M. JEAN I
- Je suis né à Si'^ez, paroisse de Saint-Pierre, di^partemenl de
- Quel est ion âge ?
l'ai quarante-huit ans.
'a profession?
le suis prêtre catholique, secrétaire provincial, conférengurdieu de la maison des Capucins de SelteviHe- lez-
<i — A3-tu prêté les serments requis par la loi ?
" — Je n'ai prèle aucun serment.
" — Pourquoi"?
" — Parce que je n'ai pas cru devoir le faire.
" — Depuis ta sortie du couvent, as-tu dit la messe, oti et quand?
" — Aucune loi ne m'empôchant de dire la messe partout oii je veux, je n'ai rien à répondre à cette question (l) ".
Quelques instants après, le tribunal condamnait le confesseur de la foi à la déportation à la Guyane. 11 rendit grâces à Dieu en entendant cette sentence, et se laissa conduire tranquillement au séminaire Saint-ViTien, converti en prison. Après y avoir subi pendant près de on^e mois une détention très-dure, il partit pour Rochefort le 9 mars 1794. 11 arriva dans cette ville épuisé de fatigues et fut embarqué sur le navire pestilentiel les Detix- Associés. M. l'abbé Grégoire de la Biche nous a conservé, dans ses notices, le souvenir de l'impression que fit sur ses confrères la sainteté du P. Protais." C'était, dit-il, un religieux d'un <i grand mérite, et aussi recommandable-par le saint usage « qu'il fit pour le soulagement de ses frères déportés de ses " forces physiques et des talents que la nature lui avait <• donnés, que par sa fermeté dans la foi, sa prudence, sa « régularité, et ses autres vertus chrétiennes et monas- « tiques. Il était superbe homme, et son port tout seul im-
(1) Dossier de M. BDUi'doii, ci
X arcllivea de la Soifle-lnfirie
!■ primait le respect (1) ». Ces quelques lignes nous réTèlenl quelle était l'occupation du vénérable religieux au miliËU de ses confrères. Après avoir rempli tous ses exercices de piété et vaqué à l'oraison aussi longtemps que s'il eiitvécu dans son monastère, il s'employait avec joie à soulager let misères corporelles de ses frères et à leur distribuer le pain de la parole, qui nourrit l'âme, la fortifie et la console. D engageait souvent ses compagnons de captivité à méditer ces paroles de l'Ecriture, dans lesquelles il trouvait des délices ineffables: ic Les souffrances de ce monde ne sont " rien en comparaison de la gloire qui nous attend dans H l'autre vie. . . D'ailleurs le temps est si court. . . La figure « de ce monde passe si vite... Oh ! bienheureux ceux qui Il vivent et qui meurent dans le Seigneur ; car leurs œuvres ce les suivent dans l'éternité ». Eu soignant ses frères, il cootracta la maladie, qui moissonnait les confesseurs de la foi. Il s'efforça vainement, durantplusieurs jours, de surmonter son mal à force de courage. Il périt après une agonie des plus longues et des plus cruelles, le 22 août 1794, Il était âgé de quarante-neuf ans (2).
Le même jour et presque à la même heure, mourut tm autre prêtre vénérable, M. Martiu-Thierry RoUet {3), Nommé curé d'Autheuil au commencement de 1782, il y exerça la saint ministère à la grande édification des fidèles jusqu'au 12 septembre 1791, A cette époque, se voyant persécuté, s cause de sou attachement à la foi catholique, il fut obligé,
'a\iis de Justice de II Lille des prétrts dt
(I) Helalions, Notices, p. 15C, U,!.
(ï) Martyrs de la Foi, pir M. GuilloQ ; — Arc Seine-lnrérieure ; — EtenseignemeDte rei'aeilUs à rOnte dicidéa à Rochefort.
(3) [1 esl appela Borrel. curé d'Autheuil (district de Murlagne, Orne), sur IM regiatru do Iribaual erimiael de Rouen. Hais eut les registres de L*igae toujours Rollel.
