IBAN-BAPTlSTB-THeMAS LE CHEVREr
'«olutionaaire pourentendre prononcer la sentence de mort, à laquelle il était condamné. La voici telle qu'on la trouve surles registres sanglants de 93,
'c Vu par le tribunal criminel et révolutionnaire du département de l'Orne, s^ant en la ville d'Alençon, la procédure criminelle instruite contre Jean-Baptiste-Thomas Le Chevrel, prêtre, ci-devant vicaire de la paroisse de Pré-d'Auge, district de Lisieux, département du Calvados, âgé de trente-cinq ans, originaire do la paroisse de la Lande-Pali"y, district de DomlVont, ladite procédure consistani :
u En un procès-verbal contenant son arreslalion et rinterrotfatoire qu'il a subi dans la commune de Plers le ii frimaire dernisr, etc.
« Entendu la lecture publiquement faite des dites pièces, l'accusateur public en ses conclusions, et ledit Le Chevrel en ses moyens justificatifs.
■■ Le tribunal déclare ledit Jean-Baptisle-Tli ornas Le CUovrel, convaincu de n'avoir point prêté le serment prescrit par les décrets du 24 juillet 1700, et du -19 novembre suivant, 14 aoilt 1792, et 21 avril dernier, quoiqu'il y fût tenu comme ecclésiastique et comme fonctionnaire public, et par ce défaut sujel à ia déportation, et pour par lui ne s'être pas conformé à l'arl. IK de la loi du 29 el 30 vendémiaire dernier, le condamne à la peine de mort, et déclare ses biens meubles et immeubles confisqués au profit de la République,
■< Ordonne enfin le tribunal que les deux chapelets trouvés sur ledit Le Chevrel et qui sont les signes de ralliement des faotastiqu«8 ('sicj et des rebelles de la Vendée, seront brûlés par l'exécuteur des jugements criminels, et que le préseut jugement sera mis à exécution à la diligence de l'accusateur publfc.
H Fait et arrêté à Alençon, le quatrième jour de nivAse de l'an II de la République française, une et indivisible, à l'audience publique du irihunal, où étaient François-Joseph Provosl, président, Louis Charpentier, Jacques-Gilles Leclerc, Nicolas-Jean-Pierre Coru, juges du [tribunal pendant le présent trimestre, Etienne- Pierre- François Gouyard-Desjardins, accusateur public, et Nicolas-Charles rMdollent^grel'fi er.
l'Signé : François- Josepli Provosl, eic." ^^^M
C'était la première fois depuis Tère des anciennes persécutions qu'un prêtre allait être exécuté dans ce diocèse, publiquement et au nom de la loi. Les juges du sanglant tribunal semblaient avoir voulu rendre cette exécution plus solennelle encore et plus significative, en la fixant au jour de Noël, où l'Eglise catholique célèbre la naissance du Sauveur. Aussi, dès le matin, une foule considérable de personnes, attirées les unes par la curiosité, les autres par le désir de voir comment meurt un martyr de Jésus-Christ, arrivaient de tous côtés sur la place publique, où l'on apercevait déjà la guillotine encore rougie du sang des nobles soldats catholiques de la Vendée.
Avant de partir pour l'échafaud, le confesseur de la foi, qui avait passé la nuit en prières, demanda qu'il lui fût permis de se faire raser et poudrer, suivant l'usage du temps; car « je veux, disait-il, aller à l'échafaud, comme je suis allé à l'autel le jour de ma première messe ». Pendant le trajet, le courageux martyr, s'unissant par avance aux Anges, qui chantaient au ciel la naissance du Sauveur, chanta d'une voix haute, solennelle et pleine d'harmonie ce beau cantique : « Glo7ia in excelsis Deo. . . Gloire à Dieu au plus haul des cieux ». Le martyr avait une voix si belle, si mélodieuse, que tous les auditeurs en étaient ravis d'admiration. Arrivé au pied de l'échafaud, il en monta les degrés avec l'assurance d'un roi qui va s'asseoir sur son trône. 11 savait qu'il allait au ciel pour y régner éternellement. Par une permission de Dieu, qui, en prolongeant les souffrances de cette pieuse victime, lui faisait mériter une plus magnifique couronne, le bourreau laissa tomber deux fois le couteau fatal, sans pouvoir trancher la tète du martyr ; ce ne fut qu'au troisième coup qu'elle fut séparée du tronc. La sainte victime alla finir au ciel le cantique qu'elle avait commencé sur la terre.
