‹ Les martyrs de la Révolution dans le diocèse de SéezChapitre 21 sur 29 · M. FRA.NGOIS-GUILL.\UME LEMAÎTRE · texte numérisé non relu

M. FRA.NGOIS-GUILL.\UME LEMAÎTRE

de Laigle, relative à une trame ourdie par les malveillants pour troubler Tordre social et amener toutes les horreurs de la guerre civile et dont la terreur suit :

« Aujourd'hui, vingt-septième jour de ventôse, etc. « Le tribunal, prenant en considération Tarrêté dudit district ; convaincu que, pour arrêter les desseins pervers des ennemis de la r révolution, des exemples marqués au coin de la justice et de la = sévérité sont de nécessité indispensable, donne acte à l'accusateur || public de la lecture qui vient d'être faite de l'arrêté du district de ^ Laigle, ci-dessus daté, et de sa réquisition. i « Ordonne qu'il se transportera le 3 germinal prochain, à l'effet l d'instruire contre les auteurs, fauteurs et complices de la conspiration découverte en ladite commune, et procéder incontinent à leur jugement.

1 « A ce ordonne le tribunal que copie du présent sera envoyée surle-champ au ministre de la justice et à l'administration du district de Laigle, avec l'invitation de faire toutes les dispositions nécessai-i res pour la tenue des séances de ce tribunal.

« Fait et arrêté à Alençon, le 30 ventôse l'an II de la république française une et indivisible, en l'audience publique du tribuna) criminel où étaient François-Joseph Provost, président, Françoislacques Loison, François-Alexandre le Roi des Acres, Julien le Gé- Bissel, juges pendant le présent trimestre, François-Mathurin Bourdon, accusateur public, et Nicolas-Charles Audoilent, greffier ».

Signé : François-Joseph Provost, etc.

L'effet suivit de près la menace. Les magistrats républicains, accompagnés de la guillotine et de deux bourreaux, se transportèrent à Laigle le 3 germinal, et se mirent aussitôt en devoir de satisfaire l'administration qui les avait appelés.

M. Morel fut le premier cité à la barre de Joseph Pro-

TOSt.

« — Qui es-tu », lui dit avec mépris le juge républicain ? « Ton nom, ton surnom, ton âge, ta profession et ta demeure ? « — Je m'appelle Jacques Morel », lui répondit la pieuse victime

iKO LIVRE II, CHAPITRE V.

(lo la charité. « Je suis cultivateur, &gé de cinquante-quatre alas, ot domicilia on la commune de Saint-Sulpice.

N*as-lu pas rec^^lé dans ta maison Lemattre, prêtre réfracta iio ?

J*ai ri^ni pour Tamour de Dieu cet ecclésiastique, qui était sans a^ilo.

i^ombion do temps a*t-il été chez toi ?

Il Y ost venu le samedi soir ; il a été arrêté le lundi sui vaut. Jo rai vu i^ poino un quart d*heure, parce qu'il ne couchait |His ohoy moi. Il y entra le lundi, jour de son arrestation.

Où ledit Lemaitre a4-il mangé et couché pendant les deux jours ?

Il ;i maillé et couche dans une petite chambre qui donne sur U cv^ur de ma maison et qui était louée précédemment à m u\\mme l.e$4^. Kn venant chez moi, M. Lemaitre apporta di

Il e$t $iu^Uer que lu nous aies dit dans une réponse précè \(euu^ \;tte le pt^^to^ LeiC4t:r^ n ai;ùt ni raanjgré, ni concbé chez toi, UiKii^ \;ue tu conviens ax^icdeiunt qoe cet ecdésiasliqae aviil uuu^v et ooucfee dào$ uae cà^uibnf qtii t'appaitient et qui est su u v\Kir OV^ï^î ;:»? ci^.vc;$^i5^v ^ui i«oèt<e U fraiwie, et qui prom <uc ttft 1$ âi:; $i:;eitt33wc: ce '-^f La Ict iî dêfi»4aîl et fùie, i r^vv>4xt >i4:t$ x^f îwi^i:i:x^*r ;xî ;'i;çaniMaît ce pnèlre réftw-

•V :n? .Vi^:î*A.^?5st5? 7J6< -ii Cl i:ii: v^c? me pariez. Ta qœji .^ tûvvv'. ',^iî> i»f ^^u^v r..^ x'ii. X corji lOîii:: gcto^î lii aoizcnlin

GUIliâ-UME LEMAITKK. Ifil

— Sais-lu chez qui il les a. déposés ?

— J'ignore où il a pu les déposer.

— As-tu quelques propriétés, en quoi coosislent-elles, où sonts situées ?

— Je D'ai aucune propriété, et je vis sur le bien de mon fils.

— Sais-tu oii ledit Lemaître se retirait avant d'aller chez toi ?