M. ÉLOI RIGHY. iiS
pour échapper aux violences des révolutionnaires, de s'éloigner d*Autheuil et de retourner à Rouen, sa ville natale. Comme elle resta longtemps calmé et hospitalière pour les ministres de Jésus-Christ, M. iRoUet y jouit d'une paix assez profonde jusqu'en avril i 793. L'arrivée à Rouen du représentant du peuple Siblot, assisté du président du tribunal criminel Legendre et de l'accusateur public Leclerc, changea la face des choses. Les prêtres furent recherchés, arrêtés et traduits en jugement.
Au nombre des captifs de Jésus-Christ fut le pieux curé d'Autheuil. Il avait alors cinquante-quatre ans. Le tribunal criminel le condamna comme prêtre réfractaire à la peine delà déportation. Mais cette sentence ne fut pas exécutée sur-le-champ. M. RoUel subit auparavant une année de détention très-dure dans le séminaire de Saint- Vivien, converti en prison. Il sortit de cette maison de justice républicaine, le 6 mars 1794, et fut dirigé sur Rochefort avec un grand nombre de prêtres, à qui l'on ne pouvait reprocher que leur attachement à la religion catholique. Embarqué sur le navire les Deux-Associés, il donna à tous ses confrères Texemple le plus touchant de la douceur et de la patience. Après 'avoir vu un grand nombre de ses compagnons de captivité périr les uns par la faim, les autres par la peste, presque tous rongés d'ulcères affreux et dévorés par les vers, il succomba lui-même aux affreux tourments auxquels la république soumettait les confesseurs de la foi. Il rendit son âme à Dieu dans la nuit du 22 au 23 août 1794. Son corps fut inhumé dans l'île Madame (1).
Bientôt les portes de la céleste patrie s'ouvrirent pour un autre confesseur de la foi, M. Eloi Richy. Il était simple
(1) Liste des prêtres décédés à Rochefort; — Martyrs de la Foi ; — Lettre de M. Tabbé Fouqaet, ancien curé d'Autheuil.
Les Martyrs. — T. IL 8
'ii4 LIVRE II, GHAPITRE lY.
frère convers à Tabbaye de la Trappe, en 179i (i). Après la dispersion des religieux de son Ordre, il crut devoir retourner à Nancy, sa ville natale. Il s'y fit remarquer par son inviolable attachement à la foi catholique et à tous les exercices de piété qui font les saints religieux. Le comité de surveillance, dont cette conduite blessait la susceptibilité, fit emprisonner ce bon Frère, en 4793, et le fit déposer dans la même prison que Dom Brunel, prieur de son monastère. Bientôt il fut condamné par le tribunal criminel à la déportation au-delà des mers, avec Dom Brunel et beaucoup d'autres religieux, dont le seul crime était la fidélité à l'Eglise romaine. Il fut envoyé comme eux à Rochefort, et embarqué sur le navire les Deux- Associés. Ce saint religieux supporta avec une patience Angélique les mauvais traitements de ses gardiens et les cruelles privations auxquelles il était soumis. Mais il ne put résister aux maladies pestilentielles qui décimaient les confesseurs de la foi. Il expira dans la nuit du 29 au 30 août 1794, à l'âge de quarante-deux ans. Son corps fut inhumé dans l'île Madame (2).
Le 7 septembre, mourut un autre confesseur de la foi, M. Jean-Auguste-Alexandre Godard, prêtre habitué en la paroisse de Saint-Germain d'Argentan. N'ayantpasvoulu prêter le serment constitutionnel, en 1791, il s'attira la haine des impies, et surtout celle du curé schismatique d'Argentan,
(1) On lit sur le Registre des professions faites à l'abbaye de la Trappe : « F. Eloy, dit, dans le monde Eloy Richy, boulanger et ferblantier, fils de Claude Richy, maître ferblantier, et de Marguerite Waltery, natif de Nancy, paroisse Saint-Sébastien, âgé de 34 ans, a reçu Thabit de novice convers des mains de Dom Timothée, le 20. novembre 1787. Signé : F. Eloy Richy; — F. Pierre, abbé de la Trappe; — L'Herminier; — Guillet». L'année suivante, il fit sa profession entre les mains du R. P. abbé.
(2) Martyrs de la Foi, par l'abbé Guillon ; — Liste des Confesseurs de ta foi sur les pontons de Rochefort y en 1794.
