiens à vous dire qu'il se trompe. S'il le faut, je me Contenterai de très Peu de chose.
— Nous ne pensons pas à l'argent ; pas la raison de mon refus, répondit | qui paraissaït, revenir de son inquiétud
— Quelles sont donc alors n'est pas celle-là ? demand
là n’est a veuve, e.
VOS raisons, si ce
— Je le sais, madame. Ce n’est pas cela.
— Trouvez-vous Ida trop jeune encore ? J'a-
u’elle lorsque je me
Vais une année de moins q suis mariée,
La veuve secoua la té
te en signe de négation.
— Est-ce mon fils alors, est-ce son caractère qui vous déplaît ? Cependant, quoiqu'il ne soit pas destiné à occuper dans le monde une fonction déterminée, il est très instruit, madame, et quant à son cœur,
, S'il a un défaut, c'est celui de pousser la générosité jusqu'à l'exagération. Mme von Weiler secoua de nouveau la tête.
— Mais si ce n'est rien de tout cela, murmura la mère de Hugo avec étonnement, qu'est-ce donc ?.. Ma question a l'air de vous cffrayer, madame. Vous ne me répondez pas ? Y aurait-
il un secret. — que vous ne pouvez pas révéler ? — Vous me feriez bien vite renoncer à la démarche que je tente en ce moment.
— Ün secret ? un secret ? balbutia la veuve, qui tremblait visillement. Oh ! non, non.
— Eh bien, alors, dites-moi du moins Vos motifs pour refuser, madame. Entre gens de notre condition, on ne répond pas de cette façon à une proposition comme celle que je vous fais, Assurément vous êtes maîtresse de votre fille, et vous avez le droit incontestable de repousser ma demande ; mais, je vous en prie, faites-moi connaître les motifs de ce refus.
— Je ne puis pas vous en donner d'autre que celui-gi, madame : c'est impossible.
— Soit ! mais pourquoi ?
— Pourquoi ? Ah! ne me le demandez pas !
balbutia la veuve avec une angoisse croissante.
— Oui, oui, madame, si vous ne voulez pas
que je soupçonne des raisons graves, dites-moi pourquoi !
— Ah! voici mon pére, il vous le dira, lui, s’écria Mme von Weiler avec joie. Je vous laisse avec lui, madame. Lui seul a le droit de vous donner une réponse décisive.
Et, heureuse de se tirer de
la Situation embarrasSante où l’avaie
nt mise les questions de la baronne, elle se dirigea en toute
hâte vers l'escalier: $
Lorsque M. von Oberhéim Parut dans de la porte et aper arrêta tout stupéfi t, et sa figure exprima l'inquiétude et l'irritation. , Mais ce ne fut qu'un éclair ; il reprit aussitôt Possession de lui méme, et dissimula Jes sentiments qui l’agitaient Pour obéir aux lois de la courtoisie. Il feignit une grande tranquillité d'esprit, et, s'avançant vers Mme van Giersteen, il Ja salua poliment, : tout en l'interrogeant des Yeux, comme pour lui demander l'objet de sa visite,
la baie Çut la mère de Hugo, il s’
La baronne, qui s'attendait moins au commencement, au but avec Jui.
à un refus, du résolut d'aller droit
— Monsieur von Oberheim, la liberte de me faire une
dit-elle, j'ai pris brésenter chez vous pour vous Proposition importante, Mon fils Hu- #0 est éperdument et sincèrement épris de votre
Petite-fille, Mile Ida l'aime de Son côté, Ils
= tW =
semblent nés l’un pour l’autre. Je viens vous demander sa main pour mon fils.
— Impossible, absolument impossible, répondit le vieillard d’une voix ferme, dont l’accent devait faire penser que sa résolution était irrévocablement prise.
