‹ Les martyrs de la Révolution dans le diocèse de SéezChapitre 4 sur 29 · M. LÉONARD PERRAULT · texte numérisé non relu

M. LÉONARD PERRAULT

ecclésiastique. Ordonné prêtre en 1750, il desservit pendant trente-sis-ans la paroisse du M(5nil-Scelleur (l), et se ût estimer de tous ses confrères par sa tendre piété. Sa charité pour les pauvres ne connaissait point de bornes ; il troilva cependant les moyens de pourvoir-cn grande partie à l'éducalion de plusieurs de ses neveux, qui embrassèrent l'état ecclésiastique. Parmi ces fidèles ministres du Seigneur, on cite surtout M. Jérôme-François Perrault, qui eut le bonhenr, en 1794, de confesser la foi de Jésus-Christ devant les tyrans révolutionnaires.

Joseph Provost, président de ce tribunal de sang, ayant 'appris par les réponses de ce dernier, que son oncle, |M. Léonard Perrault, lui avait résigné sa cure, en 1790, qu'il vivait encore et qu'il était très-âgé, comprit aussitôt qu'il devait être caché chez quelque membre de sa famille. B'après ses ordres, plusieurs officiers municipaux de la paroisse du Cercueil se livrèrent à d'activés recherches, et découvrirent enfin le bon vieillard, caché chez un de ses neveux au Mênil-Scelleur. 11 fut aussitôt arrêté avec plusieurs membres de sa famille, et conduit dans la prison de Séez, le 9 pluviôse an II (28 janvier 1794.) 11 subit un premier interrogatoire devant M. Louis-Charles Bigotière, juge de paix du canton. Ce magistrat, touché de compassion à la Vue de ce vénérable vieillard, accablé d'années et d'infiriiiilés, le traita avec une grande bienveillance, et chercha même à lui sauver la vie, en le retenant dans la prison de Séez (l'abbaye de Saint-Martin), où il lui fit donner tous les secours réclamés par sa position.

Mais, le 23 pluviôse, de nouveaux ordres arrivèrent d'Alençon, et obligèrent M. Bigotière à faire transférer le saint prêtre dans la prison du tribunal criminel. L'agent national, Jean-Jacques Chauvin, donna avis de son arrivée à l'accusateur public par la lettre suivante :

il) Canion de Carrcuges. arroiiiliaseaient d'Alcn^uD.

« Liberté, égalité, énergie.

« A AlençoD, le 26 pluviôse an II de la république française.

« L'agent national près le district d'Alençon à l'accusateur public près le tribunal criminel du département de TOrne.

« Citoyen, je t'adresse un procès-verbal et arrêté de la municipalité du Cercueil, à la suite duquel est un arrêté du directoire du district d'Alençon, qui me charge de faire transférer dans la maison de justice d'Alençon le nommé Léonard Perrault, prêtre insermenté, et autres Perrault dénommés dans le procès-verbsil* qui étaient dans les prisons jie Séez. Tu trouveras la procédu-rc commencée par le juge de paix. Ces détenus sont maintenant daos les prisons de cette commune. C'est maintenant à toi de faire los poursuites ultérieures ».

<( Salut et fraternité »,

« Jean-Jacques Chauvin, agent national (1) ».

Dès le lendemain, Joseph Provost fit appeler à sa barre le vénérable serviteur de Dieu.

« Quels sont tes noms, citoyen ? » lui dit-il avec son arrogan^r^^ habituelle.

« — Je m'appelle Léonard Perrault.

'< — Quel âge as-tu ?

« — Soixante-treize ans.

« — Quelle est ta profession ?

« — Prêtre de l'Eglise catholique, apostolique et romaine.

« — Quelle est ta demeure ?

« — Depuis quelques mois je demeurais dans la paroisse du Mônil-Scelleur.

M — Dans quelle paroisse as-tu exercé le ministère en dernier lieu ?

« — Dans la paroisse du Mênil-Scelleur dont j'étais curé.

« — Quand et pourquoi as-tuquitté ton bénéfice ?

— Je l'ai quitté en 1790. Etant malade, je résignai ma cure à un autre ecclésiastique, du consentement de mon évêque.

« — Etais-tu encore fonctionnaire public, lors de la promulgation

(1) Archives du Palais de justice.

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