— Je l'ignore (1) >■.

k«ph ProTost fit donner lecture de cet interrogatoire à irel qui déclara cjue ses réponses contenaient la véet qui les si^na avec le président du tribunal, l'accusa- Bur public et le greffier.

Joseph Provost fit ensuite amener devant lui, par deux ^rdes nationaux, Rose Legrand, femme de Jacques Moel.

" — Ton nom », lui dil-il, « ton âge, ta profession, et ta deleure ?

I'— Je m'appelle Rose Legrand, femme de Jacques Horel. je ois âgée de quarante-huit ans, et je demeure en ta commune de aint-Sulpice.

" — Connaissais-tu le nommé Lemaître, prêtre réfractaire, avant

m aiTivée chez loi ?

« — Je l'ai connu, mais sans lui parler, pendant qu'il était vicaire

Crulai.

n — Comment se fait-il que tu te sois exposée aux rigueurs de

, loi, en recevant chez toi un prêtre réfraclaire avec lequel lu levais aucune relation antérieure ?

« — Quand on est dans une campagne, on ne connaît pas la loi,

je venais rarement à la ville.

(• — Combien de temps ce prêtre a-t-il passé chez toi ? Lui as-lu [ûnné à manger et â coucher ?

Il n'a point couché dans noire maison, et lorsiju'il est venu, I a apporté du pain.

(I — Tu nous trompes. Ton mari, plus sincère que loi, nousadil ue c'était vous qui lui aviez fourni la subsistance, et qu'il avait

|i) Arcliivea du Palais de Juslice d'Aleni;on.

i82 LIVRE II, CHAPITRE V.

couché dans voire chambre, qui est sur la cour ; conviens de cette vérité.

« — Il est vrai qu'il a couché dans la chambre qui est sur la cour. Il était sans asile ; qui n'aurait eu pitié de lui ?

« — Sais-lu où le prêtre Lemaître résidait avant de venir chez toi ?

« — Je n'en sais rien. Mais j'ai entendu et appris par le bruit public qu'il se retirait chez M"^« Anquetin.

« — Sais-tu pourquoi ce prêtre a quitté la citoyenne Anquetin, s'il y est resté longtemps et si «'est chez elle qu'il a déposé ses effets ?

« — Je ne sais rien de tout cela, mais ce que je sais, c'est qu'il n'a déposé chez nous aucun effet. Nous ne pouvions pas du reste le recevoir dans notre maison, et, s'il y est venu, c'est en passant.

« — Pourquoi ne pouvais-tu le recevoir dans ta maison ?

« -— C'est parce que je savais qu'il n'était pas permis de recevoir des personnes comme cela, et que d'ailleurs nous n'avions pas d'appartements commodes.

« — Tu n'es pas d'accord avec toi-même, citoyenne. Tu nous dis dans ta réponse à notre seconde interrogation que, quand on est à la campagne, on ne connaît pas la loi, et tu nous dis dans ta dernière réponse que tu n'as pas voulu recevoir le prêtre Lemaître, parce que tu connaissais la loi qui défend de receler des personnes comme cela. Nous t'interpellons de nous expliquer cette contradiction et de concilier ta conduite en recevant ce prêtre réfractaire avec la connaissance que tu avais de la loi, qui punit ceux qui reçoivent des prêtres réfractaires.

« — M. Tabbé Lemaître n'a point été reçu chez nous. Il n'entra chez nous qu'en passant et pour y rester un moment.

« -— Oui, un moment qui a duré deux jours, qui aurait pu en durer quatre, quinze, ou même davantage, si ce prêtre réfractaire n'eût pas été arrêté le second jour.

« — Quand il n'aurait pas été arrêté le lundi soir, il n'aurait point couché chez nous.

« — N'as-tu pas recelé d'autres prêtres que Lemaître, et n'y en avait-il pas un autre chez toi au moment où celui-ci a été arrêté ?

« — Oui, il y en avait un autre.

« — Quel était ce prêtre ?

M, FRANÇOIS GUILLAUME LEMAÎTBE. i83

« -— C'est M. Tabbé Boursier.

« — Est-il resté longtemps chez toi ; sais-tu où il s'est retiré, et s'il n'a pas laissé d'effets chez toi ?

« — Il n'y est pas resté plus longtemps que M. Lemaître. Je ne sais pas où il s'est enfui, et il n'a pas laissé d'effets chez nous.

« — As-tu quelques propriétés ?

« — Le bien sur lequel nous demeurons appartient , à nos enfants.

Après la lecture de cet interrogatoire, M"'^ Morel déclara que ses réponses contenaient la vérité, et qu'elle était prête à les signer, ce qu'elle fit avec le président du tribunal criminel, l'accusateur public et le greffier.

Le 6 germinal, Joseph Provost fit paraître devant lui M""® Anquetin.

« Tes noms, citoyenne, lui dit-il, ton âge, ta profession et ta demeure ?

