‹ Les martyrs de la Révolution dans le diocèse de SéezChapitre 11 sur 29 · M. PIERRE SOREL · texte numérisé non relu

M. PIERRE SOREL

il résigna sa cure à M. i'abbé Desprès, vicaire du Plantis, qui entra en possession au mois de janvier 1789.

M. Collet se retira chez les religieuses Bénédictines d'Exmes, qui, connaissant sa science et sa piété, le priaient depuis longtemps d'accepter chez elles les fonctions de chapelain. Lorsque la révolution arriva, ce saint prêtre refusa le serment. 11 fui arrêté pour ce motif, et, comme il était sexagénaire, il fut envoyé à Sainte-Claire d'Alençon, puis â Rambouillet. Il y mourut, emporté par le typhus, qui décimait les confesseurs de la foi. En expirant, il put dire à ses persécuteurs, comme le saint vieillard Eléazar{l}: » Je n'ai pas voulu ternir ma vieillesse par un acte abominable, qui eût pu m'arracher en ce monde à vos supplices, mais qui eût attiré sur moi les châtiments de Dieu en cette vie et en l'autre. En mourant courageusement, je fais honneur à la vieillesse du sanctuaire, et je laisse aux jeunes gens l'exemple d'une mort généreuse pour la défense de nos saintes lois (3) ».

xm.

Le même jour, Dieu appela aux récompenses étemelles un autre confesseur de la foi célèbre par sa charité pour les pauvres. M. Pierre Sorel, né à Saint-Aubin de Bonneval (3), en 1732, fut nommé curé de cette paroisse aussitôt après son ordination. Le premier acte de son ministère porte la date du 21 janvier 1753. Pasteur plein de zèle, il édifia sa paroisse par sa charité envers les indigents, et par la pratique de toutes les bonnes œuvres. Il venait de faire bâtir un presbytère à ses trais, lorsqu'il vit arriver la révolution, qui comme un torrent dévastateur menaçait de tout emporter. D s'opposa de toutes ses forces aux progrès de l'impiété,

(1] U Micchab., vi, 25,

(3) Lettre de M. l'abbé Heshayee, curé de Trémoal.

(3) Canton de Vimoutien, arronditsement i'Krgeal3n (Orne).

LITHE n, CHAPITRE m.

prêcha liiiulement aux Sdèles l'obéissance au Saint-Siège apostolique, et donna lui-môme l'exemple de la fidélité en refusant le serment constitutionnel.il fut alors chassé de son presbytère, que les persécuteurs vendirent quelque temps après, et se \it dépouillé de presque tous ses bien^ patrimoniaux. Mais il sacrifia généreusement les richesses de la terre, afin de mériter le royaume céleste.

Calomoiéet poursuivi par ceux-là mêmes qu'il avait comblés de biens, il fut arrêté, en 1792, conduit à Alençon, et enfermé à l'abbaye de Sainte-Claire par ordre du Directoire. Au mois d'octobre 1793, les persécuteurs le firent déporter à Chartres avec soixante-huit autres ecclésiastiques arrêtés dans le département de l'Orne. Il fiit de là transféré à Rambouillet, où, pendant plus de dix mois, il se vit en butte à des menaces de mort et aux mauvais traitements de ses gardiens. Dieu mit fin au long martyre de son serviteur, en l'appelant à lui, le 13 septembre 1794. à l'âge de 61 ans (1).

Le lendemain, un autre martyr de la fidélité religieuse, M. Jean Rocher, vit arriver la fin de ses souffrances. Né à Magny-le-Désert (2), en 1711, il avait été nommé curé de cette paroisse à l'âge de trente-huit ans. Il fit beaucoup de bien aux pauvres, et surtout à son église. Avec les fonds que lui avait légués M. Belin, son prédécesseur, et de ses propres deniers il fit fondre, en 17&i, une quatrième cloche pour la paroisse. Peu de temps auparavant il avait fait refondre el augmenter la grosse cloche avec les dons des habitants et les fonds de la fabrique. Il reste encore un précieux souvenir de ce bon pasteur à Magny : c'est une modeste chapelle, située au village de la Penderie, et dédiée à Notre-Dame de Pitié. Sur la pierre principale du frontispice, on lit :

(1) Lellrede SI. i'-Mi Andrieuj.

(a) Canlon de la Ferlé-Miicé,

de Sïiiit'Aublii-de-BDPacval.

deDomrroDt (Orne).