M. JEAS-ACGUSTK-AIBXANDRE GODAHD. US
Trocberie, qui lui interdit l'entrée de son église. Loin de s'affliger de l'injustice des tiommes, le siiint prêtre se réjouit d'aToir été jugé digne île souffrir quelque chose pour Jésus- Christ. Il resta dans sa ville natale, et continua de prier,' de méditer et de faire tout le hien qui lui était possible. Bientôt arrivèrent les jours funestes de 1792 et de 17ti;i, M. Godard fut obligé, pour sauver sa vie, d'aller chercher un refuge à. Rouen, où demeurait alors sa famille. 11 y fut découvert par les agents de la révolution et conduit â la prison, dite de Saint-Lô. Traduit devant le tribunal révolutionnaire de la Seine-Inférieure, il répondit à l'interrogatoire qu'on lui fit subir avec cette prudence pleine de fermeté que Jésus-Christ a promise à ses disciples, quand il leur a dit : « Ne vous occupez point de ce que vous répondrez â vos juges : Di«u vous inspirera lui-même ce que vous devez dire (1) ». Mais la sentence était portée d'avance par la loi révolutionnaire : M. Godard fut condamné à la •rtation à la Guyane, et envoyé à Rocbefort le 21 1794. Il fut embarqué sur les Deux-Associés, où les et le scorbut ne tardèrent pas à faire de nombreuses victimes parmi les confesseurs de la foi. Ce fut un nouveau théâtre sur lequel il exerça son admirable charité pour ses frères. En effet, l'on sait qu'il prodigua à ses compagnons d'infortune les soins les plus dévoués; aussi zélé pour le salut que pour le soulagement corporel de ses confrères, il les assistait à toute heure du jour ou de la nuit, et brava mille fois la mort auprès des malades et des mourants. Un tel prêtre était digne de donner lui-même sa vie pour Jésus-Christ. Après avoir beaucoup soufl'ert, il mourut victime de sa foi et de sa charité, le 7 septembre 1794. Son corps fut inhumé, auprès de celui de ses pieux confrères, dans l'île Madame (2).
(t) s. Matthieu, n, IB.
{2) Uarlyrs de la Foi; — Archives du Palais de Justice de Rouen ; — Notes femises îi M. l'ahhé Guillou, cupé de Viemponl, par M. le enré rfi "
416 LlVllK IT, CHAPITRE IV.
Le lendemain 8 septembre, Dieu appelait au ciel un autre prêtre vénérable, M. Jacques-Philippe-Guillaume- François Collas de I ongchamp, originaire de la paroisse de Vimoutiers. Ordonné prêtre par Mgr de la Ferronnays, évêque de Lisieux, en 1785, il fut nommé curé de la paroisse de Notre-Dame-du-Val, (près Pont-Audemer), et s'acquitta avec beaucoup de zèle de ses fonctions. Les fidèles, qui voyaient en lui un homme de Dieu plein de douceur et de charité pour les pauvres, le vénéraient comme le représentant de Jésus-Christ. Cela n'empêcha pas les révolutionnaires de le chasser de sa paroisse, lorsqu'il eut refusé, en 1791, de prêter le serment constitutionnel. Le bon pasteur ne put retenir ses larmes en se voyant obligé de dire adieu à son troupeau pour lequel il eût volontiers donné sa vie. Il se retira dans la ville de Rouen, et, pendant plusieurs mois, il n'eut d'autre occupation que de prier pour les fidèles de sa paroisse. Au commencement de 1792, un de ses amis lui ayant trouvé une place de précepteur dans une noble famille de la ville de Rouen, il accepta avec bonheur cet emploi, qui lui donnait une nouvelle occasion de travailler à la gloire de Dieu.
Ce fut au sein de cette honorable famille qu'il fut arrêté, la nuit du 30 mars 1793, 'par un commissaire républicain, qui le menaça de le tuer d'un coup de pistolet, s'il faisait le moindre mouvement. U se laissa charger de chaînes, et conduire à la prison de Saint-Lô, sans opposer de résistance. Quelques jours après il comparaissait à la barre de Legendre, président du tribunal criminel de la Seine-Inférieure.