« -— Je m'appelle Charlotte Villette, veuve de Mathurin Anquetin ; je suis âgée de cinquante-sept ans , et je demeure en cette commune.

« — N'as-tu point donné retraite aux nommés Lemaitre et Boursier, prêtres réfractaires ?

M — Oui, citoyen. Ils se présentèrent chez moi à l'époque où M. l'abbé Bessin, curé de Saint-Michel, et oncle de mes enfants, fut assassiné en cette commune. Ils n'avaient pas d'asile. Touchée de commisération, je leur donnai l'hospitalité.

« — Combien de temps ont-ils résidé chez toi, et pourquoi en sont-ils sortis, et chez qui se sont-ils retirés en quittant ta maison ?

<( — Ils sont restés chez moi jusqu'à il y a eu samedi quinze jours. Je fus prise alors de peur et je les priai de sortir de chez moi, ce qu'ils firent le soir même. Ils me demandèrent où ils iraient. — A la Providence, répondis-je. Je ne sais où ils se sont retirés.

« — Tu as un peu perdu la mémoire, citoyenne, depuis le premier interrogatoire que tu as prêté au comité de surveillance. Tu as dit que c'était l'arrestation du prêtre Brard, qui t'avait enfin

I8i LIVRE II, CHAPITRE V.

déterminée à raellre ces ecclésiastiques dehors, et qu'ils s'étaient adressés à Letourneur pour les sauver.

« — Si j'ai parlé de Letourneur, c'est que j'avais perdu la tète.

« — Letourneur, ci-devant sacristain, n'allait-il pas chez toi répondre la messe de ces prêtres, lorsqu'ils la disaient ?

« — Letourneur n'est jamais entré chez moi ; ni mes parents, ni mes meilleurs amis n'ont jamais su que j'eusse chez moi ces ecclésiastiques.

« — Connaissais-tu la loi qui défend sous les peines les plus rigoureuses de receler des prêtres réfractaires ? •

« — Je ne connais pas cette loi.

« — Tu nous trompes. Car, si tu n'avais pas connu la loi, tu n'aurais pas pris tant de précautions pour dérober à la connaissance de tes parents les plus proches et de tes amis les plus intimes Jadite retraite que tu donnais à ces prêtres réfractaires. Le soin avec lequel ils se cachaient eux-mêmes aurait dû te faire connaître que les motifs les plus pressants les y obligeaient. D'ailleurs personne n'est présumé ignorer la loi toute et particulièrement colle qui a été proclamée avec la plus grande publicité. Tu as donc . fait en connaissance de cause ce que tu savais être un crime aux yeux de la loi.

« — J'ignorais toutes les rigueurs de la loi.

« — Les prêtres n'ont-ils pas laissé chez toi divers effets, entre autres un missel, une chasuble dépliée et autres effets, qui conviennent à des prêtres, et connais-tu d'autres effets à eux appartenant qui soient déposés en d'autres maisons ?

« — Ils ont laissé chez moi un missel, une chasuble dépliée, deux chapeaux, une paire de bas, et un habit d'été. J'ai d'ailleurs déclaré que j'ai donné un calice et un ciboire à Rosalie Boursier, ma nièce, demeurant chez la citoyenne Bigot, et que je lui avais expressément recommandé de n'en pas donner connaissance à ladite citoyenne Bigot.

« — N'as-tu point connaissance que ces deux prêtres aient déposé chez le citoyen et la citoyenne Bigot une partie de leurs effets, et une autre partie chez d'autres citoyens ?

« — Je n'en ai aucune connaissance.

(( — As-tu des propriétés ?

(( — Je n'ai qu'une maison située en cette commuue,

M. FHAMÇOIS-r.tULLArME lemaîthe. 185

" — Ce fait >', ajoute le président sur ie procès-verbal de l'interrogatoire, <i avons cessé d'interroger ladite veuve Anquetin, et après lui avoir fait donner lecture du présent, elle a déclaré que ses réponses contiennent la vérité, qu'elle y persiste, et a signé avec nous, l'accusateur public et le greffier ".

Restait à interroger celle des victimes qui était ie principal objet de la haine des persécuteurs. Josepli Provost la lit amener à sa tiarre par deux gardes nationaux le 7 germinal. On conserve aux archives du Palais de Justice d'Alençon l'interrogatoire du martyr conçu en ces termes :

" Interrogé de ses noms, âge, profession et demeure, a répondu : " Je m'appelle François-Guillaume Lemaltre, prêtre, âgé de vingtneuf ans et quatre mois. Je demeure en la commune de Laigle.

" — Où demeurais-tu lors de la loi constitutionnelle du clergé î

« — J'étais vicaire de Crulai.

« —As-tu prêté le serment exigé par la loi de tous les fonclionaaires publics?

" — J'ai prêté le serment exigé par les lois, en réservant les droits de la religion catholique.

" —'Le serment conditionnel que tu as prêté, a-t-il été reçu par les autorités constituées ?

