M. THOMAS COLLIN
D'uDe paix ineffable.
Assis sur un trône éclatant, Je contemple le Dieu vivant,
L'infiniment aimable (1) »
Quinze jours étaient à peine écoulés depuis la mort de M. Le Chevrel, qu'un autre prêtre, M. Thomas CoUin, né dans le voisinage de Domfront, tomba sous les coups des persécuteurs. Il était vicaire d'Avrilly (2), lorsque arriva la révolution. A l'exemple de son vénérable curé, M. Dupont- Gravelle, il refusa le serment schismatique, que les ennemis de la sainte Eglise romaine voulaient imposer à tout le clergé français. Obligé de quitter son presbytère et sa paroisse à cause de la persécution, M. Dupont dit adieu à son vicaire, -qu'il ne devait plus revoir en ce monde, et partit pour Texil. Pour M. CoUin, qui espérait pouvoir se cacher dans la paroisse, il résolut de braver les lois de la déportation et de la mort portées contre les ecclésiastiques fidèles à leur conscience, afin de travailler jusqu'à son dernier soupir à son troupeau. A la fin de 4793, il exerçait encore son ministère avec beaucoup de zèle et d'édification dans la paroisse d'Avrilly. Mais, recherché et poursuivi à outrance par les persécuteurs, il fut arrêté, conduit dans les prisons de Domfront, et livré comme rebelle aux troupes qui allaient à Dol -combattre les Vendéens. Elles le traînèrent jusqu'à Saint-Malo, où une commission militaire le fit fusiller a comme prêtre et brigand de la Vendée (3) ». La sentence est du 24 nivôse an II (13 janvier 1794).
(1) Tiré de plusieurs notices que m'ont remises M, Hamard, curé d'Alliis. et M. fluet, ancien curé de la Lande-Patry.
(2) Cajiton de Domfront (Orne).
(3) Martyrs de la Foi ; — Lettre de M. le curé d'Avrilly.
Au mois de mars, Dieu ouvrit les portes de la patrie céleste à une autre pieuse victime de la foi catholique, H. Jo* seph Prud*homme, religieux de l'abbaye de la Trappe (1). Chassé de son cloître par les révolutionnaires, il retourna dans sa pieuse famille, qui habitait la paroisse de Yezins, près Chemillé, dans le diocèse de la Rochelle. L'esprit et les saintes habitudes de son état Ty accompagnèrent, et dans ce bourg dont la piété irrita si fort les soldats impies qui combattaient contre Farmée catholique, F. Antoine était vénéré de tous les fidèles pour sa ferveur et sa charité. Aussi fut-il un des premiers que les ennemis de l'Eglise dénoncèrent aux persécuteurs. Ils le firent aussitôt arrêter et l'envoyèrent à leur commission militaire d'Angers. Le 8 germinal an II (28 mars 1794), elle le condamna comme fanatique à la peine de mort. Le même jour, le saint religieux monta sur l'échafaud , en priant pour ses bour-^ reaux (2).
Le jour suivant (29 mars 1794), fut marqué par la mort de M. François-Guillaume Lemaître. et de trois autres pieuses victimes de la charité. M. François-Guillaume Lemaitre
(1) On lit sur le Registre des professions des religieux de la Trappe : « Frère Antoine, dit dans le monde, Joseph Prud'homme, tisserand de son métier, Gis de défunt Vincent Prud'homme, marchand de toile, et d'Anne Giiaud, ses père et mère, natif de la paroisse de Sainl-Pierre-de-Vezins, en Poitou, diocèse de la Rochelle, âgé de près de 25 ans, ayant reçu l'habit de novice convors des mains de Dom Pierre, le 19 août 1757, a fait profession entre les mains du Révérend Père abbé, en présence de toute la communauté, le 7 novembre 1753. Signé : F. Antoine Prud'homme ; — F. Malachie, abbé de la Trappe; — F. Etienne Jullien ; — Effroy de Champrozéc ».
