‹ Les martyrs de la Révolution dans le diocèse de SéezChapitre 25 sur 29 · M. JACQUES-LOUIS-ANDRÉ RIBLIER · texte numérisé non relu

M. JACQUES-LOUIS-ANDRÉ RIBLIER

^ûir- « Déclare leurs biens confisqués au profit de la république, les ]4|>apiers trouvés dans la maison et imprimés seront lacérés et brûlés :i|aùprès de l'échafaud, et le jugement imprimé et affiché dans ,1^1'étendue du département ».

,i Le lendemain, M. Riblier et M^^^ Marie Guesdon dés Acres, 'la compagne désormais inséparable de sa gloire, furent T conduits à Téchafaud dressé vis-à-vis la porte de la prison. ti^ Une foule immense était accourue pour voir expirer ces 'î nobles victimes de la foi catholique, et protester, par leur ■ attitude, contre la cruauté des vils esclaves de la Conven- ' tion. Les deux martyrs s'avancèrent en priant vers l'échafaud. Leur démarche était assurée. Leur visage calme reflétait la paix céleste que Dieu répandait dans leur âme. « Mon Dieu, je vous aime, mon Dieu, je voiis aime, répétait la pieuse Marie des Acres; mon Dieu, ayez pitié de moi ».

Quand M. Riblier, arrivé au pied de Téchafaud, vit sa bienfaitrice sur le point de perdre la vie à cause de sa charité pour lui, il ne put retenir ses larmes, et lui demanda à haute voix pardon d'être la cause de sa mort. « Réjouissez-vous plutôt )), lui répondit-elle, « de notre commun triomphe », et elle se laissa attacher comme un agneau à la planche fatale. Quelques secondes après sa noble tête tombait sous le tranchant de la guillotine.

M. Riblier monta à son tour les degrés de l'échafaud, regarda un instant le ciel, qui s'ouvrait devant lui, et se laissa attacher à la planche rougie du sang de sa bienfaitrice. Quelques instants après, son âme, purifiée par le martyre de ces légères taches, que contractent, sur le chemin de la vie, les cœurs les plus purs, s'envolait pleine de joie vers les régions célestes, et chantait avec les Elus ce beau cantique (1)-; « Il est digne, l'Agneau qui a été immolé, de recevoir l'empire, l'honneur, la gloire et la bénédiction. O amour, bénédiction, honneur et reconnaissance à notre

(1) Apoc, vu et iv.

Dieu dans les siècles des siècles. Car vous nous a^ez rachetés dans voire sang, Seigneur, et vous nous avez faits rois et prêtres ; avec vous nous régnerons éternellement «. j

M. François-ArmanddeSaint-Aignan.le quatrième dessept enfants de messire Gilles-Nicolas-Joseph de Saint-Aignan de la Brétesclie, et de dame Marie-Catherine du Mollard de la Garinière, naquit, en 1765, dans la paroisse de Coulmer, près Gacé. Il Qt ses premières Études dans la maison paternelle, sous la direction de M, l'abbc Renault des Mollans. M. Tabbé de Saint-Aignan, son grand-oncle, était alors théologal de Séez et jouissaifdans ce diocèse de la grande considération que lui mentaient sa science et ses Tertus. Ayant remarqué dans son neveu beaucoup de piété, d'ardeur pour le bien et une grande élévation de sentiments, il l'engagea à consacrer à Dieu les talents que Dieu lui avait donnés. " Servir Dieu dans l'état ecclésiastique, c'est plus que régner, lui disait le saint prêtre ; ceuï qui enseignent la justice aux peuples, brilleront comme les astres du firmament pendant toute l'éternité (1)». S'abandonnant à ce9 nobles inspirations, François-Armand de Saiat-Aignan résolut de se donner tout à Dieu. U entra au sén^inaire (Je Séez, en 1786, et, trois ans plus tard, il fut élevé au sace> doce par Mgr d'Argentré.

Nommé vicaire de Saint-Ouën-de-Séez, il se fit aimer el admirer de tous les fidèles de la ville épiscopale par sa généreuse charité pour les pauvres, sa douceur et sa piéB angélique. On touchait aux jours sanglants de la révolution. Obligé de s'expatrier à cause de ses titres de noble et d> prêtre Adèle à l'Eglise, M. l'abbé de Saint-Aignan passa Allemagne, oii deux de ses frères servaient dans l'armée

(!) Dan., XII, 3.

Coudé. U n'y demeura que très-peu de temps, et, après la mort de ses deux frères, arrivée en 1793, il résolut de rentrer en France, afin d'y travailler au salut des .înies. L'exécution de ce dessein offrait d'autant plus de dangers que M. l'abbé de Saint-Aignan pouvait être facilement reconnu à cause d'une claudication légère, dont il était affligé, et qui provenait de la luxation d'une jambe éprouvée au temps de ses premières études. Mais cette considération ne put ébranler son zèle.