" — J'ai reçu une lettre du citoyen Aury, par laquelle il me mandait que le serment prêté par moi avait été accepté par les autorités constituées (1), et qu'il ne s'agissait plus que de la reconnaissance de l'Evêque constitutionnel de l'Orne,

" —- Voici une lettre qui s'est trouvée dans ton portefeuille, ayant pour souscription ; : A Monsieur l'abbé Lemaitre, vicaire à Crulai, datée de Laigle, le 8 février 1791, commençant par ces mots : Je reçois da-ns l'imlant une lettre de l'Assemblée Tiational'. . . et souscrite ; Aury. Nous l'interpellons de nous déclarer si cette lettre est celle du citoyeo Àury, dont tu as parlé dans ta précédente réponse.

" — Ce n'est pas celle dont j'ai parlé. J'ai reçu deux lettres du

(I) Plusieurs eennenls reslrJctJfE, reças commr suFOeaDta par les diredoires de district, furent plus tard déclarés nuls par J'Asscinbliie nationale.

citoyen Aury. Dans l'une, que j'ai égarée, le citoyen Aury me marquait que mon serment, tel que je l'avais prêté, était accepté.

« -— Le défaut de représentation de cette lettre ne permet pas de douter de sa 'supposition. Mais ce qui porte cette vérité jusqu'au plus haut degré d'évidence, c'est que la lettre du citoyen Aury, relative à ton serment, et que tu reconnais, est diamétralement opposée à celle dont tu nous parles. Il n'est pas possible de croire que le citoyen Aury, qui t'a écrit le 8 février 1791, pour te dire, après avoir consulté l'Assemblée nationale sur ton serment, qu'il était illégal, et qu'il te conseillait de le prêter purement et simplement, t'en ait écrit une seconde contraire. Tu as donc sciemment méprisé la loi, et les conseils d'un ami sage, en t'obstinant à refuser de prêter purement et simplement le serment ordonné par cette loi et de reconnaître l'évêque constitutionnel. Conviens de cette vérité d'où découlait pour toi une autre obligation : celle de la déportation, conformément à la loi du 26 août 1792.

« —Je n'ai rien à dire, sinon que je crois toujours avoir reçu une lettre du citoyen Aury. Au reste, j'avoue que j'ai quitté mes fonctions à l'occasion du refus de prêter un serment pur et simple et de reconnaître l'évêque constitutionnel.

« — As-tu passé à la municipalité une déclaration comine tu entendais te déporter ?

. « -— Non, citoyen.

« — As-tu connu les différentes lois relatives à la déportation des prêtres, fonctionnaires publics, qui refusaient de prêter le serment, et les peines qu'elles prononcent contre ceux qui ne s'y sont pas conformés ?

« -— J'ai connu les lois à ce relatives. J'ai su que, faute de me déporler, j'étais condamné à dix ans de fer. Mais l'amitié que j'avais pour ma famille et l'espoir de voir des lois plus douces succéder à celles-ci m'ont empêché de me déporter. A cela s'est encore joint une autre considération, c'était la crainte d'être assassiné en route, comme il y en a eu beaucoup d'exemples.

« -— N'es-tu point resté dix-huit mois dans une maison de cette commune ; puis, n'es-tu point allé chez un nommé Morel, à Saint- Sulpice ?

« — Oui, citoyen.

3i. l'iiANCma-GUILLitME LEJUiTRK.

« — N'as-tu point été conduit dans la maison de Morel par plusieurs persoDuesî Qui sont ces personnes?

11 — J'y ai été conduit par Letourneur, Bazilo et Rihier ; mais nous renconlrâmes ce dernier eo chemin.

« — Coonais-lu Morei ?

" — Je connais Morel comme étant de la même commune.

" — En sortant de la maison de la veuve Anquetin, où tu es resté caché pendant dix-huit mois, n'es-tu point allé chez Letourneur pour lui demander un asile, el n'avais-tu point avec loi le nommé Boursier, prêtre réfractaire î '

" — En sortant de chez M™" Anquetin, j'allai effectivement avec M. l'abbé Boursier chez Letourneur. Ce n'était point pour prendre asile dans sa maison, mais pour aviser au moyen de passer la nuit.

1' — Est-ce toi qui pria Letourneur de te conduire chez Morel, on si ce fut au contraire Letourneur qui l'indiqua la maison dndit More! î

« —Je ne pensais pas à M. Morel. Ce fui Letourneur qui me l'indiqua.

" — Morel se fit-il prier pour te recevoir ?

« — Je n'en sais rien, parce que Letourneur nous précéda pour prévenir M. Morel, qui nous reçut par humanité et pour ne pas nous laisser dehors.

" — Sais-tu ce qu'est devenu ton compagnon Boursier î

" — J'étais si troublé au moment de mon arrestation que je ne m'occupai point de M. Boursier. J'ignore comment il s'est évadé, et je n'ai pu apprendre ce qu'il est devenu.

