Voyez les voyages de Benjamin Je Tnd^le
Préface xxxvn
lions ; mais l'esprit du judaïsme suivait le fanatisme de Schammaï. Ce fut toute cette scolastique véhémente, souvent incohérente, qui, aboutissant aux rédactions talmudiques, nous a livré le secret de l'état mental du judaïsme à l'égard des chrétiens. Les réfugiés, qui, après avoir échappé à la mort dans Jérusalem (70), avaient pu gagner les juiveries du monde romain ou de l'Asie antérieure, avaient adopté, pour désigner les premiers chrétiens, le mot de minim^ qui répond à hérétiques *. On les représentait comme des espèces de jongleurs et de thaumaturges en possession d une recette curative merveilleuse dans l'administration de laquelle se prononçait le nom de Jésus ; aussi se trouva-t-il des médecins juifs qui, jusqu'au iii^ siècle, s'obstinèrent à tenter des cures au nom de ce Jésus qu'ils maudissaient intérieurement 2. Peut-être ceux qui se livraient à cette pratique étaientils des juifs moins intraitables, des agadistes, que certaines tendances rendaient moins injustes à l'égard des chrétiens que leurs adversaires les halakistes 3. Ceux-ci n'avaient pas déchu du pharisien de l'Évangile ; leur orgueil était incommensurable : « Je te remercie, Éternel, mon Dieu, dit l'étudiant en sortant de la maison d'étude, de ce que, par ta grâce, j'ai fréquenté l'école au lieu de faire comme ceux qui traînent dans les bazars. Je me lève comme eux ; mais c'est pour l'étude de la Loi, non pour des motifs frivoles. Je me donne de la peine comme eux; mais j'en serai récompensé. Nous courons égale-
1. S. Jérôme. Epist. ad August., 89 (74), édit. Martianay, t. VI, 2» part., col. 623 : Minœi.