— Oui, je le sais bien, répliqua la baronne, Mme von Weiler me l’a déjà dit ; mais je ne doute pas que nous ne trouvions un moyen de nous entendre. Ma fortune personnelle est très considérable, et je n’ai pas besoin de regarder à l’argent ; de plus, une fois mon fils marié, me voilà toute seule. Je lui donnerai en dot une somme qui, ajoutée à la part qu’il a hérité de son père, atteindra presque un demi-million. J'aurais peut-être bien le droit d'espérer que la dot de Mlle Ida sera en rapport avec mes propres sacrifices ; mais le bonheur de ces deux jeunes gens me tient si fort au cœur que je me contenterai de fort peu de chose, par exemple de cent mille francs. Cela vous semble.t-il trop ?
— Cela ne peut pas rendre possible ce qui est impossible. »
— Cinquante mille, alors ?
—— Inutile, madame.
— Même sans dot ?
— Oui, même sans dot. Je vous remercie de
votre demande, madame la baronne, mais je suis forcé de la refuser,
— Et rien au monde ne peut changer votre résolution ?
— Rien, madame.
La dame frémit, de colère et d'impatience.
— Mais c’est une chose incompréhensible ! s’ecria-t-elle. Si je venais vous proposer une mésalliance déshonorante, vous n'auriez pas pu me recevoir avec plus de froideur. Ma famille ne Vous paraïît-elle pas assez noble ou assez digne, monsieur ? Son origine remonte jusqu'au moyen âge, elle est alliée aux plus illustres maisons, et son blason est sans tache.
— Je n’en doute nullement, madame ; Mais cela ne fait rien à l'affaire.
—- Mais les raisons de votre refus ?
— Permettez-moi, je vous en prie, de ne pas vous les déclarer.
— Nous sont-elles personnelles ?
— Nullement, madame. N ‘essayez pas de me faire changer de résolution, vos efforts seraient inutiles.
— Ah ! mon pauvre fils ! Il en mourra ou en deviendra fou ! Ah ! monsieur, Par pitié, différez elicore un peu votre résolution définitive, afin que Hugo ne perde pas si vite tout espoir.
— Ma conscience me défend de vous tromper, madame.
La baronne avait les larmes aux yeux.
— Îl n’y a done plus aucun espoir ? demandat-elle en soupirant,
mn 7
— Absolument aucun, répondit le vieillard avec un froid de glace.
vous devez savoir
— Eh bien, soit, monsieur :
ce que vous avez à faire, C'est bie
n malheureux pour ces deux pauvres jeunes gens, et peut-être n'est-ce pas moins malheureux pour vous.
— Pour moi, madame ! démanda-t-il avec une nuance d'inquiétude.
-— Oui, pour vous et Pour Mme von Weiler.
Vous ne connaissez Pas mon fils, . monsieur :
c'est un singulicr garçon. Quand il s'est.une fois mis quelque chose en tête et qu'il croit être dans le chemin de la justice et de la vérité, il ne recule devant rien, et marche aveuglémenc à son but,
— Enfantillages ! ricana le vicillard avec un Sourire d'irritation contenue, jet insensé de votre fils. N'a-t-il pas eu l'impudence de vouloir suborner mon domestique pour l'aider à... enlever Ida ? Et j'aurais peur d'une Parcille ‘tentative ? Pour qui votre fils prend-il donc notre Ida ? Elle, consentir à cette faute honteuse ? 1] faut avoir perdu l'esprit pour oser l’espérer, ‘D'ailleurs, nous sommes avertis, et nos mesures sont prises.
Je connais le pro-
— Le désespoir, la déception l'ont en effet fait penser un moment à cette foll aujourd’hui il ÿ baronne.
e entreprise ; mais à renoncé complètement, dit la
— Loué soit le ciel ! car Vous comprenez, ma- Ï ;
dame, que, si je surprenais votre fils dans l’in-
Lu
térieur de ces murailles, la colère et la conscience de mon droit Pourraient me Porter à quelque terrible extrémité, Ah * je suis bien aise d'apprendre que M. Hugo ne me fera point courir le danger de repousser par la force téméraires.. de Je tuer, peut-être !
— Oui, monsieur, mais il es occupé d'un projet qui n Sant pour vous.
— Et quet projet, madame ?
