M. LOUIS-GABRIEL MAILLARD
le serment schismatique et fut aussitôt accueilli par Tévêque constitutionnel de TOrne, qui Tenvoya comme desserrant dans une paroisse de son diocèse.
Mais Texemple des ecclésiastiques fidèles à Dieu, qui supportaient courageusement Texil et la mort même, plutôt que de trahir leur conscience, porta bientôt ce malheureux prêtre à faire de sérieuses réflexions sur la faute qu'il arait commise. A la lueur du flambeau de la foi, il entrevit Tabime ouvert devant lui, et, pour l'éviter, il se résolut à tous les sacrifices. Non-seulement il se réconcilia avec rEp:lise,mais il voulut que sa rétractation fût rendue publique. Poursuivi dès lors par les révolutionnaires, qui demandaient sa tête, il vint se réfugier chez son frère, M. Jean Maillard, qui demeurait à Saint-Front-de-CoUières. Pendant trois mois, il resta caché dans le plancher d'un petit bâtiment servant d'étable à porcs. On ne saurait dire tout ce qu'il eut à souffrir dans cet étroit et fétide réduit^ Comme il ne pouvait s^y tenir debout à cause du peu d'espace laissé entrer le plancher et la toiture, il était obligé de rester couché continuellement, ou de se tenir courbé les deux mains appuyées sur les genoux.
Epuisé à la fin par la souffrance , il fit venir son frère, et le pria, en versant des larmes, de le tirer de ce lieu de tourment. On se rendit à ses vœux ; mais, lorsque ce pauvre prêtre essaya de faire quelques pas, il se trouva si faible qu'il pouvait à peine remuer ses membres. Ses jambes, comme si elles eussent été paralysées, étaient incapables de le soutenir, son visage décharné était semblable à celui d'un mort, et ses habits avaient contracté une telle fétidité qu'ils exhalaient une odeur insupportable à tout [autre qu'au plus tendre des frères. Celui-ci allait cependant le transporter dans sa maison, lorsqu^il se rappela que chaque semaine et, au moment où l'on s'y attendait le moins, les républicains venaient faire chez lui la visite la plus minutieuse, parce qu'ils le soupçonnaient de donner asile à son
frère. Gomme il y allait de la vie pour tous les membres de la famille', M. Maillard, après avoir consulté son cher malade, le porta en pleurant dans un champ de blé voisin de sa maison.
Le serviteur de Dieu y resta plusieurs jours n'ayant d'autre abri qu'un gros poirier, qui étendait sur lui ses rameaux protecteurs. Cependant il était impossible qu'il vécût longtemps en cet état. D'ailleurs le temps de la moisson approchait, et il y avait un danger imminent qu'on ne découvrît le malheureux prêtre. M. Maillard, toujours attentif à veiller sur les jours de son frère, alla trouver un de ses amis les plus intimes, Jean Denis, qui habitait un village voisin, et le supplia de donner asile à sou frère, pour l'amour de Dieu. Touché de compassion au récit des souffrances du serviteur de Jésus-Christ, cet homme plein de foi et de charité consentit à le recevoir au péril de ses jours. Pour mieux détourner les soupçons, il porta ce pauvre malade dans le grenier de sa boulangerie, dont il ferma l'entrée par un monceau de bois. Une petite ouverture, pratiquée près de la sablière, permettait de faire passer au ministre de Jésus-Christ sa nourriture quotidienne.
A quelque temps de Jià, le bruit se répandit que la persécution allait finir, et que les prêtres pouvaient circuler librement sur le territoire de la république. M. Maillard et son hôte généreux se laissèrent tromper par ces bruits mensongers. Le pauvre prêtre sortit de sa retraite avec l'intention de retourner chez ses parents ; mais ce ne fut que pour subir une nouvelle épreuve. Comme il était encore très-faible et qu'il ne marchait qu'avec une peine extrême, il fit une chute, et alla rouler dans un fossé situé près de la route de Domfront à Alençon. Quelques révolutionnaires vinrent à passer. Ils reconnurent M. Maillard, l'accablèrent d'outrages et le conduisirent à la prison de Domfront.