H. PIEBHE SDREL. In

CmHLEB GUILIOU ET MARIE ROCHER, S0> ÉPOL'SE, m'ont fait BATIR,

ET j'ai Été hbmte par m. jean rociier,

CURÉ DE KAGNÏ-LE-DÉSËRT. ITdli.

SEIGNEUR, SBCOIfREZ-NOUS.

aujourd'hui, cet humble sanctuaire, bénit par des mains chargées de chaînes pour Jésus-Christ, est l'objet de la vénération publique.

Après s'être acquitté des nombreux actes de son ministère, Ï-Roclier trouvait encore du temps pour former à la science ecclésiastique plusieurs jeunes gens de sa paroisse, qui rendirent par la suite de grands services à la religion, Parmi ses élèves, on compte M. Gérard, son vicaire et son successeur dans la cure de Magny (1), M. Leveîllé, im de ses autres vicaires, mort comme lui victime de la fureur révolutionnaire, et M. Dupont, qui eserçait aussi le saint ministèreàMagny,au moment de nos troubles politiques. M. Ro- «her avait également formé au service des autels deux de ses neveux. L'un, M. Rocher, mourutvicaire de Magny quelques années avant la révolution ; l'autre, M. Lolivier, partit pour les missions étrangères. Après un long et brillant apostolat dans l'extrême Orient, il mourut au Collège de Poulo-Pinang (2).

Dans les dernières années de sa vie, M. Rocher fut en proie à de vives souffrances, qui l'obligèrent de résigner sa cure. Cependant il continua de vivre au presbytère au milieu de ses enfants dans le sacerdoce. Il gardait continuellement la chambre, et ce n'était qu'à de rares intervalles qu'il retrouvait assez de forces pour offrir le saint sacrifice. La persécution vint arracher à son troupeau ce bon vieillard presque mourant. On jeune homme, son élève, le flis de son

(i) Il sonSril la perséeulioii et l'ei^l pour U toi.

(3) Panlo-PiDang, villa sitaée dans Tile du Prini;e-dc-GalleB (ABia), à Iroia kilouètreE de la cdu aaesl de la presqu'île de Maiaeca.

7fî LiVBE n, CRAPimE in. ^H

sacristain, nourri souvent à sa table, accepta l'odiei^P mission d'arrêter son bienfaiteur. Les vieillards raconteof encore en frémissant d'indignation avec quelle brutalité il conduisit sa victime parles chemins les plus difficiles, rechercbant surtout dans It bourg les pierres et les cahots pour rendre à son bienfaiteur le transport plus pénible.

Après avoir été détenu pendant près de dix-huit mois daas les prisons d'Alençon, M. Rocher fut transféré à Chartres, Ie25octobrel793. Queliiues semaines après il subit uneseconde déportation à Rambouillet, [lavait alors 82 ans. Avoir sa démarche chancelante, son visage abattu par les privations et les cruelles souffrances de la prison, il était facile de jager que ses bourreaux l'envoyaient à la mort. Mais la mort pour les serviteurs de Dieu, c'est la vie. Les pieux com|)agnons de captivité du saint prêtre, parmi ies(]uels on remarquait MM. Jacques Thibault, curé de Carrouges, Pierre Chauvière, chanoine de Sainte-Marguerite, François Jourdan, curé de Cirai, et Fran(,'ois Hochet, prclre à Saint-Front, essayèrent de prolonger les jours du vénérable curé de Hagny, en redoublant pour lui de soins et d'attentions; il expira doucement entre leurs bras, le 17 septembre I79i{t).

Le 22 septembre, le diocèse de Séez fit une nouvelle perte dans la personne de M. Jacques Koger, curé-doyen deTruD. Il était né en 1723 à Saint-Martin-des-Besaces {diocèse de Bayeux). Elevé au sein d'une famille, où l'honneur et la piéti étaient comme héréditaires, il se sentit de bonne heure appelé par Dieu à l'état ecclésiastique. 11 embrassa avec joie cette sainte carrière, et fut promu au sacerdoce, vers 1750. Il remplit pendant quelques années les fonctions de vicaire dans une des paroisses de la ville de Caen. il y montra une

(1) Lellre de M. l'abbé Lelandais, vicaire de Magny

ICtitude et une sévérité, qui semblaient exlraordinaiies a aussi jeune ministre des autels. Tout en lui annoiieTertu consommée, et un prêtre profondément péné- ^ l'esprit de son état.

ftoger fut nommé curé de Triiq, le b septembre J733. Rie il était rempli de zèle pour la gloire de Dieu, son tëre ne tarda pas à produire des fruits abondants. Son B et l'estime que lui portaient tous les ecclésiastiques y contrée le firent choisir pour Doyen du canton le t i773. Lorsque l'Assemblée constituante déclara la B à l'Eglise de Dieu, M. Roger résolut de donner à upeau l'exemple d'une fidélité inviolable au sou- ^erain Pontife. Bientôt, poursuivi par les satellites des persécuteurs, il fut obligé de sortir de sa paroisse et de cbercLer un asile dans la maison d'un neveu, qu'il avait élevé lui-même avec une tendresse toute paternelle.

