Voy. Coppet et Weimar, p
devant eux. Courbez-vous donc, si vous avez Téchine assez flexible; ou taisez-vous, si vous ne pouvez mieux : le silence en pareil cas est la seule vraie dignité. Quoi qu'il en soit, comment le livre de Y Allemagne avait-il attiré les foudres du pouvoir? Quel nouveau crime avait commis Mme de Staël en publiant ce livre? Écoutez ce que lui écrit le ministre de la police, Savary, duc de Rovigo. Il est curieux^ comme elle dit, de voir ce style-là :
« J'ai reçu, madame, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Monsieur votre fils a dû vous apprendre que je ne voyais pas d'inconvénient à ce que vous retardassiez votre départ de sept à huit jours ; je désire qu'ils suffisent aux arrangements qui vous restent à prendre, parce que je ne puis vous en accorder davantage. Il ne faut point rechercher la cause de l'ordre que je vous ai signifié dans le silence que vous avez gardé à l'égard de l'Empereur dans votre dernier ouvrage ; ce serait une erreur * : il ne pouvait y trouver une place qui fût digne de
i . u Le ministre de la police avait montré plus de franchise eu s'exprimant verbalement sur mon affaire; il avait demandé pourquoi je ne nommais ni TEmpereur ni les armées dans mon ouvrage sur V Allemagne... Mais, lui répondit-on, l'ouvrage étant^ purement littéraire, je ne vois pas comment un tel sujet aurait* pu y être amené. — Pense-t-on, dit alors le ministre, que nous ayons fait dix-huit années la guerre en Allemagne pour qu'une personne d'un nom aussi connu imprime un livre sans parler de nous? Ce livre sera détruit, et |nou3 aurions dû mettre l'auteur à Vincennes. » [Dix années d'exil, seconde partie, chap. I.*^
Jules Barni. 16
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lui ; mais votre exil est une conséquence de la marche que vous suivez depuis plusieurs années. Il m^a paru que l'air de ce pays-ci ne vous convenait point, et nous n'en sommes pas encore réduits à chercher des modèles dans les peuples que vous admirez. Votre dernier ouvrage n'est point français; c'est moi qui en ai arrêté l'impression. Je regrette la perte qu'il va faire éprouver au libraire, mais il ne m'est pas possible de le laisser paraître. Vous savez, madame, qu'il ne vous avait été permis de sortir de Coppet que parce que vous aviez exprimé le désir de passer en Amérique. Si mon prédécesseur vous a laissée habiter le département de Loir-et-Cher, vous n'avez pas dû regarder cette tolérance comme une révocation des dispositions qui avaient été arrêtées à votre égard. Aujourd'hui, vous m'obligez à les faire exécuter strictement; il ne faut vous en prendre qu'à vous-même. Je mande à M. Corbigny (le préfet de Loir-et-Cher) de tenir la main à l'exécution de l'ordre que je lui ai donné, lorsque le délai, que je vous accorde sera expiré. Je suis aux regrets, madame , que vous m'ayez contraint de commencer ma correspondance avec vous par une mesure de rigueur; il m'aurait été plus agréable de n'avoir qu'à vous oflfrir le témoignage de la haute considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être, madame, votre très humble et très obéissant serviteur. »
« P.'S. J'ai des raisons, madame, pour vous indiquer les ports de Lorient, La Rochelle, Bordeaux et Rochefort, comme étant les seuls ports dans lesquels vous pouvez vous embarquer. Je vous invite à me faire connaître celui que vous aurez choisi. »
Ce post-scriptum avait pour but d'empêcher Mme de Staël de passer en Angleterre, où Ton craignait qu'elle ne se rendît pour écrire de là contre Napoléon.
Mme de Staël rentra encore une fois à Goppet, le désespoir dans l'âme, « traînant l'aile, comme le pigeon de La Fontaine ; » elle ne savait pas cependant quelles nouvelles et odieuses persécutions l'y attendaient.
Le premier ordre que reçut le préfet de Genève fut de signifier à ses deux fils qu'il leur était interdit d'entrer en France sans une nouvelle autorisation de la police : on voulait les punir d'avoir tenté de parler à Napoléon en faveur de leur mère. Ce même préfet lui écrivit pour lui demander, au nom de la police, les exemplaires qui devaient lui rester encore, et dont le ministre savait très exactement le compte. Au moment où le livre était mis au pilon, le préfet du département où se trouvait alors Mme de Staël était venu lui demander son manuscrit : on ne se contentait pas de détruire Touvrage imprimé, on voulait anéantir le manuscrit lui-même,
"SSO DIXIÈME LEÇON
afin qu'il ne restât plus trace de ce travail détesté. Heureusement, Mme de Staël avait pu mettre son manuscrit en lieu de sûreté; elle donna au préfet une mauvaise copie qui lui restait et dont celui-ci voulut bien se contenter. Ce préfet ne tarda pas à être puni des égards qu'il avait montrés à Mme de Staël dans cette affaire. Le préfet de Genève, M. de Barante, fut aussi disgracié, bien qu'il ne se fût écarté en rien des ordres qu'il avait reçus; il était des amis de Mme de Staël.