'( — Beconnais-tu ce misse!, cette chasuble dépliée, ce calice, cette patène, ce ciboire, ce portefeuille, celte montre, ces petites images et ce scapulaire, symbole de fanatisme, et qui semblent être des points de ralliement de la Vendée ?

•' — Je reconnais tous ces effets pour les miens. Mais je proteste avec vérité que ces objets ne viennent pas de la Vendée, avec laquelle je n'ai jamais eu, el ne voudrais avoir de relations.

" Connaissais-tu particulièrement Rihier, élail-il informé que loi et Boursier, ton compagnon, deviez vous retirer cbez Morel î

" — Je connaissais Ribier, mais pas très-intimement. M, Boursier l connaissait plus particulièrement, comme étant son locataire.

188 UVRE n , CHAPITRE V.

J'ignore si Ribier était prévenu de notre voyage avant notre rencontre.

« Connais-tu Bazile ? Est-ce toi qui Tas prié de raccompagner à Saint-Sulpice ?

« — Je connaissais Bazile, parce qu'il travaillait chez les membres de ma famille. Ce n'est pas moi qui l'ai engagé à nous conduire à Saint-Sulpice.

« — As-tu quelques propriétés ?

« — Je possède par indivis avec ma mère deux maisons et un jardin dans la commune de Laigle.

« Et à l'instant, l'accusateur public a requis que les- différentes personnes désignées dans les réponses du comparant soient appelées pour passer leur déclaration d'après celle de l'accusé. (Comme leur interrogatoire ne révèle aucun fait nouveau, nous nous abstenons de le rapporter).

« Lecture faite audit Lemaître de ses réponses, il a déclaré qu'elles contiennent vérité, qu'il y persiste et a signé, observant seulement qu'il ne se rappelle pas si ce fut Letourneur, qui proposa à Boursier et à lui, comparant, de les conduire chez Morel, ou si ce fut Boursier qui fit cette proposition ».

« Signé : Lemaître ; — Provost ».

Sur la demande de raccusateur public^ Joseph Provost fit comparaître ensuite Louise Jourdain^ domestique de M. Morel. Elle déclara que « M. Tabbé Lemaître et M. Tabbé Boursier, étant venus demander asile à M. Morel, celui-ci les reçut et lui fit défense de parler à qui que ce soit de la présence de ces deux ecclésiastiques dans sa maison. M. Boursier eut l'adresse de se cacher sous un lit au moment de l'arrestation de M. Lemaître : en sorte qu'il ne fut point emmené avec celui-ci. Environ une demi-heure après, Boursier se retira de dessous le lit, et demanda conseil à Morel sur la route qu'il devait prendre, et Morel lui conseilla d'aller du côté du Bois-Aulin. Le nommé Beaugrand, ci-devant vicaire, âgé d'environ quarante ans, s'est retiré aussi chez ledit Morel. 11 y est resté environ trois mois, et en est parti avant le mois d'août dernier. Cet ecclésias-

tique disait la messe dans la maison de Morel, et c'était ce dernier qui la lui répoDdait tous les jours ». Après cette dernière preuve de dévouement donnée à ses maîtres, Louise Jourdain se relira.

Le président employa la journée du 8 à rédiger la sentence. Les conTesseurs de la foi, qui s'attendaient bien à mourir, employèrent ce jour à se préparer au grand passage du temps à l'éternité. Le 9 germinal ils furent cités de nouveau à la barre de Josepti ProvosI, qui leur fit lire la sentence suivante :

il Vu par le tribunal criminel et révolutionnaire du déparLemenl de l'Orne, séant ex traorttinai rement en In commune de Laigle, en conséquence de la réquisition du Uirecloire du district dudit lieu, en date du %1 venlûse dernier, fondé sur la loi du 3 nivôse aussi dernier, et encore suivant l'ordonûance du tribunal du 30 dadit mois de ventôse, la procédure criminelte instruite en ladite commune contre les auteurs, fauleurs, adtiérents et complices d'une conspiration ourdie contre la république, consistant :

" 1" En plusieurs procès -verbaux du Comilé de surveillance de ladite commune de Laigle, etc.

« Lecture publiquement faite de toutes les pièces de la procédure, et après avoir entendu l'accusaleur public en ses conclusions et réquisitions-,

« Le tribunal déclare ledit François- Guillaume Lemaltre convaincu : 1° de n'avoir point prêté les serments prescrits par les décrets des 24 juillet 1790, 29 septembre suivant, 14 août (792, et 21 avril dernier, quoiqu'il y fût tenu, et à ce défaut sujet â la déportation; 2° de ne s'être pas conformé à l'art, ia de ia loi des 29 et 30 vendémiaire dernier, de s'être retiré et caché au contraire en diverses maisons, soit de cette commune, soit dans celle de Saint-Su Ipice, dans l'une desquelles il se faisait des rassemblements dangereux et atlenlatoires à la sûreté publique, sous prétexte d'assister aux messes qu'il y disait :

» Pour raison de quoi le tribunal le condamne à la peine de mort; en conséquence qu'il sera dans les vingt-quatre heures livré à l'exécuteur des jugements criminels, pour, sur la place publique de celle commune, avoir la tèle tranchée...

