PRÊTRES ET LAÏQUES MASSACRÉS PAR LES C0L0K^ES MOBILES
Au nombre des pieuses victimes de la foi catholique, qui, sous la tyrannie de la Convention, furent mises à mort sans aucuue forme de procès, on compte M'" Marie-Louise-Jacqueline Desnoycps, M. Jean Ballon, M. Charles Deshayes et M, Hector-Guillaume-Valérien Souquet de la Tour.
(1) Sag., ch. V, 1- 16.
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M"' Marie-Louise-Jacqueline Desnoyers édifiait par ses vertus la paroisse d'Ecorches (1). Son dévouement à la religion et aux prêtres fidèles à Dieu excita contre elle la fureur des révolutionnaires. Ils s'emparèrent de sa personne, et, après Tavoir maltraitée cruellement, ils la traînèrent dans les épines. Elles furent bientôt rougies du sang de cette douce et innocente victime de la charité. Elle mourut, à la suite des blessures qu'elle avait reçues, le 18 mai 1793 (2).
H. Jean Ballon, né à la Selle-la-Forge (3), paya aussi de ison sang son attachement à la religion de ses pères et les nombreux services qu'il rendit aux ecclésiastiques persécutés. Les ennemis de l'Eglise, ne pouvant lui pardonner ces prétendus crimes, le dénoncèrent à la colonne mobile de Domfront. Sa mort fut résolue à l'instant. Le 3 septembre 1794, vers midi, la bande infernale était à la recherche du pieux jeune homme. Elle l'aperçut au moment où il revenait de visiter un ecclésiastique de sa famille, M. l'abbé Ballon, malade depuis quelques mois (4). Plu-
(1) Canton de Tron, arrondissement d'Argentan (Orne}.
(2) Lettre de M. Tabbé Laine, supérieur des religieuses Bénédictines d'Argentan.
(3) Canton de Fiers, arrondissement de Domfront (Orne).
(4) Voici les détails que Ton donne sur les derniers moments de cet ecclésiastique : d II s'était retiré chez son père, au village des Basses-Folletières, dans la paroisse de Fiers. Le chef de la colonne mobile ayant appris qu'il était malade d'une phlhisie pulmonaire, et presque mourant, résolut de venir avec ses satellites pour lui enlever ce reste de vie qui offensait la République. Mlle Dumesnil, de Fiers, informée de ce dessein, accourut pour en avertir ses parents et leur dire de le transporter dans un autre village. Ils s'empressèrent de prendre les précautions que leur suggérait la prudence; mais le pauvre malade, épuisé de souffrances, expira entre leurs bras ».
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Bfs soldats firent aussitôt une décharge de leurs armes fte Adèle ami des prêtres. Il tomba baigné dans son ;, Comme il respirait encore, et qu'il faisait le signe de ■ois pour se recommander à Dieu, ils se précipitèrent lui, le percèrent à coups de baïonnette, et, afin de le ÎBr de son dernier acte de religion, ils allèrent chercher I une hache, avec laquelle ils lui coupèrent la main droite. Ils l'emportèrent au bout d'une baïonnette jusqu'à Messey. Une femme pieuse de cette paroisse parvint à leur retirer des mains ce sanglant trophée, qu'elle porta religieusement dans te cimetière. La mémoire de ce juste, immolé pour la cause de Dieu, est restée en bénédiction dans la paroisse de la Selle-la-Forge (1).
M. Charles Deshajes, né àRegmalard (2), élait novice à l'abbaje des Prémonlrés du Val-Secret , près Château- Thierry, lorsque la révolution éclata. Il eut le malheur de céder à de funestes conseils, et se laissa ordonner prêtre par un cvêque intrus. Il fut nommé vicaire de Coudeau- Villeroy (au diocèse de Chartres), puis curé de Saint-Jeand'Assé, au diocèse du Mans. Comme la tempête révolutionnaire allait toujours en augmentant, et que les églises étaient fermées, il quitta sa paroisse et acheta le presbytère de Saint-Chéron, où il espérait jouir d'un peu de calme. Trois prêtres fidèles à l'Eglise vinrent successivement l'engager à revenir à Dieu. Il reconnut ses erreurs, rétracta ses serments, le 6 janvier 1795, et commença à faire une rigoureuse pénitence.
Sa conversion mît en fureur tous les révolutionnaires du pays. Ils le dénoncèrent comme ayant rétracté son serment, et des soldats vinrent pour s'emparer de sa personne. Ne
{!) Leltre da M. Laine, curé de la Selle-la-Forge. (2] Arrondissement de Morlegne (OincJ.
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pouvant s'enfuir, M, Deshayes monta sur le toit de sa mïJ son, afin d'échapper, s'il était possible, à leurs recherches. Mais il fut aperçu par quelques soldats qui tirèrent sur lui. Il tomba atteint de plusieurs balles et presque expirant. Des hommes moins sauvages auraient pu le laisser mourir en paix; mais les soldats révolutionnaires allumèrent un grand feu, et y jetèrent le malheureux prêtre, qui expira dans les flammes (1).