(2) Martyra de In Foi ; — Notes de M. l'abbc Vallet.
frAjNçois-ghillal'me le maître.
naquit à Laigle, le 20 novembre 17!14 (1). Appelé jiar Dieu à l'élat ecclésiastique, il fut nommé vicaire de Crulai, où il se fit remarquer par son zèle pour le salut des àmoa. Lorsque la Révolution entreprit de jeter le clergé fiançais dans le schisme, M. l'abbé Lemaitre fut du nombre de ces prêtres généreux qui préférèrent le devoir à la vie, et l'amitié de Dieu à celle des ennemis de la religion. Il fut cbassé pour ce motif de sa paroisse en 1791 ; mais rien ne put l'empêcher d'exercer le saint ministère, de donner aux fidèles les secours religieux et de les prémunir de toutes ses forces contre le danger des nouvelles doctrines. Après la promulgation des lois du 2t) août 1792, qui coniiamnèrent à la déportation à la Guyane tout prêtre catliolique qui refuserait de prendre .le chemin de l'exil, il vint se cachera l'Aigle chez M°" veuve Anquetin. C'était une personue d'une charité admirable. Sa tendresse pour les malheureux égalait sa grandeur d'âme. Cependant elle se laissa un jour effrayer par la manière brutale dont on arrêta sous ses yeux M. l'abbc Cyprien Brard, curé de Saint-Aquilin, et les pieux ouvriers qui lui donnaient asile (2). Elle craignit qu'on ne fit aussi quelques perquisitions chez elle, et supplia, en pleurant, M. l'abbé Lemaître et M. l'abbé Boursier, qu'elle cachait dans sa maison depuis dix-huit mois, de chercher un autre refuge pour quelques jours. C'était au plus fort delà terreur, la mort planait sur la tète de tous les prêtres et de tous les fidèles qui leur donnaient l'hospitalité. M. l'abhé
(1) Elirait des Registi-es de naissance de \i coDimuDB de Laigle : « Le jendi, 29 novembre 17ii, a ^té baiitibéFL-aa^is-Gaillaume, né du 27 dernier, en lÉgiline mariage de Guillaume Lemaili-u et de Fi-ançoiae Dulertre, son épause. Le parmiii a été H* Ffançois-Guillaume Muiiciiit:, curé d'Emauvllle, qui a fait le liaptème \ la iDaniioe, Marie-Madeleine Baragué, femme de Pierre -Franroiâ SailUrd, de cette paroisse, qui oui sigiié n.
Le registre dùmenl signé.
Plusieurs hiiilurieua out rapporté que M. Lemaitre était aé il Fiers. Celle piÈce décide la question.
(2) Il fut coudamué à la récInsLon perpétnelle, cumme sex3|;énaire, et ii la conliscyttou de tous ses biens (9 ^criiiiu^l m llj.
J72 LIVKE I
LemaStre, ne sachant de quel côté diriger ses pas; mrïrëa bienfaitrice : — « Hélas ! Madame, où voulez-YOUs que nous allions? — A la Providence, chers Messieurs », réponditelle I
Ils sortirent de sa maison, le soir du samedi 19 ventôse 1794 (8 mars), et se rendirent au milieu des ténèbres chez M. Letourneur, ancien sacristain d'une des paroisses de la ville. Ils n'y trouvèrent que sa femme, Charlotte Leclencher. Elle les reçut avec une bonté touchante; et comme elle avait peur qu'il n'entrât quelque personne chez elle, elle les fil descendre dans la cave de sa maison, en attendant l'arrivée de son mari qu'elle envoya chercher. 11 vinl au bout de quelques minutes. « Mon ami », lui dit M. Lemaîfreeiisc jetant à son cou," sauvez-nous la vie. Nous n'avons plus d'asile ». M. Letotirneiir, qui le connaissait particulièrement, fut touché de seslarmes, et promitde lui trouver un refuge. 11 fit venir chez lui un de ses amis, nommé Pierre Basile, et le pria de lui aider à conduire ces ecclésiastiques en un lieu de sûreté. Il y consentit volontiers. Un quart d'heure après, ils sortirent tous ensemble el partirent pour la commune de Saint-Sulpice-sur-RtUe. A quelque distance de la ville, ils rencontrèrent un marchand de bois, nommé Kibier, dont la probité lui était connue. « Mon ami », lui dit M. Letourneur, n voici deux malheureux prêtres, à qui je voudrais sauver la vie; aidez-nous à les conduire >'. M. Rihier se joignit aussitôt à eux, et, à l'orce de précautions, ils arrivèrent au village de la Pichotticre, en Saint-Sulpice, où demeurait un homme de foi et de dévouement , nommé Jacques Morel. Il fit d'abord quelques difficultés de recevoirles deux malheureux prêtres; mais, sur les instances de M. Letourneur, il consentit a leur donner l'hospitalité. Pour favoriser leur évasion, au cas d'une visite domiciliaire, il les conduisit dans une petite chambre, située sur un four, à quelque distance de sa maison. C'est là qu'ils passèrent en prière là journée du