« Le tribunal déclare également ladite Charlotte Villette, veuve de Mathurin Anquetin, convaincue d'avoir recelé dans sa maison ledit François-Guillaume Lemaître, qu'elle savait être un prêtre réfractaire et sujet à la déportation, de Ty avoir tenu caché pendant l'espace de dix-huit mois, jusqu'au 19 ventôse dernier, et d'avoir souffert chez elle des rassemblements, sous prétexte d'assister aux messes de cet ecclésiastique; d'avoir également recelé chez elle, avec ledit Lemaîlre, le nommé Boursier, autre prêtre réfractaire, pour réparation de quoi le tribunal la condamne à la peine de mort, et ordonne que dans les vingt-quatre heures elle sera livrée à l'exécuteur des jugements criminels, pour, sur la place publique de cette commune, avoir la tête tranchée. . . ;

« Le tribunal déclare également lesdits Jacques More! et Rose Legrand, son épouse, convaincus d'avoir les 19, 20 et 21 ventôse dernier, donné retraite et recelé dans leur maison ledit François- Guillaume Lemaître, qu'ils savaient être un prêtre réfractaire et sujet à la déportation, pour réparation de quoi le tribunal les condamne à la peine de mort et ordonne que dans les vingt-quatre heures ils seront livrés à l'exécuteur des jugements criminels, pour, sur la place publique de cette commune, avoir la tête tranchée; Déclare le tribunal, les biens meubles et immeubles desdits Lemaître, veuve Anquetin, Morel et femme, confisqués au profit de la république...

u Le tribunal ordonne qu'il sera sursis au jugement desdits Jacques Letourneur, Pierre Bazile et Pierre Ribier, que la Convention nationale sera consultée sur la question qui les concerne, et qu'en attendant ils demeureront en état d'arrestation, sauf, après la décision de la Convention, à être, par ledit tribunal, pris le parti qu'il lui sera indiqué;

« Faisant droit sur les plus amples conclusions de l'accusateur public, le tribunal ordonne que le présent jugement sera imprimé, publié et affiché dans toutes les communes de ce département.

« Fait et arrêté à Laigle, le neuvième jour de germinal, l'an II de la république française une et indivisible (19 mars 1794), en l'audience publique du, tribunal du district de Laigle, où étaient François-Joseph Provost, président, Louis Pattu, Jacques-François Savari, François-Philippe Chartier, juges, Pierre Bourdon, accusateur public et Nicolas-Charles Audollent, greffier ».

yi. FRAMOIS-G

Tous les lionnêles gens de la ville de Laigle, qui entendirent porter cette sentence, furent saisis de douleur, et en appelèrent avec les confesseurs de la foi au juge suprême des vivants et des morts. Mais il y avait là une populace furieuse, qui, peu de temps auparavant, avait trempé ses mains dans le sang de M. l'abbé Bessin, curé de Saint-Michel ; il y avait là une troupe de républicains payés pour crier: " Vive la république, vive la guillotine, mort aux prêtres I » Il y avait surtout les membres des Comités. C'est à cette foule hideuse, l'opprobre de la ville de Laigle, que Joseph Provost crut devoir s'adresser, après la lecture de la sentence de mort. 11 commença naturellement par insulter le prêtre fidèle à son Dieu (I).

" C'est loi ", lui dit-il, ■■ c'est toi, François- Cluillauoie Leiaaitre. qui as trompé et égaré des âmes faibles et trop crédules en leur prêchant une morale à laquelle tu ne te croyais pas obligé, une morale que tu ae professais que pour te faire croire un envoyé du cielj et leur inspirer plus de confiance et de vénération pour loi. Ta dans l'instant expier tes crimes sur l'échafaud. Personne ne te regrettera. Mais tu entraînes dans la perle plusieurs citoyens qui, sans toi, sans tes perfides conseils, auraient peut-être été des citoyens vertueux, de bons patriotes; mais tu entraines dans ta perle une fetnme, qui, avant de te connaiCre, éta^ aimée et considérée dans sa communs, une femme bienfaisante, et qui, sam avoir l'IieureuiB avantage d'être mère de famille, en remplissait religieusement les saints devoirs (2).

" Crois-tu, vil et lâche imposteur, que le Dieu, au nom duquel tu faisais taut de mensonges, soit bien satisfait des vlclimes que ton hypocrisie immole sur ses auteis?