En vain sa famille s'efforça-t-elle de le délivrer des mains de ses ennemis ; il fut condamné par le directoire de Dom-
Jl. LÛl'lS-GABUTKL MAILLARD. 12ri
front à la déportation sur les côtes d'Afrique et envoyé aussitôt à la maison de justice d'Alençon. Là se trouvait un autre prêtre, M. Charles-Etienae-Théodore Rosé, vicaire de Ticlio- ■ville, condamné à la même peine que M. Maillard. Les deux confesseurs de la foi présentèrent une requête à l'administration départementale, afin qu'elle commuât leur peine en celle de la réclusion, à cause de leurs graves infirmités. Le 1" messidor (19 juin), le Directoire rendit le jugement suivant sur cette affaire.
« Le i" messidor, l'an Tl de la république une et indivisible, en la séance publique de l'administration du département de L'Orne, présidée par le citoyen Baudouin, où étaient Legendre, Happeaux, Després, Renault, Cimaroli et Lenieunier;
" L'administration du département de l'Orne, considérant qu'il résulte du rapport fait par les citoyens Bougon et Dupont, oflîcierF de santé, nommés par elle pour l'aire la visite des infirmités des prêtres sujets à la déportation détenus dans les maisons d'arrèl de la ville d'Alençon, en exécution de la loi du 22 floréal relative à la réclusion des prêtres infirmes, que les incommodités dont' se plaignent les citoyens Gabriel Maillard et Charte s- Etienne Rosé, ne sont pas suffisantes pour les soustraire à la peine qui leur est infligée par la loi ;
K Arrête qu'ils seront déportés dans les lieux destinés à la punition des prêtres réfractairesquela loi condamne à la déportation, qu'en conséquence expédition du présent arrêté sera mis auï mains du citoyen Bellement, capitaine de gendarmerie, pour le faire mettre à exécution.
« Signé : Baudouin, président, Legeodre, Happeauï, Després, Renault, Cimaroli et Lemeunier >•.
Le 8 juillet 1794, M. Maillard partitd'AlençonpourRocLeforl, en compagnie de M. Rosé. Le 9, ils furent écroués à la prison du Mans ; on les conduisit ensuite de brigade en brigade jusqu'à Rochefort. Embarqué sur le Washington ayec un grand nombre de prêtres des diocèses du Mans et deSéez, M, Maillard édifia tous ses confrères par sa pénitence. Les
i26 UVRE II, CHAPITRE IV.
secours charitables qu*il prodigua aux confesseurs de la foi, atteints des fièvres ou du scorbut, achevèrent de lui gagner tous les cœurs. Après s*être purifié de ses fautes par un long martyre, il vit les portes de la bienheureuse éternité s'ouvrir devant lui, le 26 octobre 1794. Son corps tut inhumé dans Tile Madame où il repose en paix, en attendant la résurrection (1).
Douze jours après, une autre pieuse victime de la pénitence, H. Remy Lelandais, s'élançait radieuse et inondée de joie vers les demeures célestes. Il était né en 1756, à Juvigny-sous-Andaines. Appelé par Dieu à Tétat ecclésiastique, il se prépara par de fortes études et par la pratique de toutes les vertus à recevoir le sacerdoce. Il édifiait depuis environ dix ans la paroisse de Coûte rne, où il exerçait les fonctions de vicaire, lorsque la tempête révolutionnaire éclata sur la France. Les prêtres les plus pieux ne sont pas à Tabri des surprises. M. Lelandais, qui était regardé comme un saint dans la paroisse de Couterne, eut le malheur de prêter le serment de fidélité à la Constitution civile. Mais il ne tarda pas à revenir sur cet acte malheureux, et à faire une rétractation publique. Les fidèles, témoins de son repentir, oublièrent sa faute, et lui portèrent le même respect qu'auparavant.
Bientôt la persécution ravagea l'Eglise de France, et les prêtres fidèles à Dieu furent obligés, pour sauver leur vie, de partir pour l'exil ou de se cacher dans quelque famille catholique. Pendant quelques mois, M. Lelandais trouva un asile dans la pieuse paroisse de Couterne. Lorsqu'il ne lui
(1) Martyrs de la Foi, par M. Guillon ; — Les Martyrs du Maine, par l'abbé Perrin ; — VEglise du Mans durant la Révolution, par Dom Piolin ; — Liste des Confesseurs de la Foi décédés à Roche fort ; — Lettre de M. l'abbé Maillard, curé de Rânes, petit-neveu du martyr.
I LELANTJArS.
fut plus possible d'y rester, il se réfugia dans sa famille. LaTÎoIeacede la persécution l'obligea de quitter même cet asile. N'ayant plus où reposer sa tète, que les révolutionnaires avaient mise à prix, il vint à Alençon dans l'espoir que la Providence lui ferait trouver des cœurs compatissant à ses maux. Il ne se trompait pas, Un de ses amis lui procura un asiiecbez une pieuse fille d'Alençon, M"" Catherine Vannier, dont le nom ne peut être assez béni.
