‹ Les Martyrs de la Libre PenseeChapitre 42 sur 44 · PORTRAIT DE NAPOLÉON · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE NAPOLÉON

Par FICHTB ^

(Tiré d'une leçon snr Vidée d'une véritable guerre, prononcée en 1813)

Permettez-moi de jeter un coup d'œil sur Thomme qui s'est placé à la tête de la nation française. Je vous ferai d'abord remarquer qu'il n'est pas Français. S'il l'était, peut-être que des idées sociables, un certain respect pour l'opinion des autres, quelque estime pour autre chose que pour lui-même se manifesteraient en lui ; peut-être que des faiblesses et des inconséquences bienfaisantes modifieraient son caractère, comme il arriva, par exem-

1. J'avais traduit ce portrait pour l'insérer dans mon introduction aux Considérations sur la Révolution française^ par Fichte, dont j'ai publié la traduction, à Paris, en 1859; mais les appréhensions, fort exagérées sans doute, de mon éditeur, ne me permirent pas de Fy laisser. Il s'agissait, il est vrai, d'un jugement historique et qui avait été déjà traduit en français (par M. Lortet; Lyon, Louis Babeuf, 1831); mais devant l'arbitraire toute crainte est naturelle. Quoi qu'il en soit, je profite de Toccasion que m'offre le présent volume pour rétablir ici ce que j'ai dû supprimer ailleurs ; et j'espère que le lecteur me saura gré de lui offrir un portrait qui vient si bien à l'appui de ma dernière leçon, et qui me parait tout à fait digne d'être placé à côté de ceux que Ghanning et Emerson ont tracés du même personnage. (Voy. Vie et caractère de Napoléon Bonaparte, par W.-E. Ghanning et R.-W. Emerson, traduit de l'anglais par François Van Meenen. Bruxelles, 1857.)

Jules Barni. i7

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pie, chez Louis XIV, qui était, à mon avis, la plus détestable persoiùiification du caractère français. Mais il appartient à ce peuple qui déjà, chez les anciens, était célèbre par sa barbarie ; qui, à Tépoque où cet homme est né, était abruti par le plus dur esclavage ; qui, pour briser ses fers, avait soutenu une guerre de désespoir, et qui, à la suite de ces combats, fut asservi par un maître rusé et se vit frustré de sa liberté. Les idées et les sentiments que cet état de sa patrie excitèrent en lui furent les premiers moyens qui servirent à développer son intelligence. G*est ainsi que lui apparut d'abord la nation française, au milieu de laquelle il fut élevé ; et, comme cette époque était celle d'une révolution dont il put étudier les ressorts intérieurs, il apprit bientôt à connaître cette nation et à la regarder comme une masse extrêmement mobile, susceptible de recevoir toutes les impulsions, mais incapable de se donner elle-même une direction déterminée et durable. Il était redevable de la culture de son esprit à cette nation, qu'il pouvait regarder comme la première de toutes ; il devait donc nécessairement porter sur tout le reste du genre humain le même jugement que sur elle. Il n'avait aucun pressentiment d'une destination plus élevée de l'homme ; d'où l'aurait-il reçu, puisqu'il ne l'avait puisé ni dans d'heureuses habitudes de jeunesse, comme il arrive chez les Français, ni dans les notions claires qu'auraient pu lui fournir plus tard la philosophie ou le- christianisme? A cette connaissance exacte des qualités propres à la nation qu'il voulait dominer se joignait en lui une volonté qu'il tenait du peuple énergique dont il était issu, mais qu'il avait retrempée, fortifiée et rendue plus inébranlable par une lutte continuelle, mais dissimulée, contre les entourages de sa jeunesse. Avec ces éléments de la grandeur humaine : une grande netteté de vues et une volonté ferme, il eût été le bienfaiteur et le libérateur de l'humanité, si le moindre sentiment de la destination morale du genre humain eût

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