« Va, malheureux, va expier tes crimes. Puisse le supplice trop mérité auquel tu vas Ôtre livré dans ce jour, rappeler tous les citoyens égarés par toi et par tes semblables aux principes de la

(I) Ce diacouTE est copia mot pour mot aar l'oriKiml Écrit ds la maiâ de Joseph Provost et conservé au Palais de Ju^iice.

[S] Les eaCanis dont M""" Anqueiin a parti ûiat ma mterrogaloire duient il du premier mariaise île il. Anqueliii.

192 LIVRE ir, ciupitre: v. ^M

liberté, de l'éguliid ol de lii rralernilé. Puisse-l-il les eofragè^ livrer au glaive de la loi lous les scélérats de ton espèce que quelques-uns peuvent encore receler. C'est le dernier vœu du tribunal qui t'a jugé.

" Citoyens, membres de la Societi papulaire, du Comité de Suneil- Umce, et de toutes les autorités constituées de cette commuue, le tribunal rend le plus sincère hommage h votre activité, à votre civisme, à vos sentiments patrioliques et républicains, il se fem loiyours un devoir de les seconJer.

" Et vous, peuple de l'Aiglo, que vos magistrats ont si bien instruit de l'esprit public et qui en êtes si bien rempli, nous vous invitons à suivre toujours leurs conseils et leurs exemples. C'est par là que vous concourrez au salut de la chose publique el à la consolidation du superbe édifice de notre conslItuUon répnblicaioe. Elle repose principalement sur les mœurs, sur la vertu, non sur celte vertu farouche que prêchaient vos prêtres, qui égoïsal et isolait les citoyens, el qui érigeait le néant en vertu et cherchait à propager le célibat, aussi immoral qu'impolitlque, mais sur ces vertijs douces et sociales, qui nous rapprocbeot tous, qui nous unissent et nous portent à nous aimer, comme ne faisant qu'âne même famille, et h nous donner mutuellement tous les secoure dont nous pouvons avoir besoin ■•.

lieux bourreaux attendaient à la porte de la salle la fia de ce discours. Lorsque les applaudissements frénétiqaeï des républicains eurent cessé, leurs rangs s'ouvrirent pour livrer passage aux confesseurs de la foi que l'on conduisail li la mort. Leurs mains étaient chargées de chaînes. Mais ils se disaient : « Courage ; dans quelques instants nous serons libres, libres comme les Saints du ciel». Ils étaient traînés sur une ignoble charrette, au milieu des huées des républicains. Mais ils regardaient le ciel et se disaient: (1 Courage ; dans quelques instants nous serons assis sur un trône, et les anges eux-mêmes applaudiront à notra bonheur <K Ils voyaient l'cchafaud dressé sur la place de Laigle et le fatal couteau prêta trancher leur tête. Mais ils se disaient : " Courage ; dans quelques instants uotre àiue sera ,

M. FRAS[;OIS-t;LILE..U'*[E LESIALTRE. |9;t

et un jour celte tête sera ceinte d'un diadème et ce» corps brilleront comme le soleil pendant l'éternité ».

Arrivées au pied de l'éciiafaud, les pieuses victimes de la foi catbolique dcscendireat de Toiture et se dirent le dernier adieu. Il était environ deux heures et demie après midi. Quelques instants aj>rès le couteau de la guillotine tranchait leur noble tête et brisait les liens qui les reteflateut captifs en cette vallée de larmes. Deux tuiissiers de Laigle rédigèrent en ces termes le procès-verbal de leur exécution :

" L'an 11 dt la r^publ que fniioaise iiiip Lt HidiviMble Iû 9 gei h isioiil, sui environ deux heures ft dtmie dpr^s midi nou'=i tharlLs j] Amand Hoib^aad et CbarW Aiiquelm munis de certificat du

I ciTisme, huissieis audieticiui b Un tribunal au disttiLt de Laigle et

II y asserinenlijb demeurant eu la commune dudit lieu soussignée I certifions que les nommts Jacquts Mor^l tt sa iLmmc de la com [mune du Siint Sulpice la nommée \illette veuvt, Anquttm et fLemailre ex piétie ont cté en exécuUon duo jugement révolu

tionuairement rendu contre eux cejourdhui publiquement dans .l'audiloire du tribuDdl au dibtiict de Laigle pai les ciloyeas ma gistrals composant le liibunal criminel du départ ment de I Urne ■séantà AlençoQ conduits ■iUchafdud monte sur la place publique 'de celte commune pour être exéculus et passés à la gu Iloline ce iQui a été fait par deux extcutoiirs Dans cette opération nous avons remarque que ladit?! femme dudit Jacques Horel autait la première subi le suri de la guiilutiUL et que I evucuteur se serait Repris à deux lois pour lui faire paitii la lete et de suite ladite Jveuïe Anquclio Morel et 1 ex piètre ces tiois derniers ont été Idécolléd du premier coup que pendant cette opisrdUon I un des lexécuteui^s duiait pour plus ample saUsfaclion des spectateurs ivi'ais républicain'! qui i chaque tttc découpée f> écriaient \ive lïa république et la guilloUne ! ■ brûle et réduit en cendres, dans un jrécbaud, ditrérentes reliques, comme us dits saint PoHîen, petites jcouronnes, chapelets, et différents objets de pareille nature ; igu'après cette opération les corps et tètes des dénommés en [Vautre part ont élé conduits dans un tombereau au cimetière du

s .MAHrïBS. — T. II. Vi

Ii»i LIVRE II, CUAPITRE V.