Il s'y trouva en compagnie de cinq autres prêtres des diocèses du Mans et de Scez, qui souffraient, comme lui, persécution pour la foi. Toute la consolation de ces Gdèles serviteurs de Dieu était de prier ensemble, à voix basse, pour leur ingrate patrie, et de célébrer tour à tour la sainte messe afln de désarmer la colère de Dieu. Ils n'avaient pour chapelle et pour asile qu'un misérable grenier, éclairé par une petite lucarne, et dans lequel on pénétrait difficilement par une trappe fort étroite, La pieuse Catherine procuraitaux confesseurs de la foi, avec un dévouement admirable, tout ce qui était nécessaire à leur subsistance. Pour récompense elle entendait chaque jour la sainte messe, et recevait plusieurs fois la semaine le corps du Seigneur. Afin d'avoir le pain quotidien pour ses pensionnaires, sans exciter les soupçons des agents républicains, elle avait été obligée de mettre quelques personnes dans la confidence de sa charité. L'une d'elles manqua malheureusement de discrétion, et, le 20 octobre 1793, les membres du Comité de surveillance furent avertis de la présence de plusieurs ecclésiastiques dans la maison de cette pieuse fille. Ils s'y transportèrent aussitôt accompagnés de la garde nationale et découvrirent, en poussant des cris de joie, M. l'abbé Lelaudais et ses pieux compagnons d'infortune. Ils furent sur-lechamp conduits à la prison d'arrêt avec la généreuse ouvrière, qui s'était dévouée pour eux.
Quelques jours après, en vertu des ordres du représentant du peuple Letourneur, M. Lelandais et tous les autres prêtres
incarcérés pour la cause de la foi, furent transférés à Chartres, et de là à Rambouillet. Au moi de mars 1794, on ramena dans les prisons d'Âlençon, M. Lelandais et quinze autres personnes déférées au tribunal révolutionnaire. Le confesseur de la foi fut traduit, le 2 avril 1794, à la barre de Joseph Provost.
« Interrogé de ses noms> surnoms, âge, profession et demeure, il répondit :
« — Je m'appelle Remy Lelandais, âgé de trente-huit ans. Je suis prêtre catholique et vicaire de Couterae. Ma demeure est la paroisse où j'exerçais le saint ministère.
« — Pourquoi », ajouta le président , « n'exerces-tu plus ton saint ministère?
« — Parce que j'ai été obligé de fuir et de me cacher pour avoir refusé d'accomplir toutes les prescriptions des lois civiles relatives au clergé.
« — A quelle époque as-tu quitté tes fonctions ?
« — Vers le mois de juillet 1791.
« — As-tu obéi à la loi qui ordonne aux prêtres réft^actaires de passer une déclaration de départ pour l'exil?
« — Je n'ai point cru devoir passer cette déclaration.
« •— N'avais-tu pas prêté le serment à la Constitution civile, dans le moment où il fut demandé aux fonctionnaires publics ?
« — • Oui, malheureusement.
« — Pourquoi l'as-tu rétracté ?
« — Pour obéir à ma conscience.
« — Par quels moyens as-tu subsisté depuis le mois de juillet
« — J'ai vécu de mes modiques épargnes et du secours de mes amis ».
Joseph Provost interrogea le même jour MM. Etienne- Charles-Antoine Duplain, vicaire de Chemiré-le-6audin, Pierre-Guillaume-François Anceaume, curé de Saint-Georges-d'Annebecq, Louis PoUard, curé de Vezeaux, près Mamers, Simon Guillereau, vicaire de Saint-Remy-du-Plain,
M. REXT LELAN1>AIS.
prèsHamers, et Ambi'oiae Marciiand, cui't; de Larre, prc^ Alençon, arrêtés le même jour et dans la même maison que M. Lelandaîs.