11 vint donc se fixer à Rouen, où un grand nombre de de familles nobles vivaient cachées et se soutenaient mutuellement. Après un séjour de quelques mois dans cette ville, sur les instances d'amis dévoués, qui lui avaient trouvé à Gaen une retraite plus rapprochée de sa famille, il se décida à venir dans cette ville. Il fit avertir sa mère de cette résolution, et la pria de se rendre sur la route, à un endroit qu'il lui indiqua, pour avoir avec lui une entrevue. M"" de Saint-Aignan était veuve, les survivants de ses flls combattaient dans la Vendée. Elle vint à travers mille dangers au lieu désigné pour le rendez-vous, accompagnée de sa fille Sf'du Hays (1). On se rencontra, sur la route, au milieu des ténèbres de la nuit. On se donna rapidement quelques nouvelles mêlées de bien des larmes, et l'on se sépara pour ne plus se revoir en ce monde.

M. l'abbé de Saint-Aignan, arrivé à Caen, y trouva la retraite qu'on lui avait promise dans une maison de la rue des Chanoines. C'était au mois de Juin 1794. Le saint prêtre opéra beaucoup de bien dans plusieurs familles, restées fidèles au calholicisme. Mais elles ne jouirent pas longtemps de sa présence. Au mois de juillet, les personnes, qui lui donnaient asile, se trouvèrent si effrayées des nombreuses arrestations opérées dans leur voisinage, qu'elles avertirent

(1) yt«" du Hays est l'aieulD de M. Charles du H.iys, de Sain! Cermain-de-Cliiirefeuille, i la bienveillance duquel je dois une grande partie des détails eontsnnE iva catte notice.

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le serviteur de Dieu de chercher un autre asile. Il sortit le jour même en se recommandant à Notre-Seigneur, qui, plus généreux que les hommes, lui ouvrit les portes de sa maison céleste. En effet, il avait à peine parcouru cent mètres que sa démarche, son air de noblesse, joint à sa modestie sacerdotale, attirèrent Tattenlion des satellites révolutionnaires. Il fut arrêté presque aussitôt, et conduit devant le Comité de surveillance.

« Qui es-tu, lui demanda le président de ce Comité sanguinaire? <c — Je suis prêtre catholique et insermenté, lui répondit Thomme de Dieu.

« — Ton nom ?

« — François de Saint-Aignan ».

Il n*en fallait pas tant pour mériter la mort. Le confesseur de la foi fut conduit à la prison de Caen, et Ton y voit encore son acte d'écrou conçu en ces termes :

« Le citoyen Charbonnier, concierge de la maison d*arrêt de cette commune, recevra François Saint-Aignan, et le mettra dans un lieu secret. Donné en notre Comité, sous notre sceau, ce deux thermidor, deuxième année républicaine (20 juillet 1794) ».

On interrogea à plusieurs reprises le serviteur de Dieu pour savoir les noms et le domicile des personnes qui lui avaient donné asile. Mais il avait Fâme trop grande pour les désigner à la vengeance des persécuteurs.

Le 9 fructidor (26 août), M. Tabbé de Saint-Aignan subit un dernier interrogatoire devant Charles Cailly, président du tribunal révolutionnaire. Il déclara qu'il n'avait point prêté le serment à la Constitution civile, parce qu'elle était opposée aux premiers principes de la Constitution donnée par Dieu même à son Eglise, et qu'il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes.

« — Assez, assez », lui dit le président, et il lui montra la liste

iyé*!e

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des émigrés, sur laquelle on lisait : « Sainl-Aignan, es-noble ei prêtre, de l'Orne, dont l'émigration a été constatée le 27 venWse an II ".

Il — C'est moi, reprit le généreux soldat de Jésus-Cbrist.

« — Pourquoi, lui dit le président, es-tu rentré sur le territoire de la république, contre ie vœu de la loi?

Il — Pour obéir ft une loi d'un ordre plus élevù : celle de la charilé pour mes frères, au sulut desquels je voulais travailler ".

Quelques instants après, les membres du tribunal criminel et réYOlutîonnalre se réunirent, et flrent amener devant eux le confesseur de la foi. Le greffier donna lecture des ies de son procès. L'accusateur public, Goislard, se leva lîte, et demanda u au nom de la liberté, de l'égalili: et fraternité républicaine», la tCte de ce prêtre, cou- ^able de n'avoir pas prêté serment à la Constitution, de cet ex-noble, ennemi de la patrie, de cet audacieux émigré, rentré sur le sol républicain pour y porter la guerre civile.