Le nouveau préfet fit tous ses efforts pour décider Mme de Staël à célébrer l'Empereur. « C'était, disaitil, un sujet digne du genre d'enthousiasme qu'elle avait montré dans Corinne. » — « Je lui répondis, raconte MmedeStaêl, que, persécutée comme je l'étais par l'Empereur, toute louange de ma part, adressée à lui, aurait l'air d'une requête, et que j'étais persuadée que l'Empereur lui-même trouverait mes éloges ridicules dans une semblable circonstance. Il combattit avec force cette opirfion ; il revint plusieurs fois chez moi pour me prier, au nom de mon intérêt, disait-il, d'écrire pour l'Empereur, ne fût-ce qu'une feuille de quatre pages : cela suffirait, assurait-il, pour terminer toutes les peines que j'éprouvais. Ce qu'il me disait, il le répétait à toutes les personnes que je connaissais. Enfin un jour il vint me proposer de chanter la naissance du roi de Rome; je lui répondis en riant que je n'avais aucune idée sur ce
suj^l et que je m'en tiendrais à faire des vœux pour que i a nourrice fût bonne. Cette plaisanterie finit les négociations du préfet avec moi sur la nécessité que j'écrivisse en faveur du gouvernement actuel. » Aussi les persécutions ne s'arrêtèrent-elles pas. Les médecins ayant ordonné à son fils cadet les bains d'Aix en Savoie, Mme de Staël s'y rendit, après avoir prévenu le préfet de Genève ; mais, à peine y étaitelle arrivée, qu'elle recevait l'ordre de revenir. Il lui fut interdit d'aller, sous aucun prétexte, dans les pays annexés à la France ; et on lui conseilla même de ne pas voyager en Suisse et de ne jamais s'éloiner dans aucune direction à plus de deux lieues de Coppet. M. de Schlegel, qui vivait auprès d'elle depuis huit ans et qui avait fait l'éducation de ses fils, reçut l'ordre de quitter Genève et Coppet. C'était, dit-on à Mme de Staël, dans son intérêt que le gouvernement éloignait de sa maison un homme qui la rendait antifrançaise et qui avait osé préférer la Phèdre d'Euripide à celle de Racine. Un vieil ami de Mme de Staël, Mathieu de Montmorency, étant venu passer quelques jours avec elle à Coppet, reçut, chez elle, sa lettre d'exil. « Je poussai des cris de douleur, dit-elle, en apprenant l'infortune que j'avais attirée sur la tête de mon généreux ami ; et jamais mon cœur, si éprouvé depuis tant d'années, ne fut plus près du désespoir. » Mme de Récamier vint à
•son tour, quoique Mme de Staël l'eût conjurée de ne
pas s'arrêter à Coppet, et à son tour elle reçut une lettre d'exil. Ainsi Ton punissait Mme de Staël dans ses amis les plus chers du refus qu'elle avait fait de se dégrader en chantant les louanges de l'Empereur.
Fatiguée de tant de persécutions, qui rejaillissaient ainsi sur ses amis, et craignant qu'on n'en vint contre elle-même à quelque mesure plus violente, Mme de Staël prit le parti de s'éloigner de Coppet ou plutôt de fuir, car on lui avait refusé des passeports pour l'Amérique (on craignait toujours qu'elle n'allât s'établir en Angleterre) et même pour l'Italie, où elle avait demandé la permission de se rendre pour rétablir sa santé altérée par tant d'épreuves. Le 23 mai 1812, elle partit de Coppet comme pour une promenade, quittant ainsi en fugitive ses deux patries, la Suisse et la France. Elle gagna l'Autriche, puis la Moravie, la Pologne et la Russie. Elle quittait Saint-Pétersbourg au moment où les troupes françaises entraient à Moscou. Elle se rendit en Finlande et de là en Suède, à Stockholm, où elle écrivit la seconde partie de ses Dix années d'exil^ dont elle avait rédigé la première à Coppet, en s'entourant de toutes sortes de précautions pour la soustraire à l'œil vigilant de la police. Elle passa de là en Angleterre, où l'un de ses premiers soins fut de réimprimer son ouvrage sur l'Allemagne , supprimé par la police impériale.
Enfin la chute de l'Empereur lui permit, après dix
ans d'exil, de rentrer en France et à Paris, dans ce Paris qu'elle aimait tant : elle Taimait au point de dire qu'elle préférait le ruisseau de la rue du Bac aux bords du lac Léman ; mais, en rentrant en France et en regagnant son Paris, elle éprouvait la douleur de voir le sol de sa patrie couvert de soldats étrangers.