Quelques inatauts après cet interrogatoire, il furent tous amenés devant le tribunal révolutionnaire, qui porta contre eux la sentence suivante :
" Vu par ie tribunal crimiiiel du département de l'Orne, séant en la commune d' Alençon, la procédure criminelle instruite contre r
11 r Bemy Landais, prêtre réfractaire. âgé de 38 ans, ci-devant vicaire deCoulerne, district de Domfront;
" 2° Etienne-Charles-Antoine Duplain, autre prêtre l'éfraclaire. Agi de 44 ans, ci-devant vicaire de Cliemiré-le-Gaudin ;
« 3" Pierre -Guillaume-François Aoceaume, prêtre réfractaire, âgé. de49 ans, ci-devant curé de Saint-Georges-d'Annebecq, district d'Argentan ;
"4° Louis Pollard, âgé deS9 ans, prÉlre réfractaire et ci-devan! curé de Vézeaux, district de Mamers ;
>' 5" Simon Guilloreau, prêtre réfractaire, âgé de 43 ans, ci-devant vicaire de la^commune de Sainl-Remy-du-Plain, district de Mamers ;
■< 6» Ambroise Marchand, autre prêtre réfractaire, âgé de 42 ans, ci-devant curé de la commune de Larré, district d'Alençoa.
" Tous trouvés cachés le 29 vendémiaire, en la maison de Callierîne Cabaret, ditti Vasnier, blanchisseuse, demeurant en cette commune d'Alençon ;
Il Entendu lesilits accusés en leurs réponses aux interrogations qui leur onl été faites par un des commissaires du tribunal cejourd'hui ;
« Entendue également la lecture publiquement faite des pièces de la procédure, ensemble l'accusateur public en ses conclusions :
Il Le tribunal déclare lesdils Remy Landais, Etienne-Cbarles-Anloine Duplain, Pierre-Guillaume-Fraoyois Anceaume, Louis-Jean Pollard ; Simon Guilloreau et Ambroise Marchand, convaincus dt.' n'avoir prêté aucun des serments prescrits par les lois ;
<> Et attendu que leur détention, depuis le 29 vendémiaire dernier, leur a âté la liberté de satisfaire au décret des 29 et 30 du même mois ;
Les H4HTYI18. — T. II. 9
>• Le tribunal coodamae lesdits Remy Landais, Charles-Antoifie Duplain, Pierre-Guillaume-François Auceaume, Jean Pollard et Simon Guilloreau, à la peioe de la déportation ; ordonne en conséquence qu'ils seront transférés sur les eûtes d'Afrique, depuis le 23° degré jusqu'au 28" sud ;
" Et vu le cerliflcat du citoyen Bougon, officier de santé, atteslalif de l'état d'infirmité dudit Aœbroise Marchand ;
« Le tribunal condamne ledit Aœbroise Marchand à ta peine de la réclusion pendant sa vie, ordonne en conséquence qu'il serarei fermé dans la maison destinée par l'administration du départemeU pour les prêtres insermentés sexagénaires ou infirmes.
" Déclare le tribunal les bleus meubles ou immeubles desdits condamnés confisqués au profit de la république, le lout coufonnèmeDt aux dispositions des art. 8 el 9 de la loi du 26 août 1791, et de l'art, 4 des lois des 2i et 23 avril dernier (vieux style), dont lecture a été faite.
" Fait fit arrêté à Alençon le ) 3 germinal an II delà république française en l'audience publique du tribunal, où étaient les citoyens François-Joseph Provost, Louis Pattu, François Savari, François- Philippe Chartier, François-Malhurin-Pierre Bourdon, accusateur public, et Nicolas-Charles Audollent, greffier ».
" Signé : F. 1. Provost, etc. •>
Quelques jours après, M. Lelandais dit adieu pour toujours à la ville d'Alençon, où il avait reçu une si généreuse hospitalité, et partit pour Rochefort avec MM. Duplaiu, Auceaume, Pollard et Guilloreau. Comme les difficultés que l'Augleterre mettait à la navigation française empêchaient de transporter les prisonniers sur les côtes d'Afrique, M. Lelandais fut embarqué et retenu sur le Washington, qui stationnait ù peu de distance de Rochefort. Pendant quelques mois il supporta courageusement toutes les tortures infligées aux serviteurs de Dieu par les suppôts de l'Enter. Mais les mauvais traitements dont il était sans cesse l'objet, lui ayant causé une plaie cruelle, qui le faisait souffrir jour et nuit, il sentit à la Ha son Âme accablée de douleur et de tristesse jusqu'à la mort. 11 appela dès lors de tous ses
. JÉRÔME -PRANÇOtS PËRHACLT.