« Quels sont tes noms, citoyen, lui dit le magistrat républicain 1
M, JACODBS-PHlL!PrE-GDll.
;h.uip. H7
" — Je m'appelle Jacques-Phi lippe-Guillaurae-François Collas du Longcbamp, répondit le serviteur de Dieu,
" — Quel est le lieu de ta naissance?
■' — Vimoutiers, dans le département de l'Orne.
■' — Ton â^e?
■' — Trente-quatre ans.
" -- Ta profession?
" — J'ai été curé de Notre-Dame-du-Val, (distriel de Pont-Audemer), puis, en 17»2, précepleur dos enfants de M. de Brâvedent, à Rouen.
" — As-tu prêté les serments exigés par la loi de tous les fonctionnaires publics?
" — Je n'ai prêté aucun serment.
<' — Lors de ton arrestation, on a trouvé dans ta chambre une pierre d'autel consacrée; nous t'interpellons de nous dire si c'est pour loi qu'elle a été placée dans ta chambre ?
« — C'est pour moi qu'elle y a été placée.
•■ ~ Combien y a-t-il de temps que tu n'as dit la messe ?
" — Trois mois.
" — Reconoais-tn ces deux manuterges, ces qualm purificaloirus, cet amict et ce corporal trouvés chez toi !
•' — Je les reconnais, ces objets sont h moi.
" — Reconnais-tu aussi ces deux burettes?
■• — Jeles reconnais, elles m'appartiennent c
Le tribunal, upi'cs avoir enfendu l'accusateur (niiilic un sesconclusions, déclara M. Collas duLopgchamp convaincu de n'avoir prêté aucun des serments prescrits parles lois et le condamua comme tel à la déportation.
Le confesseur de la foi flit alors conduit au séminaire de Saint- Vivien, converti en prison pour les prêtres fidèles au Chef ()e l'Eglise. Le premier germinal an II (21 mars 1794), il partit pour Rochefort accompagné de M. Godard, prêtre babitué à iVrgentan et d'un grand nombre d'autres confesseurs de la foi. Embarqué sur le navire les Deux- Associée-, ce bon pasteur édifia beaucoup ses compagnons d'infoilune par sa confiance en Dieu et sa résignation à sa volonté
i !i, r,H.u>nnE T
sainte. Tous ses discours respiraieot l'amour de Dieu, toutes ses actions étaient dirigées par l'Esprit de douceur et de charité qui remplissait son âme. !1 avait montré dès son enfance une -grande dévotion envers la Mère de Dieu. Notre-Seigneur Jésus-Chrisi lui fit la grâce de mourir le jour de la NBtivité de la sainte Vierge, et d'aller célébrer au ciel cette fête si chère à la piété chrétienne (1).
M. Charles- Antoine Duplain suivit de près au ciel ce fidèle serviteur de Dieu. Né à Saint-Remy {2) en 1750, il exerçait, en 1701, les fonctions de vicaire dans la paroisse de Chemiré-le-Gaudin (3). Quoiiju'il n'eût fait que des études médiocres, son application continuelle au travail, unie à un zèle ardent, à une maturité de jugement remarquable et à une inaltérable douceur, le rendit un ouvrier des plus utiles dans la vigne du Père de famille. II n'imita pas le funeste exemple queiui donna son curé en prêtanl le serment. Malgré les persécutions qu'il eut à essuyer dans la paroisse de Cbemiré-le-Gaudin, il y resta aussi longtemps qu'il lui fut possible (i). Obligé de fuir devaol l'émeute, il alla chercher un refuge loin de sa paroisse. En ces temps malheureux, la crainte de la mort ou du pillage fermait bien des cœurs à la charité. M. Duplain erra pendant deux mois sans pouvoir trouver un asile. A la fin, conduit par la Providence, il vint se réfugier chez une pieuse fille d'Alençon, M"" Catherine Vannier, qui demeurait rue du Bercail. Il y était caché depuis quatorze mois, avec cinq autres ecclésiastiques, MM. Anceaume, curé de Saint-Geor-
(1) Martyrs de ta Foi; — Aiobives du Palais de Justice de Roueu; — Udt des prêtres décédés h Rochcfort, victimeB d« la dcporlalion ; — Noies i> H. l'abbé Vallel.
