‹ Les martyrs de la Révolution dans le diocèse de SéezChapitre 5 sur 29 · M. LÉONARD PERRA.ULT · texte numérisé non relu

M. LÉONARD PERRA.ULT

du décret, qui ordonne le serment des prêtres fonctionnaires publics ?

« — Non, citoyen ; c'est au mois de juin 1790 que j'ai fait la résignation de mon bénéfice. Je revins alors dans la paroisse du Cercueil pour me faire gouverner.

« — As-tu prêté quelques-uns des serments exigés par les lois de tous les citoyens indistinctement, comme celui de liberté et d'égalité ?

« — Je n'ai prêté aucun serment.

M — N'as-tu point exercé le ministère depuis la résignation de ton bénéfice ?

« — Non, citoyen.

« — Possèdes-tu quelques biens meubles ou immeubles ?

« — J'ai un peu de bien dans la paroisse du Cercueil ; il consiste en une maison et environ trois acres de terre. Pour mes biens meubles, ils ont été vendus par les préposés de la nation ».

A peine cet interrogatoire était-il terminé, que le vénérable confesseur de la foi entendit porter contre lui la sentence suivante :

« Vu par le tribunal criminel du département de l'Orne, séant en la commune d'Alençon, la procédure criminelle instruite contre Léonard Perrault, prêtre non-fonctionnaire public et insermenté, âgé de soixante-treize ans, ci-devant curé de Mênil-Scelleur, et arrêté en la même commune, le 8 de ce mois ;

« Considérant que ledit Perrault n'a prêté aucun des serments exigés par les lois, considérant également qu'il n'a point satisfait à la loi du 30 vendémiaire dernier ;

« Considérant aussi que ledit Perrault est plus que sexagénaire et infirme ;

« Le tribunal, après avoir entendu l'accusateur public en ses conclusions, condamne ledit Perrault à la peine de la réclusion pendant sa vie , et déclare ses biens nioublcs et immeubles confisqués au profit de la république.

« Fait et arrêté, à Alençon, le 27 pluviôse de l'an II de la république française, une et indivisible (15 février 1794), en l'audience publique du tribunal, où étaient François-Joseph Provost, pré-

sident , François-Jacques Loison , Julien-Nicolas Le Génissel, François-Alexandre le Roi des Acres, juges du tribunal pendant le présent trimestre, François-Mathurin-Pierre Bourdon, accusateur public, et Charles AudoUent, greffier.

Signé : F. J. Provost, etc. »

Après cette sentence, le bon vieillard suivit tranquillement les gardes nationaux chargés de le conduire à la maison de réclusion destinée aux prêtres sexagénaires. En y entrant, il offrit à Dieu le sacrifice de sa vie et le pria de lui faire la grâce de persévérer jusqu'à la fin dans la patience et la charité, qui en est le couronnement. Le 25 floréal an II (14 mai 4794), la mort le ravit à Tafifection de ses compagnons de captivité, pour l'introduire dans la compagnie des Anges et des Saints (2).

On remarqua que plusieurs de ceux qui avaient contribué ^ Tarrestation du saint prêtre, firent une fin déplorable ; leur famille même semblait frappée de la malédiction de Dieu, et, tout en compatissant à leurs malheurs, les fidèles ne pouvaient s'empêcher d'y voir un châtiment de la Providence.

M. Jacques-Georges DuflPay, né à Lonlay-l'Abbaye, le 5 août 4717, était curé de Montjean, près Laval, lorsque la révolution éclata. Il refusa de prêter le serment constitutionnel, et se vit, pour ce motif, chassé de son presbytère à l'âge de 74 ans. Mais les fidèles de sa paroisse, touchés de compassion pour ce bon vieillard, s'empressèrent de lui donner asile. Il resta caché au milieu d'eux jusqu'au 18 mars 1793. Ce jour-là, ayant été arrêté par les agents du

(1) Archives du Palais de justice.

(2) D'après les Registres de décès de la commune d'Alençon, le confesseur de la foi « décéda dans la maison des ci-devant Filles-Sainte-Claire, le 25 floréal an II, lar les huit heures du soir ».

PRÊTRES BÉP0RTÉ3 A CHARTBES OU A HAMBOUILLET. 15

comité de suneillance, il fut conduit à Laval et incarcéré à l'abbaye de Patience. Jl y mourut trois mois après dans sa sùixan te -seizième année.

Assis au festin de l'Agneau, les pieux ecclésiastiques, dont nous venons de rapporter les actes, chantent mainlenan't avec les martyrs et les confesseurs de la foi ce canfique de la délivrance: " Les chefs du peuple m'ont persécuté sans sujet ; mais mon cœur, ô mon Dieu, n'a été louché que de la crainte de vous déplaire. Je me réjouis d'avoir accompli vos ordres, comme un homme qui a trouvé ie riches dépouilles. Quelle paix profonde est réservée à ceux qui accomplissent votre loi ! Pour eux, il n'y a plus de sqjet de peines. Aussi, ô mon Dieu, mon âme vivra et vous bénira éternellement (2) ».

} Ea prise de Laval par l'armée catholique (23 octobre 1793), la. défaite de l'armée républicaine et sa fuite précipitée ^"yant jeté l'alarme dans la ville d'Alençon, les petits tyrans, (lui opprimaient le département de l'Orne, craignirent que les Vendéens ne missent en liberté les prêtres détenus à

J Sainte-Claire, s'ils se dirigeaient sur Paris par Alençon, Comme plusieurs dépêches le faisaient pressentir (3).

(Il V. Liste des pi-étres itisermetiiis incarcéré!! dans la tnaison cnmmnne ifc PilliCTice, en 1793 ; — L'Eglise dji Mans durant la Riuolution, par Dnin Piolin.

(2) Psaume cxviii.

(3) 1 Les rebelles se sont beancaup grossis », éi^rlvail te général Lenoir, chargé de la défense de la Mayenne et d'AleoçoD, > et peuvent ddus coDilaire jusqu'à Plrii, s'ils ont le projet d'y aller. Lelourueur (représentant du peuple] vient de rtceiuic de son cotlÈgne Tirioa l'avis que leurs généraux onl délibéré s'ils se poi'leraieiit ilans le Calvadua ou sur Paris. Il ^uule qu'ils sout décidés pour ce dernier

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