‹ Les Martyrs de la Libre PenseeChapitre 13 sur 44 · Vie d* Abélard, p · texte numérisé non relu

Vie d* Abélard, p

lissaient à ses peines et avec quelques-uns de ses disciples, s'enfuit secrètement une nuit, gagna la terre de Champagne, et se réfugia à Provins, dans le monastère de Saint-Ayoul, dont le prieur était un de ses anciens amis. L'abbé de Saint-Denis le menaça d'excommunication s'il ne rentrait aussitôt au bercail; mais il mourut sur ces entrefaites. Son tiuccesseur, Suger, celui qui devait être un jour régent du royaume, se montra plus accommodant, et Abélard obtint la permission de choisir la retraite qui lui conviendrait. Il se retira dans un lieu désert, sur le territoire de Troyes, auprès de Nogent-sur- Seine, et y construisit un oratoire de chaume et de roseaux, où il se cacha avec un seul clerc, en répétant ces mots de psaume : « Voilà que j'ai fui au loin et j'ai demeuré dans la solitude. »

Cette solitude ne pouvait rester longtemps déserte. On y accourut de toutes parts. On abandonnait les villes et les châteaux pour venir, auprès du maître, habiter sous des tentes, coucher sur la paille, se nourrir de pain grossier, mais vivre de sa parole. Ce lieu de retraite devint donc pour Abélard un lieu de consolation, et par la paix qu'il y retrouva, et par la foule de disciples qu'il y attira ; aussi, quand ceux-ci eurent reconstruit son oratoire en bois et en pierre, lui donna-t-il le nom de Paraclet^ c'està-dire de Consolateur. Mais il n'y avait plus pour lui de consolation durable : si la gloire le suivait

dans la solitude, la persécution ne Fy oubliait pas. C'est à ce moment que nous voyons s'élever contre lui le plus redoutable de tous ses adversaires, le fameux saint Bernard, l'abbé de Clairvaux, ce moine qui, comme on Ta si bien dit ^ faisait sous la bure la police des trônes et des sanctuaires. Le Paraclet, cette congrégation formée, suivant l'expression d'uit de ses membres, au souffle de la logique^ devait naturellement inquiéter le fondateur du monastère de Clairvaux, et l'enseignement d'Abélard ne pouvait manquer de paraître suspect à ce jaloux représentant du principe de l'autorité au douzième siècle. Abélard désigne encore, parmi les principaux artisans de ses malheurs à cette époque, un autre nouvel adversaire, presque aussi redoutable que le précédent. C'était saint Norbert, personnage révéré dans rÉglise, puissant auprès des princes, et qui, croyant à la venue prochaine de l'Antéchrist, surveillait d'un œil jaloux et avec un zèle ardent tout ce qui lui sem-blait porter atteinte à l'unité de la foi. Le maître Pierre se sentit menacé : à chaque instant il s'attendait à être traîné devant un nouveau concile, comme hérétique et comme profane. Ne pouvant supporter plus longtemps cette vie d'angoisse, et désespérant d'obtenir jamais la paix dans les pays catholiques, il songea à se retirer chez les païens, où il espérait

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