celle commune, cl Ik élanl, l'uQ des exécuteurs les aurait jetés dans un trou de cinq à six pieds de profondeur, et après on aurait de suite rempli ledit trou de la terre qui en avait parti. Fait vi rédigé le présent notre procès- verbal , que nous attestons sincère et vérilaLle, ayant assisté à tout ce que dessus, pour servir ol valoir ce qu'il appartiendra, et nous nous sommes retirés sur les quatre heures et demie de relevée ».

Signé : Moissand ; — Anquetin.

Enregistré à Laigle, le 9 germinal, Tan n« de la république une et indivisible, gratis (1\

Signé : Loyer.

Le vrai peuple de Laigle fut saisi d'horreur à la Tue de cette sanglante exécution. Encore aujourd'hui on conserve pieusement dans cette ville la mémoire des nobles Tictimes, et Ton a foi à la parole de Dieu qui a dit : Mea est ultioet ego retribuam m tempore. « C'est à moi qu'appartient la vengeance et je l'exercerai en son temps. Le jour du Juge-

(1) Voici le jugement* prononcé par le tribunal révolutionnaire d*Âlençon contre Pierre Rihier, Jacques l.eiourneur et Pierre Baziie, le 23 thermidor an II de la République. Heureusement pour eux. Ion venait d'apprendre la mort de Robespierre et des principaux l\raus de la Fiance.

ft Par arrêté du tribunal criminel du département de TOrne, Pierre Ribier n'est pa? convaincu if avoir sciemment et dans le dessein de crime, aidé et assisté ledit Morel et sa femme dans le recelé qu'ils ont fait chez eur dudit François-Guillaume Lemaitre, pour quoi le tribunal Tacquitle de l'accusation intentée contre loi et ordonne qu'il soit mis sur-le-champ en liberté.

« A regard desdits Jacques Letoumcur et Pierre Razile, le tribunal les déclare convaincus d'avoir sciemment conduit François-Guillaume Lemaitre, prêtre sujet à la déportation, chez Jacques Morel et Rose Legrand, sa femme, exécutés le 9 germinal dernier, et comme tels complices de ces derniers, pour quoi les condamne à la peine de la déportation à perpétuité, et déclare leurs meubles et immeubles conrisqués au prolU do la Republique.

»^ Signé : J, Provost, Pierre- Charles-Norbert Ramard, Tbéodore-Jean-René Gnélin, Julien-NicoKis le (Ienisseï, juges, Maihurin-Pierre Bourdon, accnsateur public, of Nioolas-V.liaiios Audolleut, grellier ».

Vhu t.ird, le 8 p'.uviî^se an 111, Pierre Baziie fut mis en liberté. Le bon sacristain, Jacques l.elourneur, revint lui-même de Rochefort, dans sa ville natale, en 1705, 11 ftU un dcâ témoins qui firent reconnaître une partie des reliques de saint l^orlien, préservées de la profanation pendant la Terreur.

JE.\N-I.\i:gi.:E3 CALnBV.

itient approche et l'Ueure do Injustice arrivera LienSal. Se suis le maître de la vie et delà mort, et personne ne peut arracher le coupable de mes mains. Levant ma droite au ciel, je le jure par mon éternité: lorsque l'heure de ma vengeance sera arrivée, je châtierai mes ennemis selon la grandeur de leurs iniquités. J'eni^Terai mes flèches de leur sang etnion glaive les dévorera (!) ».

Le 7 avril ni) t vit tomber la tOte d'un fervent religieux de l'abbaye de la Trappe, M. Jean-Antoine Bourrel. II s'était réfugié à Langogne, dans le diocèse de Mende, après la suppression des Ordres religieus. Sa vie était si régulière, et sa conduite si pleine d'édification, qu'il encourutla haine des impies. Comme il ne fréquentait point les offices des intrus, il fut dénoncé au comité de surveillance, emprisonne aussitôt, et traduit devant le tribunal criminel du déparlement de l'Ardèche. Quoiqu'il ne fut que religieux convcrs, ses juges n'eurent pas honte de le condamner, comme prêtre réfractaire, àla peine de mort (7 avril 1794). Le lendemain, le pieux enfant de saint Bernard marcha à la mort avec joie. Des yeux delà foi il apercevait son bienheureux Père, qui lui présentait une couronne du haut du ciel. Cette mort si édifiante impressionna vivement tous ceux qui en furent témoins (2).

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