:— Îl'est bon que vous sovez averti Peut-être cela y
des entreprises
t maintenant pré- ‘est pas moins mena-
, Monsieur, ous fera-t-il changer de résolution, puisqu'il en est. temps encore, Savez-vous quelles sont les ‘idées de mon fils ? ]] croit que Vous tyrannisez et que vous Opprimez Mlle Ida, que vous la séquestrez du monde ét Jé tenez Sous les verrous comme une captive pour taines raisons d'intérêt matériel. — Ne
veuillez pas, monsieur, Je ne fais que ré dèiement ce qu'il m'a dit,
cerm'en péter fi- — Î croit qu'Ida est condamnée à Mourir de chagrin et de
et il s'est mis en tête que la délivrer, ce serait une action mcritoire et généreuse, I] renonce à toute tentative violente, mais il veut S'acdre à la justice et Vous accuser de sé légale.
fraseur,
ssar questration il — Mais c'est affreux ! s'écria le vieillard, dont la fureur, trop longtemps contenue, se déchaîna tout à coup. C’est donc une véritable perséeution ! Et Supporterez-vous, madame, que votre
RE
fils pousse l’inconvenance à ce point ? Il a donc perdu tout sentiment d'honneur ? et, vous, vous le permettez !
Mme van Giersteen crut avoir trouvé le moyen
d'atteindre son byt, et elle répondit avec une expression calculée :
— 11 est homme, monsieur, et, dans un cœur ardent comme le sien, l'amour est infiniment plus fort que les conseils d'une mère. Nous avons un parent qui est juge à Gand. Hugo veut aller lui parler pour se rendre ensuite auprès du procureur du roi à Ypres.. Ce que je vous dis paraît vous effrayer, monsieur ? Certes, il n'est jamais agréable d’avoir affaire à la justice ; mais, si vous n'avez rien à vous reprocher, que pourriez-vous craindre ?
— Je remplis mon devoir de grand-père d’Ida en conscience et avec amour, dit M. von Oberheim, qui frémissait de la violence qu’il se faisait pour dissimuler son inquiétude ; mais Croyez-vous qu’il n'est pas douloureux de voir troubler son repos par une accusation infâme, et peut-être par une investigation de la justice”? Ah ! madame, je vous en conjure, retenez votre
fils : je vous en serai éternellement reconnaissant !
— Ïl y a un moyen bien simple d'échapper à ces désagréments, monsieur.
— Parlez: ce moyen.
— Ce moyen est de consentir au mariage de nos deux jeunes gens,
— Je vous le répète, madame, je serais heureux de pouvoir vous accorder votre demande ; mais c'est impossible, absolument impossible.
— Adieu donc, monsieur von Oberheim, dit le baronne avec un profond soupir. Si votre refus a des conséquences graves, ne vous en prenez qu'à vous-même ; Car j'ai fait, convenez-en, tow, ce que je pouvais faire. Mon fils attend mon retour avec une impatience fiévreuse, Quel coup affreux je vais lui porter !
En achevant ces mots, elle sortit du salon et
se dirigea, suivie du x icillard, vers la porte du château.
Ils échangèrent un salut glacial, ct elle remonta dans sa voiture. é
M. von Oberheim la suivit des yeux jusqu’à ce qu'elle eût tourné l'angle du mur d'enceinte. Alors il croisa les bras sur sa poitrine et demeura immobile, le regard cloué au sol, Il se parlait à voix basse, il secouait la tête, et sur son visage ridé se marquaient tous les signes de l'inquiétude, de la tristesse et de la colère.
Il resta assez longtemps plongé dans ses sombres réflexions : puis il releva la tête et s’effor- Ca de feindre la plus grande tranquillité ’esprit.
Il rentra dans le jardin et fit signe à une ser-
vante qui avait l’aîr d'attendre que son maître l’appelât.
— Hedwige, dit-il avec un calme affecté,
c'est donc ainsi que vous
respectez mes ordres ?
Pourquoi Avez-vous laissé entrer Mme van
Giersteen ? Je ne veux Pas que des serviteurs infidèles...
