‹ Les martyrs de la Révolution dans le diocèse de SéezChapitre 27 sur 29 · PRÊTRES MORTS DE MISÈRE EN TRAVAILLANT AU SALUT DES AMES · texte numérisé non relu

PRÊTRES MORTS DE MISÈRE EN TRAVAILLANT AU SALUT DES AMES

Les prêtres qui demeurèrent au milieu des fidèles pour les soutenir durant la persécution, leur administrer les sacrements et les assister à la mort, eurent beaucoup plus à souffrir que la plupart des prêtres exilés. Réduits à se retirer presque continuellement dans les bois, même au cœur de l'hiver, à s'ensevelir souvent dans des cachettes souterraines, où l'humidité ne tardait pas à raidir leurs membres et à leur faire contracter des maladies mortelles,

(1) Lettre de M. Tabbé Chanu, curé de Crâménil.

(2) 1 Saint Pierre, iv, j^ 12 et suiv.

ir. PIERRE-PACL IIODÏEL DE LALAnLE. 239

ils avaient à supporter tour à tour la faim, la soif, les insomnies, et, arec les douleurs du corps, celles de l'âme ' beaucoup plus poignantes. Exposés sans cesse à être livrés par de faux frères pour la somme de cent francs promise aiix traîtres par la Convention, ils étaient continuellemeat entre la crainte et l'espérance, entre la vie et la mort. Dieu seul pourrait dire ce qu'eurent à soulîrir pour sa gloire ces fidèles ministres, condamnés à mort par avance, s'ils tombaient aus mains des lâches satellites que la Convention soudoyait avec le produit de la vente de leur patrimoine. Parmi les prêtres qui succombèrent à cette longue série d'épreuves, nous citerons : MM. Pierre-Paul Houyel de Lalandc, curé de la Motle- I Fouquct ;

I Claude-Louis Quillet d'Aubigny, vicaire général de L Mgrd'Argentré ;

K Julien Letourneur, chapelain de la Visitation de Domf pierre.

1 Dufay, vicaire de Landisacq.

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Pierre-Paul ilouyel de Lalande, né à la Motte-Fou- [ftet (1), fut d'abord chapelain de M. le marquis de Falconer, qui habitait le château de la Motte. En 178S, il était vicaire de Saint-Patrice-du-Désert. L'année suivante, Mgr i'évêque du Mans le nomma curé de la Motte-Fouquet. Ayant refusé de trahir sa foi parla prestation du sermentconstitutionnel, il fut obligé de sortirde son presbytère et de céder son église à un intrus. Mais il était trop attaché aux fidèles de sa paroisse pour sortir de France, à l'époque où fut promulguée la loi de la déportation (26 août 1792). 11 resta dans sa paroise, décidé à mourir, s'il le fallait, plutôt que d'abandon-

(1) La MoUe-Fûuqiiel, canlon de Carrouges, arrondissement d'Alençon (Orne).

240 LIVRE Tî, CHAPITRE VII.

ncr son troupeau. On ne saurait dire les souffrances et les privations qu'il eut à endurer dans Texercice de son ministère. Mais ce bon pasteur se consolait facilement en pensant au ciel, où il se réjouirait éternellement avec Jésus-Christ, son divin modèle. Plus, d'une fois, pour éviter de tomber entre les mains des persécuteurs, il lui fallut se cacher en de misérables réduits, où il manqua plusieurs jours de suite des choses les plus nécessaires à la vie. Â la fin, il fut obligé de s'ensevelir dans une espèce d'antre, où on le trouva mort de misère vers la fin de l'année 1793. Son corps fut inhumé dans un champ voisin du lieu où ce généreux confesseur de la foi avait rendu le dernier soupir (1).