Le retour de l'île d'Elbe lui causa une autre douleur, qu'elle a décrite admirablement dans ses Considérations sur la Révolution française; elle quitta Paris dès le 11 mars. « Je n'ai pas d'armée entre lui et moi, dit-elle à Mme de Rumfort en présence de M. Villemain *, et je ne veux pas qu'il me tienne prisonnière, car il ne m'aura Jamais pour suppliante *. » Mais Napoléon lui fit transmettre des paroles rassurantes par son frère Joseph, en l'engageant à revenir. Le lion s'était radouci dans l'espoir de recouvrer sa puissance : il faisait à présent patte de velours à ce& idéologues qu'il persécutait ou insultait naguère %
1. Villemain, Souvenirs contemporains, deuxième partie, p; 29.
2. « Lorsque Bonaparte était déjà entré à Lyon, raconte Mme Necker de Saussure dans sa Notice sur le caractère et les^ écrits de Mme de Staël, une femme qui était attachée à ce parti Tint dire à Mme de Staël : « L'Ëmpereiu* sait, madame, combien vous avez été généreuse pour lui pendant ses malheurs. — J'espère, répondit-elle, qu'il saura combien je le déteste. »
3. C'est sur Ydéologie, le croiraitron, que Napoléon rejetait sa fureur, après les désastres de sa campagne de Russie. <c C'est à Tidéologie, disait-il au Conseil d'État au retour de cette triste campagne, c'est à cette ténébreuse métaphysique qui, en recherchant avec subtilité les causes premières, veut siu* ses bases fonder la religion des peuples, c'est à Vidéologie qu'il faut attHbuer tous les
mais dont il avait besoin maintenant. Il joue à cette heure la comédie de la liberté. Mme de Staël, du moins, ne fut pas dupe de cette comédie. « Il faudrait, disait-elle, moins de foi pour croire aux miracles de Mahomet qu'à la conversion de Napoléon. » Je n'ai pu parler aujourd'hui que de Mme de Staël ; mais combien d'autres victimes de la tyrannie de Napoléon, et de victimes plus malheureuses, ne pourrais-je pas ajouter à celle-là parmi les représentants de la pensée! Le temps me manquerait pour les passer en revue ; mais, entre tant d'autres exemples, il en est un que je tiens à signaler, parce qu'il n'est pas aussi connu qu'il mérite de l'être *. En 1806, le libraire Palm, de Nuremberg, pubha une brochure contre la domination française. Sommé d'en dénoncer l'auteur, il refusa de parler; Napoléon le fit alors fusiller sans jugement. Cet acte inquali-
malheurs de la France... C est eUe qui 'a amené le régime des hommes de sang, qui a proclamé le principe de Finsurrection comme un devoir, qui a adulé le peuple eu rappelant à une souveraineté qu'il était incapable d'exercer; qui a détruit la sainteté et le respect des lois en les faisant dépendre, non des principes sacrés de la justice, mais seulement de la volonté d'une assemblée composée d'hommes étrangers à la connaissance des lois civiles, criminelles, administratives, politiques et militaires... Lorsqu'on est appelé à régénérer un Etat, ce sont des principes tout opposés qu'il faut suivre... et que le Conseil d'État doit avoir constamment en vue... Il doit y joindre un courage à toute épreuve et, à l'exemple des présidents Harlay et Mole, être prêt à périr en défendant le souverain, le trône et les lois. »
4. M. Thiers, le plus lu, hélas! des historiens de l'Empire, n'en 4lit pas un mot dans son histoire. Mais que de choses manquent dans^cette volumineuse histoire!
fiable est consigné sur la façade d'une maison voisine de Saint-Sebald par Tinscription suivante, qu'ont pu lire, comme moi, ceux d'entre vous qui ont visité Nuremberg : « C'est dans cette maison que demeurait Jean Palm, libraire, qui périt, en 1806, victime de la tyrannie de Napoléon *. »
Je ne puis terminer ce cours sans indiquer au moins quelques-unes des conclusions qui en ressortent.