— is, monsieur répondit la servante, vous Vous trompez. J'ai dit qu'il n'y avait personne à la maison, que vous étiez partis pour Bruxellès : et, quoique cette dame ne voulñt pas le croire, je ne l'aurais cependant pas laissée entrer. C’est Mile Ida qui l’a conduite au salon.
— Ida l’a introduite ? Ah !
différent, murmura le vie forcé, C’est bien, Hedw devoir.
bon, alors c'est illard avec un sourire ige, vous avez fait votre
Il se dirigea vers l'habitation à pas lents.
Lorsqu'il se t:ouva au pied de l'escalier, son calme factice l’abandonna, 1] s'arrêta, crispa les poings, grinça des dents, et grommela d’une voix rauque :
— Ida ! aurait-elle formé un complot avec lui ? elle, encore si simple et si naïve !… C'est donc un mauvais génie qui l'inspire ? 1] déposera ! 11 déposera une Plainte entre les mains du Procureur du roi ! Et une enquête pourrait être ordonnée ! Ah ! il n'y A qu’une résolution
énergique qui puisse nous tirer de cet abîme en-
tr'ouvert sous nos pas. Oui, oui, pas d'hésita. tion !
Il monta rspidement l'escalier, et, sans laisser à sa fille le temps de l'interroger sur les ré- Sultats de son entretien avec Mme van Giersteen, il lui dit :
— Marie, rassemblez tout votre Courage ; nous devons quitter la Belgique sans retard !
— Hélas ! moi qui espérais...
— I n'y a plus d'espérance possible, Marie ; la moindre hésitation peut nous devenir fatale.
Savez-vous ce que cet insensé de Hugo van Giersteen a imaginé ? Il va réellement adresser une plainte au procureur du roi et m'accuser de séquestration arbitraire. Que cette accusati::1 manque de fondement, cela n'amélice Pas notre affaire. La justice viendra ici, elle nous interrogera, nous fera signer nos déclarations... ‘nos faux noms ”, Marie ! Oh! ne luttez pas contre ma décision ; elle est irrévocable !
— Hélas ! alier errer de nouveau loin du ck- Mat natal, auquel je devais ma guérison ! soupira la veuve, dont les Yeux se remplirent de larmes. Mais, au nom du ciel, mon père, n’y at-il pas d'autre moyen ? Je m'y soumettrai avec résignation.
— C'est absolument nécessaire, Marie ; sans cela commence Pour nous une complication de -irconstances terribles qui nous accableront de honte. Demain matin, je me rendrai à Ypres en
toute hâte pour reprendre l'argent que j'avais déposé chez le notaire. Pendant ce temps, préparez tout pour le Voyage. Nous ferons croire à nos gens que nous allons Passer quelques semaines à Wiesbaden. Jean seul restera provisoirement à Ouden-Steen.
— Dans quel pays chercherons-nous un nouvel asile, mon père ? Pas dans un Pays chaud, du moins, je vous en supplie ; j'y tomberais malade. ER
— Je n’en sais rien. Nous déciderons cela plus tard. Dans tous les Cas, Ce scra dans un pays dont Ida ne connaît pas la langue, et loin de tout voisinage habité. Notre ennemi, notre éternel ennemi maintenant, c’est l’amour. Marie,
vous le Voyez bien. Je devrais punir sévèrement Ida pour avoir introduit Mme van Giersteen...
— Ah ! elle ne savait Pas que vous l’aviez défendu, mon père.
— C’est possible ; de toute façon, notre départ Coupera le mal dans la racine. Mais ce que je Vous recommande à présent, ce que je vous ordonne au besoin, Marie, c’est d’enfermer votre fille dans sa chambre, et d'en retirer la clef chaque fois qué vous descendrez, Ne vous laissez pas aller à la tristesse, Marie ; c'est une dure nécessité, Nous avons tout à craindre de Hugo ; il est téméraire, et l’amour contrarié peut Je pousser aux folies les plus imprévues. Ida ne