Quelques mois après, le diocèse de Séez pleurait la mort d'un de ses prêtres les plus instruits et les plus fervents, M.Claude-Louis Quilletd'Aubigny. Ordonné prêtre, enl778, il se consacra à l'œuvre des missions et évangélisa pendant de longues années les peuplades du Loango (2). Des motifs de santé l'obligèrent de rentrer en France. Il fut quelque temps prêtre habitué à Saint-Laurent de Paris. Comme il brillait par la science alitant que par la vertu, Mgr d'Argentré désira le rattacher à son diocèse ; il lui donna, en 1779, les titres de chanoine prébende dé Mênil-Jean, de vicaire général et de promoteur. Ilrépondit pleinement aux espérances de son évêque. Sa piété admirable, sa rare prudence et la

(1) Lettre de M. l'abbé Pillu, ancien curé de La Motte-Fouquet.

(2) Loango, royaume assez considérable d'Afrique, dans la Basse-Guioée, sur rOcéan, ayant environ 100 lieues de long sur 75 de large. En 1665, le P. Bernardin, de Hongrie, missionnaire, convertit au christianisme le roi et une partie de ses sujets. Lorsque des missionnaires français allèrent y prêcher l'Evangile^ en 1766, ils n'y trouvèrent que peu de traces de christianisme ; mais leurs travaux furent bénis par le Seigneur. Le R. P. Duparquet, prêtre du diocèse de Séef et missionnaire de la congrégation du Saint-Esprit, donne quelques détails sur cette chrétienté, dans le u» 277 des Annales de la Propagation de la Foi,

. CLAtDE-LOms QUILtEL "

douceur de ses rapports avec les prêtres du diocèse lui allîrèrent l'estime et la vénération de tout le clergé (1).

Lorsqu'arrivèrent les jours mauvais de la révolution, M. d'Aubif^ny ne se contenta pas de refuser le serment schismatique de la Constitution, il s'efforça de le combattre par ses écrits. Plusieurs curés du diocèse, à qui il traça dans ses lettres la conduite à tenir par rapport à ce funeste serment, reconnurent qu'après Dieu ils devaient à ce saint prêtre le bontieur d'être restés fidèles à l'Eglise. L'ardeur avec laquelle M. d'Aubigny travaillait à la gloire de Dieu excita contre lui la haine des révolutionnaires. Chassé de la cathédrale par ordre de l'évèque intrus, il continua de dire la messe, dans les maisons des fidèles, qui le vénéraient comme un Saint. Sa fidélité au chef de l'Eglise le fit incarcérer en 1792. Mais, comme on n'avait pas encore publié le décret de déportation, il fut remis en liberté au bout de quelques jours. Le décret du 26 août 1792, qui condamnait à l'exil tous les prêtres catholiques, ou les exposait aux horreurs d'un massacre populaire, ne refroidit point son zèle pour la défense de l'Eglise. 11 continua de remplir avec le plus entier dévouement les fonctions de vicaire général administrateur, que M^' d'Argenlré lui avait confiées eh partant pour l'exil. Afin de courir moins de dangers dans l'exercice de ces fonctions, il quitta la ville de Scez, à la fin de 1792, et se retira chez quelques amis qu'il avait à la campagne. Après avoir longtemps erré de paroisse en paroisse en exerçant le saint ministère, il fut obligé de se réfugier dans lediocèsc du Mans. C'était vers la fin de novembre 1793. Malgré les lois de mort portées contre les receleurs de prêtres réfractaires, des personnes de la paroisse de Roulée, animées de la plus vive charité, se firent

(I) Od pïut juger de la science théotogique el de la grande bonté de M. Quillcl d'Aubign;f par plusieurs de ses lettres que l'un conserve il l'éviclii. Elles ont pour objet diiïércots pointa de morale suc lesquels il Était consulté p^r les prêtres du

2i2 LIVRE II, CHATITRE ^11.