Ma première conclusion est triste : c'est que ceux qui ont tenté d'introduire dans la recherche et dans l'enseignement de la vérité la liberté dont elle a besoin, et qui, au nom de cette liberté, imprescriptible droit de l'esprit humain, se sont élevés contre l'autorité et contre les préjugés qu'on leur voulait imposer, ceux-là ont dû payer leurs généreux efforts de leur repos, de leur liberté ou de leur vie. Témoin, dans l'antiquité grecque, Socrate, condamné à bdire la ciguë pour avoir enseigné une religion et une morale plus pures que la religion et la morale régnantes. Témoin, sous les empereurs romains, les stoïciens, punis de mort pour avoir défendu là dignité de l'homme et le sanctuaire de la conscience contre les attentats de l'omnipotence impériale et
1. J'ai déjà rapporté ce fait dans mon Introduction & ma traduction des Considérations sur la Révolution française, par Fichte,
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pour avoir refusé d'adorer la divinité des Césars. Témoin, au v® siècle de Père chrétienne, Hypatie, massacrée dans les rues d'Alexandrie, parce qu'elle n'avait pas adopté la foi de saint Cyrille. Témoin, au moyen âge, Abélard, condamné par deux conciles, et persécuté toute sa vie pour avoir essayé d'introduire la dialectique, c'est-à-dire le raisonnement, dans l'enseignement de la théologie. Témoin^ au xvi** siècle, Ramus, persécuté aussi toute sa vie et enfin massacré dans la Saint-Barthélémy, non seulement pour avoir embrassé la Réforme, mais aussi et surtout pour avoir osé attaquer l'autorité d'Aristote; et, dans la Réforme même, Michel Servet, brûlé à Genève par Calvin, pour avoir exprimé des idées différentes de celles de ce réformateur sur la Trinité et sur la nature de Jésus-Christ. Plus tard, Jordana Bruno, huit ans prisonnier dans les cachots de Venise et de Rome, puis brûlé à Rome par l'inquisition, pour cause de libre pensée; Campanella, retenu vingtsept ans dans les fers, mis quinze fois en Jugement et appliqué sept fois à la torture pour cause d'hérésie ; Yanini, brûlé à Toulouse en 1619, pour ses opinions philosophiques; Galilée, forcé de venir à Rome, à l'âge de soixante-dix ans, pour s'y voir condamné à abjurer, à genoux, par-devant les cardinaux et les prélats de la Congrégation, la vérité qu'il avait découverte ou démontrée par la puissance de son génie. Témoin, au xviii® siècle, Jean-Jac-
ques Rousseau, banni de France et de Genève, sa patrie, errant d'asile en asile et chassé de partout, comme un malfaiteur, pour avoir écrit la Profession de foi du vicaire savoyard, c'est-à-dire l'un des plus beaux monuments de l'éloquence philosophique dans les temps modernes. Témoin enfin Mme de Staèl, proscrite, son admirable livre de V Allemagne mis au pilon, eX elle-même forcée de fuir jusqu'au fond de l'Europe, pour n'avoir pas voulu louer Napoléon. Voilà^ pour ne rappeler que les noms sur lesquels ont surtout porté mes leçons, et sans parler de tant d'autres martyrs, illustres ou obscurs, que j'y ai joints en passant ou que j'y aurais pu joindre, voilà quel a été jusqu'ici dans le monde le sort des représentants de la pensée libre et indépendante.
Mais une seconde conclusion, celle-ci du moins consolante, se mêle à la première : c'est que toutes ces persécutions et tous ces supplices n'ont pu empêcher la vérité de se faire jour et le progrès de s'accomplir ; ils ont servi, au contraire, à en hâter et à en assurer le triomphe. Prison, exil, torture, ciguè, bûchers, échafauds, supplices et persécutions de toutes sortes, tout a été vain contre la vérité : elle n'en a pas moins marché. Et pourtant elle se
meut !
Aussi commençons-nous aujourd'hui à recueillir le fruit du dévouement de ces martyrs de la libre pensée. Si tout n'est pas fait encore, et si nous avons
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encore à lutter. De perdons pas de vue les exemples que nous ont laissés ces héros de la philosophie, et songeons que nos efforts, comme les leurs, ne demeureront pas stériles, quand même nous devrions succomber dans la lutte. C'est ma troisième conclusion, et c'est la leçon pratique que je voulais tirer des deux premières.
Mais je n'oublie pas que je parle ici dans un pays ou la liberté de penser est consacrée par la législation la plus libérale qui soit aujourd'hui en Europe, bien que sur ce point les mœurs aient peut-être encore quelques progrès à faire pour se mettre tout à fait en harmonie avec les lois. Comment l'oublieraisje, puisque c'est précisément cette liberté qui m'a attiré dans ce pays. Et maintenant, en voyant l'accueil fait à ces leçons consacrées aux martyrs de la libre pensée, le nombreux public qu'elles ont attiré, l'intérêt avec lequel elles ont été écoutées, en voyant les vives sympathies qui ont récompensé mes efforts, comment ne me féliciterais-je pas de la détermination que j'ai prise? Non, je le déclare franchement, quelque dur qu'il soit de s'exiler loin de sa mère et de ses amis, je ne saurais, pour ma part, regretter beaucoup sur les bords du Léman le ruisseau de la rue du Bac.