IBX le jour qui mettrait ud terme à ses souiTrances. (^cidant il ne cessa de dire avec son divin Maître, agonisant Mardin des Oliviers : « mon Père I que votre volonté if faite et non la mienne 1 » Tant qu'il lui resta un peu de force, il continua de prier en silence, de méditer sur la passion du Sauveur, d'assister ses confrères mourants, et d'aider à leur rendre les devoirs de la sépulture, afin d'expier à force de dévouement le malheur qu'il avait eu d'être infidèle un instant au chef de l'Eglise. Son âme comblée de mérites s'envola au ciel le 7 novembre 179i. Son corps fut enterré sur les rives de la Charente, près du fort Vazeux. Le nom de ce martyr de la foi et du repentir est encore en grasde vénération à Gouterne, et les fidèles de cette paroisse ne parlent de M, Lelandais que commeM'un Saint (i),
gentût un autre prêtre du diocèse de Séez, M. Jérùme- Perraull, alla recevoir au ciel la couronne pro- ! auK confesseurs de la foi. 11 naquit dans la paroisse du Cercueil, en 1753. Ses parents, dont la vertu faisait la principale richesse, lui apprirent de bonne heure à aimer Dieu et à tourner vers lui toutes ses affections. 11 suivit avec joie ce doux attrait de la grâce, et résolut même, pour travailler plus efficacement à la gloire de Dieu, d'embrasser l'état ecclésiastique. Ordonné prêtre à la Saint-Matthieu 1776, il fut nommé vicaire de la Ferrière-au-Doyen, où il exerça le saint ministère pendant deux ans.
M. Léonard Perrault, curé du Ménil-Scelleur (2), le demanda ensuite pour vicaire. II édifia tous les fidèles de cette paroisse par sa pieté profonde et son zèle pour l'instruction
(!) Martyrs de la Foi ; — l'Eglise du Mans durant la Révolution; — Aretiivea tlu Palaii* île Jiislirc d'Alençoo; — Liste des Confesseurs de lu Foimorla sur les pontons de Roche/ort : — Lettre de M. Vaoloup, curé de Conleme.
(a) Canton de CaiTOuges, aiTUiidiiseiuenl d'Alcagoa.
(le la jeunesse. Voyant l'aUecLiou que lui portaient ses pa~ roissiens, et les fruits de salut tju'il produisait au milieu d'eux, M. Léonard Perrault obtint de M^' d'Argentré la permission de lui résigner sa cure, au mois de juin 1790. La révolution ne tarda pas à dévoiler ses perfides desseins contre l'Eglise de Dieu. M. Jérôme Perrault, fidèle aux principes de la Toi catholique, repoussa a\ec horreur les doctrines de l'impiété, et refusa le serment constitutionnel qui les eût consacrées. 11 se vit dès lors traité d'ennemi du peuple, persécuté, puis chassé de son église, au nom delà nouvelle liberté des cultes.
Il se retira dans sa pieuse famille, où il fut obligé, pour vivre, de se livrer, comme saint Paul, au travail des mains et au commerce. Bientôt la révolution lui envia ce dernier asile. Pour ne pas tomber aux mains des persécuteurs, il quitta son pays, et fit le commerce de chevaux dans les départements de la Mayenne, de la Manche et du Calvados.
Au mois de juillet 1793, le désir d'avoir des nouvelles de sa famille et de sa paroisse bien-aimée, dont le souvenir le poursuivait partout, l'engagea à rentrer dans le déparlement de l'Orne. Comme il se rendait à Argentan, en compagnie d'un nommé Chappé, voiturier de Mênil-Bérard, il fut reconnu comme prêtre à Occagne, par le curé constitutionnel de Necy. Celui-ci s'empressa d'aller dénoncer son ancien confrère au magistrat républicain de l'endroit, Quelques instants après, M. Perrault était arrêté et conduit Il Argentan, au milieu des outrages de ses ennemis. Il su|<porta, sans murmurer, tous leurs mauvais traitements et, à l'exemple du divin Maître, il n'ouvrit pas la bouche pour se plaindre. Arrivé à Argentan, il comparut devant les citoyens Laine, Blanche, Godechal-Vorus, Trocherie, curé. constitutionnel, et Lautour-Mé/eray, membre du Directoire d'Argentan, et confessa courageusement la foi catholique. Le lendemain, Lt juillet, il fut, par ordre de ces administrai-
i[. JÉBÔMË-FHANÇOrS PEftEAl'LT.
leurs, tiré de la prison d'Argentan et conduit à la maison de justice d'Alençon.
Le 13 pluviôse an 11 (1" [é\rier 1794), deux gardes nationaux le présentèrent à la barre de Joseph Provost, président du tribunal révolutionnaire, devant qui il confessa de nouveau la foi de Jésus-Christ.