Il y resta plusieurs mois environné du respect et de l'affeclion qu'il méritait. Mais une personne, étrangère à sa famille, lui ayant appris qu'il exposait la fortune de son Oeveu et sa vie elle-même, en restant cbez lui, contraireiSent aux lois de la république, ce bon vieillard ne voulut pas rester un instant de plus en cette maison. En vain son Qeveu, sa femme et ses enfants le supplièrent-ils de ne pas les quitter, il partit au milieu des pleurs de cette famille désolée, et, comme il ne voulait exposer la vie de personne pour sauver la sienne, il se rendit à Alençon, pour se livrer aux administrateurs républicains.

Condamné à la réclusion, comme prêtre sexagénaire, il fut transféré, le 2S octobre i793,dans les prisonsde Chartres, et, quelques semaines après, dans celles de Rambouillet.

Au mois d'août 1794, il déploya un grand zèle pour le soulagement de ses confrères décimés par les maladies contagieuses. Atteint lui-même par le fléau, il mourut après de longues souffrances en remerciant Notre-Seigneur Jésus- Cbrist de l'avoir fait boire au calice de sa Passion. ^

LlVftE 11, f.HiPlTRE III.

l'res du misérable grabat où expira ce bon {tasteur, mourut quelques semaines après M. Pierre-Pliilîppe- Franvois Delaunay, originaire de la paroisse des Yve- Icaux {!). Ordonné prêtre en 1768, il était vicaire de FaveroUes (2), lorsque l'Assemblée constituante déclara la guerre à l'Eglise. Lorsqu'on lui proposa de faire le serment cunstitulioniiel, il répondit : « J'aimerais miens mourir ijue de trahir ma foi ». Pour mieux se préparer au combat, il distribua aux pauvres de Faverolles tous les biens qu'il possédait. Arrêté quelque temps après pour sa fidélité au Cbef de l'Eglise, il fut conduit à Aleni^on, et traduit le 28 septembre 1793 à la barre de Joseph Provost. Il confessa courageusement la foi catholique, et fut condamné, comme prêtre réfractaire, à la déportation à la Guyane (3).

Un mois environ après ce jugement, comme l'armée catholique menaçait la ville d'Alençon, M. Delaunay fut, par ordre du conseil général, transféré à Chartres, avec soixante-sept autres ecclésiastiques, et enfermé dans l'ancienne maison des Carmélites. Bientôt il lui fallut quitter encore cette ville et partir pour Rambouillet, où les fatigues et les privations le firent tomber malade vers le milieu- du mois de décembre 1793. Grâce aux soins de ses confrères, et surtout de M. Grimbert, de Durcet, qui partageait habituellement le même lit de paille que M. Delauuay, ce fidèle serviteur de Dieu parvint à se rétablir; cependant il resta tellement faible que les persécuteurs ne crurent pas possible de l'envoyer à Rochefort pour y subir la peine de la dépor-

(1) Cuntuu de Unuuae, ai'coadiaeement a'AigeaUn (Orne).

(2) CiDtou de Brioase.

(3} Ce jugement, inscrit sur les Reghlrts du Irihunal ciiininel da déparlemenl de l'Orne, est aigné des tiloyeas F.-J. Provosi, pi'éïident, Brice-Paul-Frwroia Clonei, Malhuritt-Pierra Bourdon, juges; Eliçnne-Pierre-Kraoçoia GoQprJ-DeBjar- [r public; el Nicolas-Charles Aiidollent, greffier.

SI. LOUIS DAULTIEII.

lation. Au mois d'août 1794, M. Uelaiinay fut, comme tous ses confrères, attaqué de la dyssenterie. Après ayoîr touché pour ainsi dire aux portes du tombeau, il en fut retiré encore une fois par la bonté infinie de Dieu, qui lui réservait de nouvelles épreuves, afin d'embellir davantage sa couronne. Au mois d'octobre 1794, le confesseur de la foi fit une troisième maladie : c'était une fièvre cbaude des plus violentes, qui, loin d'exciter la compassion de ses gardiens, les rendit encore plus cruels à son égard. Du de ses neveux, qui vivait encore, il y a dix ans, rapportait « qu'il était allé plusieurs fois des Yveteaux à Rambouillet pour voir son vénérable oncle, qu'il l'avait trouvé la dernière fois revêtu de la cbemise de force, et bien maltraité » . Peu de temps après cette dernière visite, le 17 novembre 1794, le pieux confesseur de la foi, succombant à la violence du mal, rendit doucement son âme à Dieu, et passa de l'exil à la patrie céleste (I).