M. FRlN'flûIS-fiEJIttiUME LSHAITRE.
'iimancLe, mars 17',ti. Le lundi soir, vers liuit litjuius, ils se hasardèrent à sortir de leur retraite pour se rendre chez M. Morel, qui les avait invités ù souper. Us y étaient à peine depuis un quart d'iieure, lorsqu'on entendit le bruit des |»as de plusieurs personnes qui se dirigeaient vers la maison. C'était un officier municipal de la commune de Sainl- Sulpice, accompagné de la force armée, qui, averti de la présence de deux prêtres dans la maison de M. Morcl, venait faire une perquisition chez lui. " Ouvrez, au nom de la loi, ouYrez ", cria-t-il d'une vois terrible. Pendant que M. Morel allait exécuter cet ordre, la lumière qui était sur la table se trouva éteinte. M. l'abbé Lemaître essaya de profiter des ténèbres pour échapper aux mains des gardes nationaux; mais toutes les issues de la maison étaient gardées, et il ne larda pas à être arrêté. « Qui es-tu, lui dit l'ofGcier municipal?» — "Prêtre catholique », répondit avec fermeté le confesseur de la foi. — « Ton nom? >< ~ » François-Guillaume Lemaître ». On ne lui en demanda pas davantage el on se prépara à le conduire à l'Aigle. Avant de partir, les gardes nationaux visitèrent toute la maison, mais ils ne découvrirent point M. l'abbc Boursier, qui s'était caché sous un lit. Pensant qu'il n'y avait qu'un seul prêtre chez M, Morel, ils prirent la route de l'Aigle avec leur prisonnier. Ils s'attendaient à recevoir des éloges pour leur dévouement à la cause de la république. Mais les membres du Comité de surveillance leur adressèrent de vifs reproches de ce qu'ils n'avaient arrêté que M. l'abbé Lemaître. « Jacques Morel et sa femme », dirent-ils, méritent-ils moins la mort que ce prêtre réfractaire 7 n Allez vite les arrêter; vous en répondes! H. Ils repartirent aussitôt pour Saint-Sulpice. M. et M°" Morel, qui ne soupçonnaient pas le danger qu'ils couraient, n'avaient pris aucune précaution pour échapper aux mains de leurs ennemis. Ils furent arrêtés dans leur maison, et amenés à l'Aigle au milieu des huées de la populace.
174 LTVRE II, CHAPITRE V.,
Les membres du Comité de surveillance se réunirent aussitôt pour examiner ce qu'ils devaient faire de leurs prisonniers. On trouve, aux archives de TOrne, le procèsverbal de cette séance et la copie du premier interrogatoire subi par les confesseurs de la foi. Nous le donnons en entier.
« Procès verbal du comité de surveillance de la commune de l'Aigle, présidé par Paviot, où étaient Couesnon, Pellerin, Blondel jeune, Mariot, Geslin, Esbrjit, Lemée, Gontaut, Votorte, Langlois et Seiger.
« Le comité assemblé, se sont présentés deux membres du comité révolutionnaire de la commune de Saint-Sulpice, qui nous ont fait part de l'arrestation du nommé Lemaitre, prêtre émigré et ci-devant vicaire à Crulai, de Jacques Morel et de Rose Legrand, sa femme.
<' Deux commissaires ont déposé sur le bureau du comité deux paquets sous le cachet de la municipalité de TAigle. Le premier, appartenant audit Lemaître, a été ouvert. Il renfermait une montre en argent avec une chaîne d'acier, neuf livres dix sous six deniers de monnaie en dix-huit pièces, un chapelet, un scapulaire, une figure de Vierge sur de la toile, etc.
« Le deuxième appartenant au nommé Morel, dit Piedfin, renfermait neuf sous et demi en huit pièces ; le reste de son contenu ne renfermait que des objets insignifiants.
« Le comité, considérant qu'il pourrait tirer quelques renseignements des détenus, a arrêté qu'ils seraient entendus séparément et de suite ; en conséquence, s'est fait amener ledit Lemaître.
(( A lui demandé où il résidait avant d'être chez Morel, où il a été trouvé le jour d'hier.
« A répondu qu'il résidait en la commune de l'Aigle, mais qu'il ne voulait point dire ehez qui.
(( A lui demandé depuis quel temps il était chez ledit Morel.