" Inlerrogé de ses uoins, àg'e, profession et demeure, il répondit :
'< Je m'appelle Jérôme-François Perrault, prêtre, curé de Saintflilaire-du-Mênil-Scelleur, âgé de quarante-deux ans, originaire de la commune du Cercueil.
n — Y a-l-il longtemps que tu as quitté ton brinéfice ?
" — Je l'ai quitté le 13 novembre 1191.
" — Pour quelle raison ?
Il — N'ayant pas voulu me t^éparer de l'Eglise catholique, en prêtant le serment constltutioDDel, je fus chassé de ma paroisse.
" — Pourquoi, rérraclairo à la loi du serment, n'as-lu pas obéi du (noins à celle qui te déportait î
" — Je ne me suis pas déporté par la raison qu'il y a une loi qui condamne à dis années da détention le prêtre fonclioonaire public qui ne se déporte pas. J'ai préféré cette peioe à la déportation.
« — Chez qui as-tu trouvé asile depuis le 13 novembre 1791 ?
'< — Je me suis retiré chez mon frère, dans la paroisse du Cercueil.
« — As-tu exercé les fonctions de prêtre et administré les sacrements ?
" — J'ai dit une fois la sainte Messe dans l'église du Cercueil, du consentement du curé du lieu et de la municipalité. Mais, ayant appj'is que quelques-UQS l'avaient trouvé mauvais, je n'ai pas continué.
" — Qu'est-ce que tu as fait, à partir do moment oii lu as cessé toutes fonctions ecclésiastiques ?
" — Je me suis mis, pour vivre, à faire le commerce. J'étais absent quelquefois huit jours, quelquefois quinze, après quoi je revenais chez Joseph Perrault, mon frtire. Mais à partir du jour où je fus informé de la loi de déportation, la crainte d'être arrêté fit que je cessai absolument dp me retirer chez mon frère. J'entrepris alors le commerce de chevaux, et je n'eus plus d'autres domicile.^
434 LIVRE n, CHAPITRE IV.
que les auberges des différents lieux où le commerce m'appelait. Telle a été mon occupation jusqu'au jour de mon arrestation, qui eut lieu le premier juillet dernier, à trois quarts de lieue d'Argentan.
« — Pourquoi, connaissant la loi de déportation qui t'ordonnait de quitter la France, t'es-tu obstiné à y rester ?
« — C'est par la raison que j'ai déjà dite ; je préférais dix ans de détention à la déportation.
« — Mais la loi qui punissait de dix ans de détention les prêtres réfractaires, qui ne se déportaient pas, a été suivie d'une autre qui punit de mort ceux qui refusent d'obéir à la première. Tu as donc aussi préféré la mort à la déportation ?
« —' Je n'ai pas eu connaissance de cette dernière loi.
« -— En quoi consistent tes biens mobiliers et immobiliers, et où sont-ils situés ?
« — J'ai quelques fonds de terre aux réages des Figuères et autres endroits de la paroisse du Cercueil. Quant aux effets mobiliers que j'avais dans mon presbytère, je les ai vendus pour faire mon commerce. Tout le produit s'est bientôt trouvé épuisé, et, lorsque j'ai été arrêté en venant de Caen, il ne me restait que le cheval que je montais, et qui a été vendu 500 livres par ordre du directoire d'Argentan.
« — Tu nous déguises la vérité. Tu dois avoir des effets déposés dans quelques lieux. Nous t'interpellons de nous les indiquer.
« — J'étais curé de Mênil-Scelleur par résignation de mon oncle, Léonard Perrault ; les meubles qui garnissaient le presbytère, lui appartenaient presque tous.
« — Ce prêtre est-il encore vivant ?
« — Oui, je l'espère, mais il est fort âgé ».
Ces paroles furent un trait de lumière pour Joseph Provost et raccusateur public, qui ordonnèrent d'arrêter le bon vieillard.
En attendant qu'il leur fût présenté, les juges du tribunal révolutionnaire condamnèrent le serviteur de Dieu à la déportation et à la confiscation de ses biens (1).