Les souffrances d'un autre vénérable ecclésiastique de ce diocèse, M, Louis Gaultier, curé de Montgaudry, se prolongèrent jusqu'au mois de février 1793. Il était né à Carrouges, en 1723. Ordonné prêtre en 1758, il travailla avec beaucoup de zèle à la vigne du Seigneur. Sa douceur et sa tendre charité gagnèrent à Jésus-Chrisl un grand nombre d'âmes éloignées des sacrements depuis bien des années. Personne ne consolait mieux que lui les malades, personne no portait plus de paix dans les cœurs affligés, plus de confiance et de repentir dans ceux des pécheurs. Il fut nommé curé de Montgaudry (2), en 1761. Pendant vingt-quatre ans qu'il gouverna cette paroisse, il se montra un pasteur plein de tendresse pour tous les fidèles confiés à ses soins. On doit dire

(i) ArcliWeà du Palais de Justice d'Alençon ; — l.islu i BambouiUel ; — LeUrs de M. le curé des Vvetaui.

(ï) Canton de PersencliÈres, arroudissaineill de Mort^ËM.

, prÉlre:

8(1 LIVRE II, mAriTRE III.

u la louange de ceux-ci qu'ils payaient de retour leur bon pasteur et qu'ils avaient pour lui uneaETection véritablement filiale.

En 17S6, M. Gaultier, se sentant accablr* sous le poids des années, crut devoir résigner sa cure à son neveu, M. Alii, qui, depuis plus de vingt ans, partageait tous ses travaui en qualité de vicaire. Il resta cependant dans la paroisse de Montgaudry, où il espérait finir ses jours. Bientôt les décrets de l'Assemblée constituante vinrent porter le trouble jusque dans son paisible troupeau. M. Gaultier et M. Alix, étant demeurés fermement attachés à l'Eglise catholique, furent l'un et l'autre chassés de leur presbytère et peu de temps après obligés de quitlerleur paroisse.

M.Alix se réfugia en Allemagne, où il trouva un asile pendant l'orage révolutionnaire. Pour M. Gaultier, il fut arrêté par les persécuteurs et conduit chargé de chaînes à Alcnfon.ll avait alors soixante-neuf ans. Comme il se voyait arrivé sur te bord de la tombe et prêta paraître devant Dieu, il n'en fut que plus ferme au milieu de la persécution. Loin de s'aflliger de ses maux, il consolait lui-même ses confrères détenus avec lui pour la cause de Dieu. Après avoir sanctifié par sa patience admirable les prisons d'Alençon, de Chartres et de Rambouillet, où l'injustice des hommes le fit tour à tour conduire, il succomba sous le poids des privations et des souffrances de la captivité le 4 février 1795 (1).

Deux mois après, Notre-Seigneur appela à lui un autre prêtre fidèle au Saint-Siège, M. Jacques-Angélique Guays, né à Laval, en 1727. 11 était curé prieur de la paroisse d'Olivet (2), lorsque l'Assemblée constituante entreprit de jeter

(1} Lellr« de M. l'abbé Radiguel, curé d'Ëcbilau, (2) CéUc paroieae est aUuée prf^s de Lavil.

cari de .Muatgaudri.

M. JAGQUES-ANaÉLIQUS &UAYS. 84

la France dans le schisme. Pressé par les officiers municipaux de prêter le serment d'observer la Constitution civile, il se souvint de ce qu'il avait promis à Dieu, au Pape, et à son évêque le jour de son ordination. Cependant, pour ne pas mécontenter les fidèles de sa paroisse par un refus absolu, il promit d'observer la Constitution en tout ce qui n était pas contraire à la religion catholique, apostolique et romaine.

On ne tarda pas à signifier au vénérable prieur d'Olivet qu'il devait prêter un serment sans restriction, s'il voulait rester en possession de sa cure. 11 le refusa et fut presque aussitôt chassé de son presbytère, quoiqu'il fût aveugle et accablé d'infirmités. Mais rien ne touchait l'âme des persécuteurs. Au mois de juin 1792^ ils l'arrachèrent même du sein de sa famille, où il s'était retiré, et le firent conduire dans la maison des Capucins de Laval. Le 11 octobre suivant, il fut transféré à l'abbaye de Patience, avec son frère M. Âmbroise René Guays, curé de Montigné. Ils furent l'un et l'autre du nombre des confesseurs de la foi, que l'on fit partir pour Alençon à l'approche des Vendéens vainqueurs.

