‹ Les Martyrs de la Libre PenseeChapitre 20 sur 44 · Calv, Epist.j p · texte numérisé non relu

Calv, Epist.j p

3* Au témoignage de Calvin, il faut joindre celui de Théodore <ie Bèze, qui est encore plus précis. « Michel Servet, dit-U dans ^& Vit de Calvin j vint malheureusement à Genève. Il était dans le dessein de ne s'y arrêter pas et de s'en aller à Bâle ; mais la Providence voulut que, ayant été reconnu de plusieurs qui l'avaient ^ ailleurs, il fût saisi par Tordre des magistrats. »

Jules Bârni. 10

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arrivée, il avait prié Thôte de Tauberge de la Rose de lui procurer une barque pour traverser le lac et rejoindre le chemin de Zurich. Il se décida cependant à rester quelque temps à Genève, mais en se tenant caché autant qu'il pouvait.

Cette nouvelle détermination ne prouve pas non plus qu'il voulût se concerter avec les ennemis de Calvin ; Calvin lui-même, vous venez de le voir, ne l'en a point accusé. Tout ce que l'on peut supposer, c'est qu'en entendant tenir autour de lui certains propos contre Calvin, où l'on ne manquait pas sans doute d'annoncer le renversement prochain de sa domination, Servet se sentit engagé à rester à Genève, qu'il fut bien aise de voir comment les choses s'y passeraient, qu'il se flatta même peut-être d'assister à la chute de celui qui l'avait livré à l'inquisition catholique, ou, au moins, si les circonstances devenaient favorables, d'engager avec son adversaire une controverse publique. Mais cela même n'est qu'une conjecture, qui, si elle n'est pas dénuée de toute vraisemblance, ne s'appuie cependant sui" aucune preuve.

Quant à l'opinion qui prétend expliquer le rôle de Servet dans son procès par les intelligences qu'il aurait eues avec le parti des libertins, et qui regarde sa condamnation comme la conséquence de l'opposition même de ce parti à l'autorité de Calvin, quelque ingénieux et savant échafaudage qu'on ait élevé

pour la soutenir *, elle me paraît dénuée de tout fondement et de toute vraisemblance. Otez à cette époque la lutte engagée par les libertins contre Calvin et l'autorité ecclésiastique, la conduite de Servet dans tout le cours du procès et sa condamnation n'en seront pas moins bien expliquées.

Servet était perdu, dès qu'il était tombé entre les mains de Calvin. Vous connaissez cette lettre (de février 1546) où Calvin déclare que, si Servet met le pied à Genève, il n'en sortira pas vivant, pour peu que cela dépende de lui. C'était son arrêt de mort prononcé sept ans d'avance.

D'ailleurs, quand Calvin dénonçait Servet à l'iriquisilion catholique par Tintermédiaire de son ami Guillaume Trie et du Lyonnais Arneys , et livrait les pièces nécessaires pour le convaincre et le perdre, quel rapport cette dénonciation et cette trahison avaient-elles avec le parti des libertins de Genève?

Non, pour expliquer le procès de Servet dans ses détails et dans son dénouement, il n'y a pas besoin d'autre principe que le fanatisme théologique de Calvin et de son école, joint au caractère particulier du réformateur, caractère désintéressé en un sens, je ne le nie pas, dévoué, je le reconnais, à l'idée de la Réforme, telle qu'il la comprenait, mais caractère Personnel, irritable, vindicatif, et qui, comme le dit

'• Voy. Killiet «le Candolle, Relation du procès de Michel Servet.

très bien M. Mignet dans son mémoire sur F Établissement de la Réforme à Genève^ « pouvait être accusé 'avec justice de dureté, d'orgueil, d'exagération, de cruauté. »

Je reprends maintenant mon récit au point où je l'ai laissé à la fin de la dernière leçon.

Servet était arrêté le 13 août 1553, sur la demande de Calvin. Mais, pour pouvoir lui intenter une accusation criminelle, il fallait^ d'après les lois alors en usage à Genève, que quelqu'un consentît à se constituer prisonnier avec lui en se portant son accusateur. Calvin employa pour cela son propre secrétaire, un certain Nicolas de La Fontaine. La loi déclarait que celui qui se portait partie criminelle encourait , dans le cas ou l'imputation serait démontrée fausse, la peine du talion. Mais Calvin avait ^ans doute pleinement rassuré son secrétaire contre ce danger, car il ne doutait nullement de l'issue du procès *. Nicolas de La Fontaine, qui connaissait la puissance de son maître, n'en devait pas douter plus que lui.

Le secrétaire de Calvin s'étant donc porté Taccusasateur de Servet, le Petit Conseil lui enjoignit de remettre par écrit au seigneur lieutenant les erreurs et passages dont il l'accusait. Il va sans dire que

1. « J*espère, écrivait-il à Farel dès le 20 août, que la peiDH sera capitale. » — Il ajoute, il est vrai, qu'il désire que ratrocité de * la peine soit adoucie, c'est-à-dire qu'il désire que Servet soit décapité au lieu d'être brûlé ; mais peut-on lui savoir beaucoup àe gré de cette sorte d'humanité?

Calvin (lui-même d'uilleurs le confesse) se chargea de rédiger cette plainte. Son Nicolas ' n'était là que ce qu'on nomme vulgairement un homme de paille^

Ce fut cette plainte, composée de trente-huit chefs d'accusation, qui servit de base à tout le procès, et d'abord au premier interrogatoire que fit subir h Servet le lendemain de son arrestation le seigneur lieutenant, Pierre Tissot*.

Le croirait-on ? un des articles de cette plainte lui faisait un crime d'avoir trouvé moyen de s'échapper de la prison de Vienne ^ Interrogé sur cet article, Servet répondit qu'il avait été en efiet prisonnier à Vienne ; naais il ajoutait que c'était à la poursuite de M. Calvin et de Guillaume Trie ; il s'était échappé parce que les prêtres voulaient le faire brûler. C'est alors qu'il dit que les prisons lui étaient tenues comme si l'on eût voulu qu'il se sauvât.

Je ne puis faire ici l'analyse de ce long acte d'accusation, dont presque tous les articles sont dirigés contre les opinions de Servet sur la Trinité et la nature de Jésus-Christ ; mais il ne faut pas oublier,

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