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La Réforme littéraire, troisième numéro, 2 février

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Laisse-moi maintenant prophétiser une dernière fois, et en mémoire de mon antique vertu prête foi à mes paroles. Écoute-moi donc. Peut-être arrivera-t-il, après toi, à quelques approbateurs de tes idées, d'être exposés pour ce fait à cette cuisson ou à quelque accident pareil ; quant à toi, autant que je puis le savoir, tu ne souffriras aucun mal pour cette entreprise. Et, si tu désires plus de sûreté, prends le parti que je vais te dire : quand tu auras écrit ton livre à cette fin, dédie-le au pape. De cette manière, je te promets que tu ne perdras pas même ton canonicat. »

Copernic fit précisément ce que le Soleil lui conseille ici : il dédia son livre au pape Paul III ; et d'ailleurs, ayant en quelque sorte voulu attendre la fin de sa vie pour publier ses idées sur les révolutions des corps célestes, il mourut le jour même où le premier exemplaire de son livre lui fut apporté (1543).

Mais Galilée fut moins prudent ou ne sut pas mourir à temps.

Un décret de 1616 défendait de soutenir que le soleil est fixe au centre du monde, et que la terre tourne sur elle-même en circulant autour de lui! « La doctrine attribuée à Copernic, disait ce décret, que la terre se meut autour du soleil, et que le soleil se maintient immobile au centre du monde sans se mouvoir d'orient en occident , est contraire aux

saintes Ecritures et par conséquent ne peut être ni professée ni défendue. »

Galilée crut avoir trouvé le moyen d'éluder cet inepte décret : il composa des dialogues (1632), où il mit en présence le système dé Ptolémée et celui de Copernic, afin, disait-il dans sa préface avec ud(' ironie fort transparente , de montrer aux étrangers que Yédit salutaire qui prohibe le système de Copernic n'a pas été rendu à Rome sans une parfaite connaissance de cause. Mais il était trop clair que c'était le système interdit par l'Église que Galilée voulait faire triompher sous ce voile ; et, pour comble d'imprudence, il mettait dans la bouche du défenseur du système orthodoxe des arguments qu'il avait recueillis de la bouche même du pape Urbain YIII. Tel était, entre autres, ce bel argument, que Dieu, étant tout-puissant, peut donner à l'élément de l'eau le mouvement de flux et de reflux que nous lui voyons , d'une infinité de manières incompréhensibles à notre intelligence, et que, par conséquent, c'est attenter à sa toute-puissance que de chercher à expliquer ce mouvement par quelque système particulier.

Le pape fut naturellement fort irrité par la publication de cet ouvrage, et l'inquisition ne pouvait laisser dormir ses foudres devant un tel scandale. On enjoignit d'abord au libraire de suspendre la vente du livre, puis on somma Galilée de se trans-

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porter à Rome en personne pour y être jugé par le Saint-Office. En vain Tillustre vieillard allégua-t-il ses soixante-dix ans et ses infirmités ; en vain mit-il en œuvre toutes les protections auxquelles il pouvait recourir : il lui fdllut obéir à l'injonction qui lui était faite, pour éviter la violence dont on le menaçait.

Il arriva à Rome le 13 février 1633 et descendit dans la maison de l'ambassadeur du grand-duc de Toscane, Ferdinand II, lequel le protégea autant qu'il put , mais ne sut le soustraire entièrement aux griffes de l'inquisition. Son procès dura quatre mois, pendant lesquels il resta prisonnier, soit dans la maison de l'ambassadeur , soit dans le palais même du Saint-Office. Il est aujourd'hui établi qu'il ne fut pas appliqué à la torture, comme on l'a cru longtemps * ; mais il reste certain qu'il en fut menacé. Si cette menace ne fut pas exécutée, c'est que le pauvre vieillard accorda tout ce qu'on lui demanda.

Enfin, conduit à l'église de la Minerve, il entendit, par-devant les cardinaux et les prélats de la Congrégation, la lecture de l'arrêt qui le condamnait et finissait ainsi :

« Afin que cette grave et pernicieuse erreur ne reste pas tout à fait impunie, et que tu sois pour les

1. Voy. La vériiésur le procès de Galilée, ar Biot {Mélanges sdentifiques et littéraires, tome III).

autres un exemple qui les détourne de tout crime de ce genre, iious décrétons que le livre des Dialogues de Galilée soit prohibé par édit public ; nous te condamnons à la prison de ce Saint-Office pour un temps que nous détermineront à notre gré, et nous t'ordonnons de réciter à titre de pénitence, une fois par semaine, pendant trois ans, les Psaumes de la pénitence ; nous réservant de modérer, de changer ou de supprimer, tout à fait ou en partie, les peines et les pénitences prononcées ci-dessus. »

Cette lecture terminée, Thomme de génie, si stupidement condamné, fut contraint, ô honte I de prononcer, à genoux, l'abjuration suivante :

« Moi Galilée de Galilée, Florentin, fils de Vincent Galilée, âgé de soixante-dix ans, constitué personnellement en justice, étant à genoux en présence de vous, éminentissimes et révérendissimes seigneurs cardinaux, inquisiteurs généraux de toute la république chrétienne contre la méchanceté hérétique, ayant devant les yeux les saints Évangiles, que je louche de mes propres mains, je jure que j'ai toujours cru, que je crois maintenant, et qu'avec l'aide de Dieu je croirai toujours à l'avenir tout ce qu'admet, prêche et enseigne la sainte Eglise catholique, apostolique et romaine... Que s'il m'arrive (ce dont Dieu me garde I) de contredire par quelques paroles à mes promesses, protestations et serments, je me soumets à toutes les peines et supplices qui ont été

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