" — Je n'y ai apporté que la pais, répondit le courageux confesseur de la foi. En ce moment, je n'appelle encore sur vous, sur mes juges, sur cette ville ei sur ma pairie que les bénédictions de Dieu. J'ai obéi à ma conscience, vous le savez bien ! en refusant le serment ; j'ai obéi à la vois de Dieu en rentrant sur le sol français. J'attends en paix la sentence qui décidera de mon sort sur la terre. On ne craint rien, quand on a Dieu pour défenseur, le ciel pour asile et la vie éternelle pour récompense ".

Les juges révolutionnaires ne consultant que le texte des lois barbares dictées par Danton et Robespierre, condamnèrent à mort le généreux confesseur de la foi, comme prêtre réfractaîre et comme émigré rentré, contre le vœu de la loi, sur le territoire français. Pour se venger de sa fermeté, ils voulurent même que ce jugement fût exécuté avant la fin de la journée.

A cinq heures du soir, on tira donc de sa prison la noble victime pour la conduire â l'échafaud. En sortant de la

maison de justice, l'accusateur public et le bourreau firent inscrire sur le registre d'écrou la déclaration suivante :

« Aujourd'hui 9 fructidor, l'an II de la république française une et indivisible, en vertu d'un jugement rendu au tribunal criminel du département du Calvados cejourd'hui , qui condamne à la peine de mort le nommé Saint-Aignan, dénommé en l'écrou cicontre, le Charbonnier demeure déchargé, ce dit jour et an ».

M. de Saint-Aignan avait toujours eu pour la sainte Vierge une tendre dévotion. Au rapport de plusieurs personnes de la ville de Séez, qui se trouvaient alors à Caen, il marcha à la mort en chantant le Salve Regina. Son énergie ne se démentit pas un seul instant. Il reçut le coup de la mort avec autant de fierté qu'un roi reçoit une couronne.

A peine la tête du martyr était-elle tombée sous le couteau de la guillotine républicaine, que deux huissiers allèrent faire la déclaration de son décès chez le citoyen Henri Quesnot, officier de la municipalité de Caen. Il rédigea l'acte suivant qu'on lit sur les registres de l'état civil :

« Aujourd'hui 9 fructidor l'an II de la république une et indivisible, à six heures du soir, devant moi, Henri Quesnot, l'un des officiers publics de la municipalité de Caen, chargé de constater les naissances, mariages et décès des citoyens, sont comparus en la maison commune André-Jean-Baptiste Julienne, huissier, âgé de trente-sept ans, et François-Aimé Salmon, aussi huissier, âgé de vingt-neuf ans, l'un et l'autre domiciliés en cette municipalité, rue des Sans-Culottes , section de VUnion, lesquels m'ont déclaré que François-Armand Saint-Aignan, ci-devant prêtre, et vicaire de la ci-devant paroisse de Saini-Ouën-de-Séez, âgé de vingt-neuf ans, originaire de la commune de Coulmer, district de Laigle, département de rorne, est décédé cejourd'hui à cinq heures du soir place dti la Justice, Section du Civisme, D'après cette déclaration je me suis sur-le-champ transporté audit lieu, je me suis assuré du décès dudit François-Armand Saint-Aignan, et j'ai rédigé le présent acte, que les déclarants ont signé avec moi.

.M. FflAIiÇOlS-ARUAPiD 1

FFait en la maison commune le •' Sigué: II. Quesnot ;-

! Pjour, mois et an que dessus.

Juliecne et Salmon ».

Pendant qu'on rédigeait l'acte de décès du martyr, son corps était porté au cimetière parl'ordre du bourreau. Plusieurs fidèles, pénétrés de respect pour le serviteur de Dieu, suivirent, en priant, la voiture qui emportait ses restes vénérables. Loin d'implorer pour lui la miséricorde divine, ils songeaient bien plutôt à se recommander à son intercession. Car, s'ils le voyaient bumilié sur la terre par les persécuteurs , ils le voyaient couronné au ciel par la main de Dieu. Us se rappelaient avec bonheur ces paroles de rEs(iri(-Saint, au livre de la Sagesse (i) : " Les justes vivront éternellement. Le Seigneur est leur récompense , et le Très-Haut prend lui-même soin d'eux. Ils posséderont un royaume d'une beauté admirable, et ils recevront de la main de Dieu un diadème éclatant de gloire; car le Seigneur les couvrira de sa droite, et son bras très-saint prendra leur défense contre leurs ennemis. Un jour viendra que, dans sa fureur, il saisira son glaive et qu'il armera toutes les créatures pour les \enger. Il se couvrira de l'équité comme d'un bouclier- impénétrable; et tout l'univers combattra avec lui contre les insensés ».

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