(1) Ce jugement est signé par Joseph Provost, président, François-Jacques Loi-
M. nENÉ-JACOCES MARY.
En enteadanl celte seateDce, M. Perrault tressaillit de joie de se voir associé ea ce monde aux souffrances du Fils de Dieu, aflo de participer à sa gloire dans l'éternité. Comme il avait sans cesse présente à l'esprit la patrie céleste, il quitta sans peine la ville d'AIcnçon pour se rendre sur les pontons de Rochefort, où Dieu lui présentait de loin la plus magniflque des couronnes : celle du martyre. La grandeur de ses souffrances ne fut surpassée que par la grandeur de sa résignation. Son agonie sur le vaisseau pestilen ■ tiel le Washinffion se prolongea jusqu'au mois de novembre 1794. Ce pieux confesseur de la foi mourut en prédestiné, la nuit du 15 au 16 de novembre, et fut inhumé près du fort Vazeux (t).
Trois mois après, le ciel s'ouvrait pour un autre prêtre de ce diocèse, M. René-Jacques Mary. 11 naquit à Séez, en 1738. Lfi désir de joindre la vie solitaireâlavieactive le détermina de bonne heure à entrer chez les religieux capucins, qui l'envoyèrent à Alençon. Il était le modèle de ses frères par sa régularité, son amour de l'obéissance et de la sainte pauvreté, lorsque !a révolution vint troubler la paiï de son monastère. Il refusa tous les serments que lui demandaient les ennemis de l'Eglise et méprisa leurs promesses aussi bien que leurs menaces. Bientôt parut le décret qui condamnait tous les prêtres à la déportation. Afm de travailler jusqu'à la mort au salut des âmes, ce bon religieux resta en France, malgré ce décret impie, et s'abandonna entièrement à la Providence de Dieu.
son, FnnijniB'Alcianilre le Roi des Acres, Joseph Le G^nisael, juges do tribuDii], Fransois-Mattinrin-Pierre Baurdoo, accusalenr [inblîc, et Nicolas-Cbarlee Andulleiil. grafBer.
(!) Martyrs de la Foi ; — Liste des Coitfess'mrs île la Foi morts sur les ponioTU de RochefoH, ànmèt i l'évèché de la Hocbelle; — Arctiives du Palais de Jnatice d'Alençoii ; ~ Notice mauuâcrite sur M. Peri'iiiiU.
13^ UYKE n, GEAPITEE IV.
Il était depuis quelque temps caché dans la maison d*an pieux ouvrier, nommé Hubert, lorsqu'il plut à Dieu de récompenser son dévouement, en rappelant à la gloire du martyre. On trouve au Palais de Justice lé procès-verbal de son arrestation conçu en ces termes :
'' Aujourd'hui mardi, 8 octobre 1793, nous membres du ctmité de HUî^Deillance de la commune d'Alençon, nous sommes transportés au (lomicilo du nommé Hubert], tisserand, faubourg Caseau, aux fins do faire perquisition reJativement à des prêtres qui devaient y Atre réftjjçiés, où étant, nous y avons trouvé quatre individus, leur avons demandé leurs noms et le lieu de leur domicile, à quoi ils ont répondu : le premier s'appeler Jacques Thibault, curé, ex-desservant de Sainte-Marguerite de Garrouges ; le second Louis Kesniard, prêtre prestimonier de la prestimonie de Garrouges ; le troisième René-Jacques Mary, ci-devant capucin, et le quatrième André Chaumont, tisserand (i), demeurant au Bourg-le-Roi. Avons tait conduire lesdits détenus à Bicétre )>.
Le Si octobre 1793 (le 10** jour de la troisième décade du premier mois de Tan 11 de la république, dans le jargon révolutionnaire) , Joseph Provost, assisté d*£tienne-Pierre Gouyard, accusateur public, fit amener à sa barre le vénérable i^ligieux et procéda ainsi qu'il suit à son interrogatoire :
« Ouels sont tes noms, citoyen, ton âge, ta profession et ta demeure ?
« — Je m'appelle RenéJacques Mary, répondit Thumble enfant de Saint-Fi^nçois» je suis capucin, âgé de cinquante-huit ans ; je suis né à Sée3> et je demeure en cette ville d*Alençon.
(' — Par quel hasard s est-il fait chei le citoyen Hubert un rassemblement de trois ecclésiastiques : Jacques Thibault, Louis Besniard et un autre ci-devant capucin ?
« — Aprè$ avoir quitté la maison des Capucins de cette ville, je
(t) Clwrc iMâitré. V(Hr Ws Jfar(yr$ c6t Mame^ t. u, et sartoat L'Eglise eu ik àiw ^ kt MroAiMoM» par le R. P. Oom Piolia, t m.
