Historia calamitatum, cap. IX
2. Plus qux intelligi quam qvue dici passent efflagitabant, — M. de Rémusat {Vie cCAbélardy p. 75) me paratt s'être mépris sur le sens de ce passage, en disant que, dans son Introduction à la théologie^ Abélard « essaye d'exposer ce qui, ainsi qu'il l'observe luirmème, est plus fait peut-être pour la pensée que pour l'expression. »
Le livre d'Abélard ne pouvait manquer de jeter Talarme parmi les théologiens. On crut d'ailleurs y voir une doctrine qui, comme celle de Roscelin^ ébranlait le dogme de la Trinité. Dénoncé pour ce livre aux autorités ecclésiastiques, Abélard fut déféré à un concile convoqué tout exprès à Soissons.
Lorsqu'il arriva dans cette ville, le peuple faillit le lapider, lui et ceux de ses disciples qui l'accompa- Ignaient ; il l'accusait de prêcher et d'avoir écrit qu'il y avait trois dieux. C'est par cette calomnie que les ennemis d'Abélard avaient ameuté contre lui c(' peuple fanatique, qui, peu d'années auparavant, avait brûlé de son propre mouvement un homme soupçonné de manichéisme \ Abélard, en exposant publiquement ses idées, ne tarda pas à ramener à lui la foule qui l'écoutait ; mais ses ennemis n'en devinrent que plus ardents. Ils s'irritaient devoir le concile toucher à son terme, un concile réuni' surtout pour le juger, sans qu'il eût encore été question de lui. « Est-ce que les juges, disaient-ils, ont reconnu que l'erreur est de leur côté plutôt que du sien ? »
Le concile était en effet fort embarrassé au sujet d'Abélard : il ne voulait pas le renvoyer absous, et il ne savait comment le condamner ; il redoutait sur-