Cette mort si glorieuse pour la défense de l'unité catholique était la plus magnifique instruction que le saini
TnOMiS LE CllEVREL. 167
lUX habitants d'Alençon et des campagnes -voisines. Tous se retirèrent pénétrés de plus en plus de respect pour la religion catboliquc, et de mépris pour les intrus, qui, par crainte de la mort, sacriliaientleur conscience à d'abominables tyrans.
Le bourreau porta dans sa charrette le corps du uiortyr au cimetière Saint-Blaisc, Mais il ne put ensevelir avec lui la mémoire du serviteur de Dieu. Tandis que les nomsi de ses bourreaux sont environnés d'opprobre, le nom de M. Le Chevrel rayonne encore d'un éclat céleste. On parle encore aujourd'hui avec admiration des vertus du saint prêtre dans les paroisses qu'il a évangélisées. A la Lande- Patry, à Fiers, à Domfront, à Prez-en-Pail, à Alençon, on raconte avec quel courage il confessa la foi, avec quelle joie il marcbait à la mort, ou plutôt à la vie éternelle, avec quels accents mélodieux il mêlait sa voix à celle des Anges en monlaut les degrés de l'écbafaud. Personne ne doute qu'assis maintenant avec les martyrs au banquet céleste, il ne chante le cantique de l'Agneau que saint Jean entendit dans le ciel. Cette pieuse croyance est consignée dans une pièce de poésie, qui fui, dit-on, composée par M. l'abbé Deiaunay, vicaire de Fiers, en i79i, et que l'on chante encore dans quelques familles chrétiennes du canton de Fiers.
Hesueiids du bieulicureux kl^jouc, Ksprit divin, souffle d'amour,
Viens embraser mon âme.
Que ta vivifiante ardeur Fonde la glace de mon cœur.
Le pénètre et l'enflamme.
Qu'entends-je ? ciel ! étonne-toi.
On me somme, au nom de la ini,
D'abjurer ma croyance, EL d'encenser la liberté.
1M LIVRE ff, CHAFÎTRE V.
La Raison et l'Egalité,
Les faux dieux de la France.
Tais-toi, philosophe orgueilleux, rrest à moi de t'ouvrir les yeux,
Sois docile, et n*adore Que cette ancienne Beauté, Cette puissante Majesté
Qui commande à TAurore.
Le croiras-tu, siècle pervers ?
Oui, dans mon cachot, dans mes fers.
Je rencontre des charmes ; VA tes lâches adorateurs Passent des jours remplis d'horreur,
Dans de vives alarmes.
Assouvis ta cupidité, Monde rempli d'iniquité.
Dévore ma substance.
Cruel, tu peux tout engloutir.
Mais tu ne saurais me ravir , La fleur de l'innocence.
Soufftir pour la foi, quel honneur 1 Mourir pour son Dieu, quel bonheur î
Aussi, loin de me plaindre, Armé du céleste flambeau^ Jo m*appi*oche de Téchafaud,
Sans pâlir et sans craindre.
Dans ce terrible et beau moment, 4e vois s'ouvrir le firmament,
J*en découvre la gloire.
HÀte-toi de fixer mon sort.
Bourreau» laisse tomber la mort,
AeWve ma victoire.
ift iW)Ma SMt eftfia accooiplis, ^Wtaft» plus^ je jouis