UQ booLeur de lu recevoir dans leur maison. Mais l'état de réclusion presque continuelle auquel ii était condamné, et par-dessus tout le spectacle de l'impiété révolutionnaire partout triomphante, ne tardèrent pas à altérer sa santé et même sa raison. Dans le moment de ses plus vives souffrances, il poussait quelquefois des cris, qui mettaient en danger la vie de ses hôtes. Cependant ils ne voulurent jamais l'abandonacr. Après trois mois de souffrances, mêlées cependant de bien des consolations, le confesseur de la fol rendit son âme à Dieu, le 7 mars 1794 (1).

Sun corps fut inhumé â la hâte dans un champ roisÎD ; mais il fut transféré en terre sainte, le 27 septembre 1824. U repose au pied de la croix du cimetière de Roulée, en attendant la résurrection (2).

M. Julien Letounieur. de la paroisse de Champsecrel (3), était prêtre titulaire de la chapelle de la Visitation de Dompierre, quoiqu'il résidât dans sa paroisse natale. On trouve aux archives du Palais de Justice un acte, passé devant un notaire de Domfront, le 11 mars 1789, par lequel " H. Julien Letourneur constitue M. Duhamel, curé de Champsecret, son procureur général, avec pouvoir de comparaître â l'assemblée générale des trois-élats, qui doit être tenue à Alençon, le 16 du mois de mars 1780, et de concourir à l'élection des députés de son ordre •>. Ce pieux ecclésiastique, ayant refusé de trahir sa foi par la prestation du serment constitutionnel, fut obligé de quitter sa famille pour se

(1) Ou lit l U page 119 dn Registre de l'adminislralloii centrale du députe. ment de l'Orne (année n9B) : a Vu un certiSeat de Tageat muoicipal de la commnae àe Honllée, cooeUlant le décès à l'époque àa 7 mars (794 (t. s.) de CUude- Loniâ QuLIlel d'AubÎBaj, prËlre, ei-chaanine de Séei, originaire d'Alençon «.

(2] L'Eglise du Mans durant la HiBolutitm, t. m, p. 103 et 104 ; — No'llres mannscritea aar M. ClaDde-Louis Quillel d'Auhi^nj.

(3t Pria Domù^oal (Orna).

M. DDFAY. S'fS

dérober aux poursuites des révolutionnnîrcs. Il vint se réfugier à Bellou-en-Houloie (I) dans la mnisoa de Guillaume- Davy, son fermier, et, pendant la Terreur, il rendit aux fidèles de cette paroisse tous les services qui furent en son pouvoir.

Quoique sa présence à Bellou fût ignorée des révolutionnaires, il était souvent obligé de se cacher sous une meule de paille dans la cour du fermier, à cause des visites domiciliaires que les émissaires des comités de surveillance faisaient dans toutes les familles honnêtes. Pendant l'hiver surtout, M. Lelourneur souÉfrait cruellement dans celte cachette. M. Laforge, curé de Bellou, venait quelquefois l'y visiter, et, lorsque les persécuteurs le pressaient lui-même trop vivement, il se réfugiait dans cet asile. Quoique M. Lelourneur fût dans la force de l'âge, sa santé ne put résister longtemps aux privations qu'il lui fallait endurer. II mourut le 7 mars 1795, à l'âge de 4S ans, dans la maison de Guillaume Davy, son fermier, et le lendemain il fut inhumé, par M. l'abbé Laforge, dans le cimetière de Bellou (2).

Térs le môme temps mourut M. Dufay, vicaire de Landisacq (3). C'était un ecclésiastique rempli de piété, et d'un courage tout; apostolique. On rapporte qu'en 1794 le moment étant venu de prêter le serment, il monta en chaire et se contenta de dire : « J'obéirai à la loi et au roi en tout ce qui n'est pas contraire à la loi de Dieu ». A ces mots, le maire, partisan des doctrines nouvelles, entra en fureur, ets'écria ;

(1) Buliou-en-Houlme, canloa de Messey, arroiidtiscnient de Doinfront (Orm

{2) Acte de décès de M. Jalien Lcluarneur, eoDEigaé sur les Registres

tnairie de Bellou ; — Hanseigoemeals touinlii par pluaieura vieillards de cetl«

Il CanlOQ de Fiera, arrondisseiueal de Domfroiit (Orne).