« A répondu qu'il y avait peut-être été un quart d'heure avant l'arrivée de la garde nationale qui l'a saisi, mais qu'il y avait deux jours qu'il était sur le territoire de Morel. Le comité a renvoyé ledit Lemaître en la maison d'arrêt, et s'est fait présenter le nommé Morel.
H. FiiiinçOTS-i]iFn.LAtJUE lemaIteb.
ns
<> A lui demandé combien il a logé de temps Lemaïtrit, prûlrc émigré.
■1 A répondu qu'il l'avait logé pendant deux jours, que ie 18 ventôse, sur onze heures à minuit, les nommés Ribier et Adam fils, s'ëtaienl rendus chez lui et l'avaient pour ainsi dire forcé de se lever el recevoir ledit Lemaltro on lui promettant de l'en débarrasser dès le matin.
>' A lui demandé ^i les deux particuliers dont il parle étaient seuls, a répondu qu'il croyait que Letourneur, ex-sacrislain de Laigle, était avec eus.
« A lui demandé si Lemaltre mangeai? avec lui et chez lui.
" A répondu qu'ils avaient soupe une fois ensemble, mais que Lemailre mangeait dans l'appartement d'un nommé Lesa^e et qu'il couchait sur la motte du four de lui dit Morel.
" A lui demandé d'où lui venaient les os prétendus de saint Porlien trouvés chez lui.
■< A répondu qu'il les avait demandés au Tourneur, dans le temps qu'on disait qu'on devait les jeter, et qua ce dernier les lui avait donnés. Nous avons cessé de l'interroger et l'avons renvoyé à la maison d'arrêt, et nous avons fait paraître la femme Morel.
Il A elle demandé depuis quand Lemaitru était chez elle, n'a rien voulu répondre, n'ayant donné que dus réponses évasives et insignifiantes ; cependant elle est convenue que Lemaltre était cbez elle depuis deux jours. Sous avons cessé de l'interroger et remise à la garde du concierge.
« Les membres du comité de surveillance s'empressèrent de faire arrêter Jacques. Letourneur, Pierre Bazile et Pierre Ribier, qui furent conduits à la maison d'arrêt ».
Les membres du comité se rassemblèrent le leademain pour lâclier de découvrir de nouveaux coupables. Ils n'y
réussirent que trop, ainsi qu'on le voit sur le procès-verbal de leur séance.
" Le comité, considérant qu'en interrogeant de nouveau l'homme Et la femme Morel, il pourrait en retirer quelques éclaircissements, il a été arrêté qu'ils paraîtraient sur-le-champ.
« A elle demandé si Lemaître el Boursier n'étaient pas entrés chez elle, le 48 ventôse à la nuit, répondu que oui.
« A elle demandé par qui il avait été conduit, a déclaré que c'était par Letourneur et Bazile.
« A elle demandé si Adam fils n'était pas avec eux, a répondu qu'il était arrivé une heure après les autres et qu'elle, femme More), était à Laigle au moment où tous ces gens-là étaient arrivés chez elle, et qu'elle n'était arrivée avec sa servante qu'au moment où ils partaient, que Lemaître avait été saisi chez elle deux jours après et que Boursier s'étjjit sauvé.
« A elle demandé si elle savait où résidaient ces prêtres avant que d'aller chez elle.
« A répondu qu'elle croyait que c'était chez la veuve Anquetin, rue de Belleau, à Laigle.
« Le comité a cessé de l'interroger et l'a renvoyée à la maison «l'arrêt ».
IjCS inembres du comité de surveillance, ravis d'avoir découvert enfin la victime qu'ils cherchaient, se transportèrent aussitôt, accompagnés de la garde nationale, à la maison de M""* Anquetin. Elle était revenue de la frayeur que les ennemis de la religion lui avaient causée le 8 mars, se repentait amèrement de sa faiblesse, et, décidée à l'expier par sa mort, si telle était la volonté de Dieu, elle attendait de pied ferme les persécuteurs. Quand elle entendit les cris du peuple et des gardes nationaux arrêtés devant sa maison, elle comprit que c'était elle qu'on venait chercher. « C'est moi que vous venez chercher », dit-elle au président du comité de surveillance, «je vous suis ». Avant de partir, les membres du comité se firent ouvrir tous les appartements. M""® Anquetin, soutenue par la grâce de Dieu, conduisit elle-même ces hommes altérés de sang dans toutes les pièces de sa maison, leur montra tous les ornements sacerdotaux qu'elle cachait, et, après cette perquisition, elle suivit d'un pas ferme les gardes nationaux et les membres du comité jusqu'au lieu de leurs séances. Le pro-
.AMJOlS-ttUIUAUJIf; LEMAITRE.
cès-verbal de son arroslalion et de son interrogatoire dressé par ses ennemis est trop tionorable pour cette dame pour être passé sous silence.
