‹ Les Martyrs de la Libre PenseeChapitre 43 sur 44 · PORTRAIT DE NAPOLÉON · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE NAPOLÉON

vivifié son esprit. Mais il n'eut jamais ce sentirtient, et il est pour tous les siècles un exemple de ce que ces deux éléments peuvent produire quands ils sont réduits à euxmêmes et qu'il ne s'y joint aucunp idée de Tordre spirituel. Il se créa donc un système particulier : il pensa que l'humanité entière était une masse de forces aveugles, ou absolument inertes^, ou luttant entre elles irrégulièrement et en désordre ; que ni cette inertie, ni ce mouvement désordonné ne pouvait subsister longtemps, mais que la stagnation devait faire place à un mouvement dirigé vers un certain but ; qu'à de rares époques, séparées par des siècles, apparaissaient des esprits destinés à donner une impulsion à cette masse ; que Charlemagne avait été un de ces esprits et qu'il était son successeur ; que les inspirations de ces esprits étaient les seules réelles, qu'elles étaient vraiment saintes et divines ; que le mouvement du inonde n'avait pas de principes plus élevés ; qu'il fallait leur sacrifier tous les autres buts, toute jouissance et toute sécurité, mettre pour elles toutes les forces en mouvement et toutes les vies en réquisition, et que c'était se révolter contre la loi suprême du monde que de s'opposer à une telle impulsion....

C'est dans cette netteté de vues et dans cette fermeté que réside sa puissance. — Dans cette netteté de vues : toute force non utilisée est à lui, toute faiblesse dans le monde doit concourir à sa force. Gomme le vautour qui plane sur les régions inférieures de l'air et cherche une proie, il plane sur l'Europe étourdie, épiant toutes les fausses mesures et toutes les faiblesses pour s'abattre dessus et les faire tourner à son avantage. Dans cette fermeté : les autres souverains veulent bien régner aussi, inais ils veulent en outre beaucoup d'autres choses, et ils ne veulent la première qu'à la condition d'avoir aussi les autres ; ils ne veulent pas sacrifier leur vie, leur santé, leur trône ; ils veulent conserver leur honneur, ils veulent être aimés. Quant à lui, il ne connaît aucune de ces

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faiblesses : il met en jeu s^ vie et toutes les commodités de sa vie ; il s'expose à la chaleur, au froid, à la faim, à des grêles de balles ; il ne se prête pas à des traités restrictifs, tels que ceux qu'on lui a proposés ; il ne veut pas être le maître paisible de la France, comme on le Lui a offert, mais il veut être le maître du monde, et, s'il ne peut y parvenir, il aime mieux ne pas être. Il le prouve maintenant et le prouvera encore par la suite. Ils n'eut auoune idjée de cet homme et le font à leur image, ceux qui croient qu'en lui proposant d'autres conditions pour lui et pour sa dynastiie, telle qu'il la veut, ils en obtiendront autre chose que des suspensions d'armes. L'honneur et la loyauté ? ^aj: l'incorporation de la Hollande, il a fait voir qu'un souverain n'y est fidèle que selon les circonstances : s'il lui est avantageux de tenir sa pa^role, oui ; si CQla lui est nuisible, non. Aussi, dans toutes le& pièces politiques qui viennent de cet homme, le mot droit ne ae rencontre-t>il plus : il est pour lui comme effacç de la langue; il n'y est partout question que du bien-être de la nation, de la gloire des armées, des trophées qu'il à élevés dans tous les pays. Tel est notre adversaiire.... Veut-on une preuve décisive de son aveuglement absolu pour la destination morale du genre hij^xiain ? Que Ton songe au fait précis par lequel il s'est marqué du sceau de sa nature en face de ses contemporains et de la la prospérité. Il faut le rappeler avec d'autant plus de soin que, suivant le désir de nos propres maîtres et de leur» instruments, ce fait, parfaitement conforme à leurs vues, a été enseveli dans un silence universel, ^t qu'il. commence h s'effacer dans la mémoire des contemporains. Ceux qui veulent porter contre lui l'accusation la plus grave montrent toujours le cadavre sanglant du duc d'Ënghien, comme si ce meurtre était le pire de ses forfaits. M^is je songe à un autre fait, à un fait auprès duquel le meurtre du duc d'Enghien ^ est presque p(u$ rien et n'est pas digne, à mon sens, d'être mentionné.

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