:!.l-i LEVllE II, CHAPirnE vil.

"Descendez, vous en dites trop «. M. Dufay lui répondit d'un ton ferme : » Ce n'est pas avec vos lois et vos petits bulletins (|ue vous instruirez le peuple, et moi je vous instruis avec l'Evangile, qui est la loi de Dieu. Cette loi divioe est au-dessus de toutes les lois linmaines, et jamais ni vous, ni personne, ne m'en ferez départir ».

Obligé de quitter le presbytère, le saint prêtre demeura cependant à Landisacq, alin d'administrer les sacrements aux Odèles de cette paroisse. 11 craignait si peu les menaces des persécuteurs, qu'il ne voulut jamais quitter sa soutane. On le voyait même quelquefois aller auï malades en plein jour avec le costume ecclésiastique. Un excellent homnie, nomme Surblcd, fermier à la Brigaudière, qui cacbail H. Dufay, vint un jour dire à M°" Friloux, chez laquelle il se réfugiaitaussi quelquefois : << Madame, vous ferez ce que vous voudrez de H. Dufay ; il nous fera tous prendre et guillotiner. Beaucoup de personnes, revenant du marché de Tinchebray, l'ont vu se promener aujourd'hui dans un champ de genêts, qui touche ma maison ».

Le lendemain, vers dix heures du matin, le trop courageux vicaire arrivait en soutane chez sa bienfaitrice. FUle courut au-devant de lui, quand elle l'aperçut dans le jardûi, et lui dit , avec un air de sévérité, qui n'empêchait pas de voir la bonté de son cœur : « Ah I Monsieur l'abbé, pourquoi ne pas quitter votre soutane ? Vous voyez bien que tous vos confrères l'ont laissée pour courir moins de danger. — Madame, répondit M. l'abbé Dufay, un soldat de Jésus- Christ doit mourir les armes à la main, et je mourrai avec ma soutane ■■. On avait fait pour lui une cachette dans une chambre située au fond du jardin. Un jour que les révolutionnaires le cherchaient à la maison, la servante alla lui dire de se réfugier au plus vite dans sa cachette. Il ne le voulait pas, et disait: « Oh I laissez-moi encore un moment regarder ces braves gens. J'éprouve tant de plaisir à les voir me chercher ». Ce prêtre, si intrépide en face de la mort, ne

lioa point sa carrière sous le Irancliant du la gLiiltotiiic, lous les balles des persécuteurs. Epuisé de fatigues, à luite des courses apostoliques que la charité lui faisait entreprendre, il mourut, vers 1793, chez le pieux fermier, dont ou a parlé plus haut. La nuit suivante, on porta son corpsàLandisacq, et il fut inhumé dans ie cimetière de cette psroisse (1),

Après avoir passé par tant d'épreuves, ces pieux confesseurs de la foi ont bien le droit de nous dire avec saint Paul (Philip.,1,8) : '< Dieu nous est témoin avec quelle tendresse nous TOUS aimons tous en Jésus-Christ. Ce que nous lui demandons, c'est que votre charité croisse de plus en plus, que ■vous soyez purs de toutpéché, et que vous marchiez jusqu'au grand jour de Jésus-Christ, sans interrompre votre course par aucune chute . . . Ayez donc soin de vous conduire d'une manière digne de l'Evangile, demeurant fermes dans un même esprit, et combattant tous d'un même cœur pour la foi. Soyez intrépides au milieu des attaques de vos ennemis ; car elles sont pour vous une cause de salut, comme elles sont pour eux une cause de perdition. Vous êtes trop heureux de ce que Dieu vous fait la grâce par les mérites de Jésus-Christ, non-seulement de croire en lui, mais encore de souffrir pour sa gloire u .

bapelain des religieuses de l' Ira m a culée -Cou -

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