" Le comité s'est traosporté en la maison de la veuve Aoquelin et a interpellé la veuve Aoquetin de lui faire ouvorlure de tous les appartements, ce qu'elle a fait de suite. Il résulte de la perquisition faite qu'il a été trouvé un missel, une chasuble à peu près démontée, des cordons de prêtre. Le comité a conduit la citoyenne Anquetin au lieu ordinaire de ses séances et l'a interpellée de déclarer si elle n'avait pas lo^é Lemaltre et Boursier, prêtres soupçonnés émigrés, a répondu que oui depuis dix-huit mois.
« A. elle demandé si ces deux prêtres soupçonnés émigrés ne disaient pas la messe chez elle, a répondu que oui.
« A elle demandé oii étaient les ornements dont ils se servaient, a répondu qu'ils avaient un petit calice, on ciboire, qu'elle les avait donnés à sa niëce demeurant chez Bigot, rue Saint-Jean, pour les cacher, sans eo donner connaissance audit Bigot.
"A elle demandé qui est-ce qui emmenait les prêtres dont est question de chez elle, a répondu que la frayeur que lui avait faite la capture de Brard, lui avait presque tourné la tête, et que dés qu'il ftit nuit, elle signifia auxdits prêtres de se retirer de chez elle ; qu'ils étaient seuls, et furent s'adresser au Tourneur pour les sauver.
« Le comité a cessé de l'interroger et l'a remise à la garde du concierge, pour être par lui et sous sa responsabilité détt-iiue ii la maison d'arrêt de cette comînune ■>.
Le 27 ventôse, les membres composant l'administration du district de Laigle adressèrent une réi(uisition aux juges du tribunal criminel d'AIençon pour les presser de venir juger révolutionnairement les coupables et de faire ensuite exécuter leur sentence dans les vingt-quatre beures sur la place publique de Laigle. Il importe de conservei' cette pièce à l'histoire.
« Aujourd'hui vingt-septième jour de ventôse, l'an II de la république française une et indivisible.
Lk3 Martyrs, — ï. Il, la
178 LIVRE II, GH.VPiTRE V.
« En séance publique du district de Laigle, présidée par le citoyen Paul Courdemanche, où étaient Anquetin, Margot-Josselle, Laigneau et Laroque, en présence du citoyen Aury, agent national.
« In membre a dit :
« Les circonstances exigent des exemples d'autant plus forts que les ennemis du bien public ourdissent tous les jours de nouvelles trames pour anéantir la république, je veux dire les prêtres qui se sont soustraits à la loi de la déportation, rendue contre ces individus réfractaires, en se cachant dans les repaires les plus ténébreux, à dessein de répandre leur venin pernicieux dans Tesprit des âmes crédules, ces serpents dont le crime impardonnable ne peut être puni avec trop de sévérité, afin de découvrir au public, qu'ils ont abusé trop longtemps, que ces monstres ne cherchaient qu'à exciter des troublesetà fomenter laguerre civile; pourquoi il demande de prendre tous ces motifs en considération, et de faire requérir le tribunal criminel révolutionnaire du déparment de l'Orne de se transporter en ce chef-lieu du district pour juger ces grands coupables et leurs complices.
« Sur quoi délibérant l'administration du district, l'agent national entendu, arrête que les juges du tribunal criminel et révolutionnaire du département de l'Orne sont requis, au désir de la loi du 3 nivôse dernier, de se transporter en ce lieu pour juger révolutionnairement les coupables et actuellement renfermés dans les prisons de la commune de Laigle, afin que leur jugement soit exécuté dans les vingt-quatre heures sur la place publique de cette commune.
« Arrête au surplus que l'expédition du présent sera adressée, soit par la poste ou autrement, audit tribunal du département aux fins de son exécution.
« A Laigle, lesdits jour et an ; signé : Courdemanche ; — Anquetin ; — Margot-Josselle ; — Laigneau ; — Laroque ; — Aury, agent national, et Meurger, secrétaire ».
Le tribunal révolutionnaire répondit, le 30 ventôse :
« Vu par le tribunal criminel et révolutionnaire du département de l'Orne, séant en la commune d'Alençon, la réquisition faite au tribunal par les membres composant l'administration du district