(2) Sainl-Remy, près Cbâteau-Gontisi (Mayenne).
(3) Caaton rie la Suze, arrondissement du MansjSarlbe). ) L'Eglise du Mans dwoni bi Révolution, piir Dom Piolin, l. iir,
■ANTOINE DOTLAIN. Hfl
ges-d'Annebecq, Marcfanod, curé de Larrey, Pollard, curé de Vezeaux, près Mamers, Guilloreau, vicaire de Saint- Remî-du-Plain (i), et Lelandais, yicaire de Couterne, lorsque les membres du comité de surveillance d'Alençon furent avertis que des prêtres réfractaires devaient se trouver en celte maison.
Us s'y transportèrent aussitôtaccompagnésdela garde nationale, se firent ouvrir tous lesappartementsetdécouvrirent les six ecclésiastiques cachés dans un grenier (20 octobre t793). On les fit descendre promptement, et les gardes nationaux poussèrent de longs cris de joie à la vue de cette importante capture. Conduit en prison avec ses confrères et la courageuse ouvrière, qui s'était dévouée pour eux, H. Duplain fut quelques jours après transféré à Chartres, puis à Rambouillet par ordre du Conseil général d'Alençon. Il fut ramené dans cette ville, au mois de mars 1794, el, le 2 avril, il comparut à la barre de Joseph Provost, président du tribunal révolutionnaire, qui lui fit subir l'interrogatoire suivant, en présence de François-Matliurin-Pierre Bourdon, accusateur public.
'< Quels sont tes noms, citoyen, ton àg-e, ta profession, ta demeure?
ic — Je m'appelle Ctiarles-Autoine Duplain, je suis âgt5 de quarante-quatre ans, j'ai été vicaire de Chemiré-le-Gaudin et je demeure en cette commune.
" — A quelle époque as-tu cessé les (onctions de vicaire ?
■I ~ Au mois de juillel i79l.
" — Pourquoi?
11 — Parce que je ne voulus pas prêter un serment ijui répugnait h ma conscience.
« — As-tu passé au moins une déclaration da déparl pour l'exil?
" — Je n'ai point passé celle déclaration, parce que de touscô-
^^H) CanloD de Mamere (âarltic).
i20 LÏVBE n, CHAPITRE IV.
tés j'entendais dire qu'on massacrait en route les prêtres qui se rendaient en exil, et que je craignais d'éprouver le môme sort.
« — Mauvaise raison. Es-tu resté longtemps dans la maison où l'on t'a arrêté ?
<( — J'y suis resté quatorze mois environ.
« — Tu connaissais sans doute les lois portées contre les prêtres non-sermentés, qui refusaient d'obéir à la loi de déportation?
« — Je n'ai pu les connaître, parce que j'étais caché et que je ne communiquais avec personne.
'( — Si tu ne communiquais avec personne, qui donc te nourrissait?
« — Je payais pension à la personne qui m'avait reçue par charité ».
Lecture ayant été faite de cet interrogatoire àM. Duplain, il déclara que ses réponses contenaient la yérité, et signa cet acte avec Joseph Provost, François Bourdon et Jean-Baptiste Trottier, commis-greffier.
Le même jour il fut amené devant le tribunal révolutionnaire, qui le condamna à la déportation sur les côtes d'Afrique et à la- confiscation de tous ses biens.
M. Duplain fut envoyé à Rochefort, aussitôt après ce jugement, et embarqué sur le Washington. Quoiqu'il eût une Jurande énergie de caractère et une santé robuste, il ne put résister longtemps aiix souffrances horribles auxquelles étaient condamnés jour et nuit les confesseurs de la foi. Vayant arriver la mort, il fit avec joie le sacrifice de sa vie à Dieu. 11 savait que c'est par la patience que le chrétien entre dans la gloire. Il expira le 15 septembre 1794, et son corps fut inhumé dans l'île Madame (i).