M. Hcctor-Guillaume-Valérien Souquel de la Tour naquit à Crâménil (2), le 13 avril i768. Ses parents étaient aussi recommandables par leurs vertus que par leur noblesse. Ils fireift donner à leur flls une excellente éducation, qui, en développant son intelligence, ouvrit son cœur aux plus nobles aspirations de la vertu. Il mettait son bonheur à secourir les indigents, à visiter les familles malheureuses et à consoler les affligés. Eloigné de tout respect bumaia, le noble jeune homme se faisait gloire de contribuer à la beauté des offices de l'Eglise, en chantant lui-même au chœur, et en apprenant le chant à quelques jeunes gens de sa paroisse.
La révolution vint donner à cette belle àme une nouvelle activité. Aux plus mauvais jours de la Terreur, M. Souquel ne craignit point d'engager ses parents à donner asile à plusieurs ecclésiastiques persécutés pour la foi. Lui-même, digne frère de M. l'abbc Souquet de la Tour, incarcéré à Paris, en 17Di, poursa fidélité au chef de l'Eglise (3), se faisait un bonheur de répondre la messe aux prêtres calho-
(1) Lellre dn R. P. Dom Piolio, moins bénédictin de l'abbaye d« Salesmu ; - L'Eglise du Mans durant la Révolution, t. m, p. 265, 266.
(£) Canton de Brionee, arrondissement d'Argentan (Orne).
(3) 11 échappa, comme par miracle, i la gutilntine, et àemi curé de Sainl- Tlia- ■nas-d'Aquio, i Paris.
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liqiics, de les accompagner la nuit, lorsqu'ils allaient administrer les malades, d'apprendre le catéchisme aux'enfants et de les préparer à la première communion.
Les vertus du noble jeune iiomme le signalcrentàlahaine d'une troupe de révolutionnaires, réunis à la Carneilie sous le nom A'armée franche. Une bande de ces bommes altérés de sang envabit la maison de M. Souquet dans la nuit du 10 thermidor an 111 (28 juillet 1705), surprirent M. Hector de la Tour dans son lit, et letrainérent à demi nu dans la cour du fermier. Là ils l'accablèrent d'injures et de violences, en présence de son père et de sa mère , lui reprochèrent de faire le catéchisme aux enfants et d'être l'ami des prêtres.
Ils se disposaient aie massacrer, lorsque vaincus par les cris et les larmes de ses parents, ils ordonnèrent à M, Hector de la Tour de s'habiller et de les suivre. Ils le conduisirent alors, par le pont deChcnesec, vers le village du Hamel (1), le firent entrer dans une pièce de terre dite VEcluse de Guibet, et le fiisiHèrent au pied d'un gros chêne qui bordait le chemin. Le jour précédent, M. Souquet de la Tour, ayant comme un pressentiment de sa fin prochaine, était allé à confesse et avait communié. |Ses bourreaux célébrèrent sa mort par des cris sauvages, qui furent entendus de son père et de sa mère. Soutenus par leur affection, ils accoururent aussitôt et aperçurent leur lils baigné dans son sang. Ils s'empressèrent de le relever ; mais ce n'était plus qu'un cadavre. Le corps de M. Souquetfut emporté par sa famille et inhumé la nuit suivante dans le cimetière de Cràménil. D'après une tradition conservée dans cette paroisse, les meurtriers du pieux jeune homme firent tous une fin malheureuse. On rapporte aussi que pendant de longues années, le chêne au pied duquel ce juste était tombé, conserva des taches de sang. Ceux qui passaient par cet endroit se décou-
(Ij Ctf village est situ6 siu la paroisse de Briiiuse.
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vraient devant cet arbre comme devant un objet consacre par la religion (1).
« Très-chers frères », nous disent, avec Tapôtre saint Pierre (2), ces pieux confesseurs de la foi, «ne soyez pas surpris lorsque Dieu vous éprouve par le feu des afflictions, comme si quelque chose d'extraordinaire vous arrivait ; réjouissez-vous plutôt de ce que vous participez aux souffrances de Jésus-Christ, pour être comblés de joie au jour de la manifestation de sa gloire. Vous êtes trop heureux, si vous supportez les injures et la difiTamation pour le nom de Jésus-Christ, parce que Thonneur, la gloire, la vertu de Dieu et de son Esprit repose sur vous. Que nul d'entre vous ne souffre comme homicide ou comme ravisseur, ou comme médisant. Mais s'il souffre comme chrétien, qu'il n'en rougisse pas ; que plutôt il en glorifie Dieu. Car, dès le temps présent, Dieu commence à juger sa propre maison. S'il commence par nous, quelle sera la fin de ceux qui rejettent l'Evangile de Dieu? Et si le juste n'arrive au ciel que par les peines, que deviendront les impies et les pécheurs ? »