Dire tout ce que le vénérable prieur eut à souffrir pendant ce long voyage serait chose impossible. A Lassay, il lui fallut passer la nuit en plein air dans la cour du château, où il tomba excédé de fatigue et glacé par le froid. Le lendemain, dès le point du jour, il fut obligé de renjonter en voiture. Comme il était aveugle et qu'il ne s'approchait que lentement de la charrette, les satellites républicains lui criaient en l'accablant de coups : « Avance, scélérat, avance ou tu es mort ». Un jeune prêtre ne put retenir son indignation. « malheureux I » dit-il, « ne voyez-vous pas que ce respectable vieillard est aveugle et qu'il a de la peine à monter ? » Ces paroles enflammèrent encore la fureur des républicains. L'un d'entre eux, levant son sabre, voulut frapper le téméraire qui osait les réprimander. Mais

Les Martyrs. — T. II. 6

82 LIVRE ,n, CHAPITRE HT.

Tecclésiastique baissa promptement la tête et évita le coup.

A Couterne, le serviteur de Dieu reçut de nouvelles insultes et de nouvelles blessures. Un des gardiens alla même jusqu'à lui décharger sur les jambes un coup de sabre, qui le mit tout en sang. Pour toute réponse, le bon vieillard leva les mains au ciel et offrit sa vie à Dieu.

A la Ferté-Macé, on témoigna un peu de compassion au noble confesseur de la foi. Après qu'on eut fait monter les prêtres dans la tribune de l'église, on eut l'attention d'appeler un chirurgien pour panser ses blessures. Comme le serviteur de Dieu conservait un visage calme et empreint d'une douceur céleste au milieu de ses cruelles souffrances, le chirurgien, touché de compassion pour ses malheurs, obtint qu'il fût séparé de la troupe des confesseurs de la foi, que l'on conduisait à Alençon par Argentan, afin de rendre leurs souffrances plus longues et leurs dangers plus grands. 11 le fit charger sur une charrette particulière, avec son frère âgé de quatre-vingt-deux ans, et les fit conduire à Alençon par une route moins détournée : celle de Prez-en- Pail.

Ces pieuses victimes de la foi catholique, épuisées de souffrances et de privations, tombèrent évanouies en arrivant dans ce bourg. L'aubergiste, à la porte duquel elles restaient étendues et comme privées de vie, ne put obtenir de leurs gardiens la permission de leur donner le moindre secours. « Qu'ils crèvent au plus tôt ces scélérats I » telle fut la réponse qu'on fit à toutes ses instances. Le seul soulagement qu'il put leur procurer fut de déposer près d'eux un seau d'eau, comme pour un vil bétail.

Dieu donna cependant à ses fidèles serviteurs la force de continuer leur pénible voyage et d'arriver jusqu'à Alençon, d'où ils partirent pour Chdrtres, le 30 octobre 1793. Retenu à l'hospice de cette ville, à cause de ses infirmités et de ses blessures, M. Jacques-Angélique Guays eut la douleur d'y

PRÊTRES DÉP0BTÉ3 A KOCHF.FORT. 83

perdre son frère, le 13 novembre 179-1. A partir de ce moment, ce bon vieillard ne soupira plus qu'après le moment où Dieu le tirerait de ce moude mauvais, pour l'introduire dans la patrie céleste et lui faire revoir ce frère bien-aimé. Quelques mois après, succombaut sous le poids des souffrances, il vit arriver la mort avec joie. Son âme, délivrée de la prison du corps, s'envola au ciel, le 19 avril 1793.

'iQuisootceus qui apparaissent revêtus de robes blanches et d'oii viennent-ils.. .? — Ce sont ceux qui ont passé par la grande tri bulation, etquiont blanclii leur robe dans le san^f de l'Agneau. C'est pourquoi ils sont devant le Irdne de Dieu, et ils le servent jour et nuit dans son temple, et Celui qui est assis snr le frône demeure toujours avec eux. Ils n'auront plusnPfaim ni soif, et ne souffriront ni du soleil ni det'ora^^e. Parce que l'Agneau, qui est au milieu du trône, sera leur Pasteur, et il les conduira aux fontaines d'eaux vives, et Dieu essuiera toutes les larmes de leurs yeux (I) ".

I Après

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