(1) Archives du Palais de Justice d'Alençon ; — Martyrs de la Foi; — Lettre du R. P. Dom Piolin, moine bénédictin de l'abbaye de Solesmes; — Liste des prêtres déeédés à Rochefort,
M. LOUIS- GABB [EL ïf^TLLABD.
Quinze jours après, le diocèse de Séez perdit un de ses plus fervents religieux dans la personne de M, Jean-Baptiste Esnault, prêtre et moine de la Chartreuse du Val-Dieu, où il était connu sous le nom de Dom Vincent. Etant retourne dans son pays natal, après la suppression des cloîtres, en 1791, il habita la ville de Nogent-le-Rotrou, au diocèse de Chartres. Ferme dans sa fol, il ne voulut prêter aucun des serments demandés en 1791 et en 1792. La vie édifiante qu'il menait au milieu du monde et son attachement inviolahle à l'Eglise lui attirèrent bientôt lahaine des persécuteurs. On l'emprisonna, en 1793, et on l'envoya à Rochefort pour être déporté avec un grand nombre d'autres ecclésiastiques. Il arriva dans cette ville épuisé de fatigue et fut .lussitôt embarqué sur le navire \ca Deux -Associés. Dire ce qu'il eut à souffrir sur ce vaisseau pestilentiel, où la faim, lascif, l'insomnie, le scorbut, les fièvres malignes, ^t pardessus tout les mauvais traitements des gardiens faisaient chaque jour de nombreuses victimes, serait chose impossible. Cependant on ne lui entendit jamais proférer une plainte ; comme saint Paul, il se glorifiait de ses infirmités et de ses souffrances, afin que la grâce de Jésus-Christ triomphât dans sa personne. Il mourut pour la cause de ce bon Maître dans la nuit du i" au 2 octobre 1701. Le corps de ce pieux enfant de Saint-Bruno fut porté par ses confrères dans rUo Madame et inhume avec un religieux respect (!).
M. Louis-Gabriel Maillard, né à Beaulaudais, en 17â4. ne tarda pas à rejoindre ce saint religieux dans la patrie cé-
M Martgrt de la Foi, pu* H. l'ibbé GuiHen ; — Liste d#* ptélres départi»
leste. Il avait fait ses études au séminaire de Domfrontet n'avait point brillé par ses talents. Mais, en 1780, ayant été ordonné prêtre et envoyé comme vicaire à Saint-Fraimbaultde-Lassay, il s'appliqua au travail avec une noble ardeur, afin de réparer ce que ses études avaient de défectueux. Dieu bénit tellement ses efforts que ses supérieurs le regardaient comme un ecclésiastique rempli de mérite. Lorsque, au mois de février 1791, les officiers municipaux de Lassay se présentèrent à Téglise au moment de la grand'messe, et sommèrent publiquement le curé et ses deux vicaires de prêter le serment constitutionnel, M. Tabbé Maillard ne se contenta pas de le refuser, il parla de la place où il se trouvait au chœur, et fit ressortir la flétrissure que Ton voulait infliger au clergé en le portant à trahir sa conscience par Tappât d'une pension. « Comment », s'écria-t-il, « on voudrait me faire changer de religion pour une somme de sept cents livres I Non, je ne le ferai pas ». Gasnerie, Tun des officiers municipaux, essaya de faire quelques représentations ; mais le peuple était exaspéré, et il le jeta lui et ses compagnons à la porte de l'église.
Obligé bientôt de quitter sa paroisse, H. Maillard se vit poursuivi par les sollicitations de plusieurs de ses confrères, qui étaient tombés dans le schisme. Us lui représentaient fréquemment les dangers auxquels il s'exposait lui et sa famille, le bien qu'il pourrait encore faire aux fidèles, en prêtant un serment purement civil, selon eux, et nullement contraire aux droits du chef de l'Eglise. « L'Assemblée », disaient-ils, « n'a-t-elle pas déclaré être fortement attachée à l'Eglise catholique, apostolique et romaine, dont le Pape est le seul chef visible sur la terre, et reconnaître qu'il n'est point en son pouvoir de porter atteinte à l'autorité spirituelle que Dieu a établie et confiée aux légitimes pasteurs ? » Après s'être montré si ferme au commencement de la persécution, M. Maillard eut le malheur de se laisser vaincre par les instances de ses confrères. 11 prêta