U. RENE-JXCOUËS suai.
menai quelque lemps une vie errante. Quelqu'un de ma connaissance m'ÎDdîiiuu, la maisoa du citoyen Hubert, et me dit que je pourrais y résider pendant quelque lemps. Je m'y présentai. Mais le citoyen Hubert fit difllcuUê de me recevoir. Cependant il s'y dâtenninapar humanité, ne connaissant pas la toi qui le défendait. Mais il ne me prit qu'en attendant qu'il m'eilt procuré un autre asile.
" — A quelle époque as-tu quitté la maison des ci-dovant Capucins, oii as-tu résidé depuis ia sortie de cette maison jusqu'à Ion entrée clicz le citoyeu Hubert ?
" — Je fus forcé de quitter cette maison quelques jours aTant Pâques de 1792, J'ai été depuis en différeuts lieux. Je vous prie de ne pas me presser de les indiquer, parce que je ne pourrais le faire sans manquer aux droits de la coofiance et de l'amitié.
-1 ~ Tu avais bien des moyens d'éviter de compromettre tes amis et toi-même. S'il répugnait à ta conscience de prêter le serment exigé par la loi des ecclésiastiques fonctionnaires public?, une autre loi te donnait l'alternalive de la déportation ou de la détention dans une maison à ce destinée.
« — N'étant pas fonctionnaire, je n'étais pas dans le cas du serment exigé par la loi. D'ailleurs, quoique je ne sois pas encore sexagénaire, il n'en est pas moins vrai que je suis sujet à de grandes infirmités.
« — Puisque tu voulais bien te condamner toi-même à la réclusion, tu eusses été aussi bien dans la maison destinée à tes semblables que dans une maison particulière, et alors lu n'aurais compromis ni toi ni tes amis. Pourquoi ne l'as-tu pas fait ?
" — Je m'étais proposé, comme les autres ecclésiastiques, de me Jéporter ; mais , informé que plusieurs prêtres avaient été assassinés, je n'osai m'exposer aux mêmes basards. D'ailleurs J'étais malade, sans fortune, et hors d'élat de me procurer ma Subsistance par le travail de mes bras.
« — Mais tu ne réponds point à notre précédente observation, qui a élé, qu'en se rendant aux Filles-Sainte-Claire, lu aurais tout is obéi à la loi, et évité tous les inconvénients que tu redoutais. Nous t'interpellons de nous dire si tu n'en as pas été empêcbé dans l'espoir d'une prochaine contre-révolution.
Je ne l'ai fiiil qu'à la L;onsidération de ma sœur, que j'avais
138 LIVRE n, CHAPITRE IV.
la satisfaction de voir quelquefois, et que je n'aurais pas vue, si je m'étais enfermé. Je n'ai pas agi dans l'espoir d'une contre-révolution.
« — Depuis que tu as quitté ta maison, n'as-tu point célébré la messe et administré les Sacrements publiquement ou dans les maisons particulières ?
" tt — J'ai été fort longtemps sans dire la messe. Mais depuis quelques jours j'ai trouvé l'occasion de la dire quelquefois.
« — Qui t'a procuré cette occasion ?
« — J'ai trouvé chez le citoyen Hubert les ornements et autres choses nécessaires à la célébration de la messe et j'en ai profité.
« — A qui appartiennent les choses dont tu t'es servi pour dire la messe chez le citoyen Hubert?
« — Les ornements que j'ai vus appartiennent à M. le curé de Sainte-Marguerite.
« — Ce curé était-il avant toi chez ledit Hubert, ainsi que l'autre prêtre arrêté avec vous ?
« — ■ M. le curé de Sainte-Marguerite y était avant moi. M. Besniard y vint après moi.
« — D'autres ecclésiastiques fréquentaient-ils la maison d'Hubert ? Ne s'y est-il point fait de rassemblement pour assister aux messes que vous célébriez, et recevoir les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie ?
(c — Je n'y ai vu aucun autre prêtre, et il ne s'y est fait aucun rassemblement, si ce n'est peut-être une ou deux personnes de la campagne, que leurs relations de commerce appelaient chez ledit Hubert.
« — Ne t'es-tu jamais permis de dire ou faire quelque chose contre la Constitution ?
« — Jamais, au contraire, j'ai toujours désiré la paix.
« — N'as-tu point vu le curé de Sainte-Marguerite confesser et donner la communion dans la maison d'Hubert, pendant que tu y étais ?
« — Je n'y ai pas fait attention. Quand je voyais quelques-uns paraissant désirer de parler en particulier à M. le curé de Sainte- Marguerite, je me retirais.
« — Toi-même n'as-tu entendu personne en confession ?